Témoignages de vétérans de la Grande Armée

Florent Corbendeau de Hohatzenheim



Florent Corbendeau était natif de Hochfelden. C’est dans ce village qu’il est né le 29 octobre 1789, fils du tisserand Jean Corbendeau et de Marie Mathern. Faisant partie de la classe de conscription 1809, il dut être appelé en 1808 pour passer les épreuve de tirage au sort. Il dut alors tirer un bon numéro car il ne fut appelé et placé en fin de dépôt. En 1812, la désastreuse campagne de Russie pousse l’empereur à opérer à de nouvelles levées.

« Le sénatus-consulte du 13 mars 1812 met à la disposition du ministre de la Guerre cent cohortes du premier ban de la garde nationale, composé des hommes de 20 à 26 ans appartenant aux six dernières classes de la conscription (1807 à 1812) et n'ayant pas été appelés à l'armée active lorsque ces classes ont fourni leur contingent. Ce premier ban ne doit pas sortir du territoire ; il est exclusivement destiné à la garde des frontières, à la police intérieure et à la conservation des grands dépôts maritimes, arsenaux et places fortes (titre Ier, art.7 du décret). Le deuxième ban se compose de tous les hommes valides, depuis l'âge de 26 ans jusqu'à l'âge de 40 ans, qui ne font point partie du premier ban (titre Ier, art.3). L'arrière-ban se compose de tous les hommes valides de 40 à 60 ans (titre Ier, art.4). Le lendemain, un décret organise 88 cohortes, chacune à 6 compagnies de 140 hommes, une compagnie de dépôt et une compagnie d'artillerie de 100 hommes. Le 1er septembre 1812, un sénatus-consulte met à la disposition du ministre de la Guerre 120 000 hommes de la classe de 1813 ; 17 000 hommes de la même classe, sont, en outre, destinés à remplacer les hommes manquant aux cohortes du premier ban de la garde nationale. »[1]

Florent Corbendeau est appelé à l’activité dans le cadre de ces nouvelles levées mais au lieu d’être affecté à la garde nationale, il est envoyé au 30e régiment de ligne dont le dépôt est à Mayence. Il y est enrôlé le 28 novembre et est immédiatement envoyé à l’est pour rejoindre la Grande Armée alors en plaine débacle. Le 30e de ligne faisait alors partie de la division Morand, 1ere division du Ier Corps du Maréchal Davout. Ce dernier avait horriblement souffert durant tout la retraite et lorsque les restes de son corps quitta Kovno le 11 décembre 1812, il ramenait moins de 5% de son effectif de départ. Corbendeau et les renforts du 30e rejoignirent l’armée en retraite vers le 20 décembre 1812 dans les environs de Koenigsberg. Il suivit alors les restes du 1er corps jusqu’au point de ralliement du 1er Corps à Thorn sur la Vistule.

En 1813, Cordenbeau participa à toute la campagne de Prusse au terme de laquelle son régiment fut affecté à la défense de Hambourg sous les ordres du Maréchal Davout. La ville est bientôt assiégée par une puissante armée composée de russes et de suédois. Dans Hambourg assiégée, Davout résistera jusqu’à l’abdication de l’empereur. Mais pour Cordenbeau, la guerre ne durera pas aussi longtemps : le 24 février, le général Benningsen lance une puissante attaque sur toute la ligne française. Trois colonnes sont dirigées, trois heures avant le jour, sur le moulin de Reygersteig. "Une fusillade très vive s'engage aussitôt, et malgré l'immense supériorité des assaillants, un Bataillon du 30ème, commandé par le Chef de Bataillon Blain, tient ferme et conserve sa position. L'ennemi se retire en désordre, laissant des morts sur le champ de bataille..." (Correspondance de Davout). Mais dans sa retraite, Benningsen emmène des blessés français dont Cordenbeau blessé à la tête.

Fait prisonnier, le jeune alsacien est emmené à Stockholm en Suède où il sera détenu pendant 4 mois. En juillet 1814, Corbendeau est renvoyé dans sa patrie où il est réformé. Il rentre alors à Hochfelden. Six mois plus tard, le 24 janvier 1815, Corbendeau se marie à Hohatzenheim avec Catherine Hans né à Hohatzenheim en 1795 hors mariage. Florent signe le registre d’une croix. Il est alors déclaré sans profession. Le couple s’installe à Hohatzenheim au no15 (rue du Maire en face de s'Valdes; maison disparue) puis en 1829 au 4 rue due village (maison Risch à côté de l’ancienne laiterie) où tous les deux exerceront le métier de journaliers. La famille s’agrandira bientôt plusieurs enfants :

- Antoine Corbendeau (9 janvier 1816)

- Marie Catherine Corbendeau (23 Nov 1816)

- Joseph (1820)

- M-Madeleine (ca1823)

- Thérèse (ca1825)

- Pierre (1829)

- Marie-Anne (ca1830)


Le recensement de 1836 indique que Cordenbeau habite toujours au 4 rue du village avec sa femme Marie-Catherine et ses enfants Marie-Catherine (19), M-Madeleine (12), Thérèse (10) et Marie-Anne (6).

Le recensement de 1841 indique qu’à cette époque les deux filles aînées ont quitté le domicile familial. Il ne reste plus que Thérèse et Marie-Anne. La même année, le 22 janvier 1841, la femme de Florent Catherine Hans décède. C’est probablement à la suite de ce décès que la fille de Florent M. Catherine emménage avec son mari chez son père. Ils sont eux aussi journalier.

 

Reconnaissance de la patrie.

En 1848, Louis-Napoléon Bonaparte fut élu président de la république. Lors de ses visites en province il fut ému de constater la ferveur toujours vivace des anciens soldats de l’Empire pour le souvenir de son oncle Napoléon. Il avait été touché par la situation misérable dans laquelle se trouvait un grand nombre d’entre eux. Aussi, le 6 décembre 1849, le Ministre de l'Intérieur avait invité les préfets à s’intéresser à la position de ces vieux soldats. Une commission fut constituée le 29 février 1850 avec pour tâche d'examiner les réclamations pour accorder une pension aux plus méritants et plus nécessiteux d’entre eux. C’est dans ce contexte que chaque vétéran de la grande armée encore en vie fut appelé à se manifester en écrivant une lettre à la commission ainsi qu’en remplissant le formulaire joint. Florent Cordenbeau avait alors 60 ans. Comme il n’était pas capable d’écrire la lettre en question, c’est le maire Nicolas Freud qui le fit pour lui :

 

« Département du bas-rhin, arrondissement de Saverne, canton de Hochfelden, commune de Hohatzenheim.

Hohatzenheim le 25 janvier 1850

A Monsieur le sous-préfet de l’arrondissement de Saverne,

Monsieur le sous-préfet

Korbendau Florent, âgé de soixante ans, journalier demeurant à Hohatzenheim à l’honneur de vous exposer avec respect qu’il est devenu soldat en 1811 et affecté au 30e Régiment d’Infanterie de ligne, 2e bataillon, 1ère compagnie et qu’il a reçu connaissance de la circulaire de M. le Préfet du Bas-Rhin du 14 décembre 1849 relative aux récompenses qui sont dues aux anciens militaires. Puisque je n’ai plus d’autres papiers entre mes mains qu’un certificat de réforme dont la copie est annexée je veux vous écrire si vous daignez de lire le cours vu le temps pendant lequel j’ai livré mes principales batailles qui sont savoir :

1)      Celle de Königsberg en Prusse Orientale en 1812 au mois de mars sous le commandement de Joseph Bonaparte frère de Napoléon roi de Naples.

2)      Celle de Bautzen en Saxe en 1813 vu que j’ai reçu une blessure au bras droit.

3)       Celle de Dresde en Saxe en 1813.

4)      Celle de  Leipzig en Saxe au moi d’Octobre en 1813 où j’ai reçu un coup de bayonnette à la jambe droite.

5)      Celle de Calemberg en Hannovre en 1813

6)      Celle de Hambourg sous le commandement du Prince Emile où j’ai reçu une blessure à la tête.

Et ensuite devenu prisonnier le 26 février 1814 et détenu au [à la] prison de Stockholm en Suède pendant 4 mois 2 jours, de là renvoyé presque nu, privé de tous mes papiers, dans ma patrie comme un réformé.

            Etant aussi un ancien militaire et actuellement un pauvre journalier qui ne peut presque plus travailler par suite de mes blessures que j’ai reçues. C’est pourquoi je me crois de droit de demander une récompense et je prie M. le sous-préfet de vouloir bien être mon interprète auprès du gouvernement afin que je reçoive d’après la sagesse de l’autorité supérieure.

            En attendant agréez M. le Sous-Préfet mes sentiments respectueux avec lesquels j’ai l’honneur d’être

            Votre très soumis serviteur

                        Cordenbeau

 

Le maire de la commune de hohatzenheim après avoir lu la pétition ci-dessus trouve qu’elle est conforme à la vérité quant à sa pauvreté et à ses maladies presque continuelles. Je trouve en outre qu’il y a lieu de lui accorder une récompense surtout aussi à cause de sa bonne conduite qu’il a montré toujours parmi ses concitoyens.

Fait à Hohatzenheim le 25 janvier 1850.

Le maire. N. Freund. »

 

Le formulaire joint, contient les informations suivantes :


« Commission d’examen des reclamations des anciens militaries de la république et de l’empire

Korbedau Florent

Âgé de 60 ans natif de Hohatzenheim

Domicilié à Hohatzenheim

Grade: simple soldat. 30e rgt de ligne ; 2e bataillon ; 1ère compagnie

Années de Service: pendant 3 ans

Campagnes: 1) celle de Koenigsberg en Prusse Orientale; 2) celle de Bautzen en Saxe; 3) Celle de Dresde en Saxe; 4) celle de Leipzig ; 5) Celle de Calemberg ; 6) Celle de Hambourg.

Blessure: 1) une au bras droit ; 2) un coup de baïonnette à la jambe droite et 3) une à la tête. Un coup de feu au genou droit.

Action d’éclat: néant.

Cause de sortie de service: devenu prisonnier le 26 février 1814 et détenu au [à la] prison de Stockholm en Suède pendant 4 mois et deux jours de là envoyé dans ma patrie comme un réformé, presque nu et privé de tous mes papiers.

Profession: journalier

Moyens d’existence: Il possède bien quelques petites pièces de terre mais il a beaucoup de dettes et il ne dure plus longtemps qu’il ne sera pas exproprié.

Charges de famille: 4 autres filles dont 3 en condition et l’ainée lui fait le pauvre ménage ; sans elles il mourrait presque de faim.

Moralité: il jouit d’une très bonne conduite.

Récompenses ou emplois obtenus: néant

Avis du maire: il trouve qu’il y a lieu d’accorder au pauvre homme une récompense et il trouve en outre par suites de ses campagnes qu’il a souffert beaucoup puisqu’il a déjà été exposé à bien des maladies graves. N. Freud.

Avis du sous-préfet: Parait digne d’un secours en raison des infirmités constatées. Le sous-préfet.

Avis du rapporteur: aucun commentaire. »

 

Florent Corbendeau ne remplissait pas les conditions requises car devant le nombre de postulants, la commission fut instruite de ne récompenser que ceux qui avaient au mois huit ans de service sans blessure.


 Meilenbrucke Hambourg

Le pont Meilenbrücke érigé en 1813 par les Français entre Hambourg et Harbourg constitue un exploit technique. Bien qu’il facilite considérablement le trafic entre ces deux villes, on ne dégage pas de fonds pour son entretien. Il se délabre tant qu’il devra être démoli en 1817.


Fin de vie

Lors du recensement de 1851 (Florent a maintenant 62 ans) la maison rue du village abrite toujours Florent, sa fille, son gendre et son autre fille Marie-Anne, couturière.

La fille de Florent Marie Catherine meurt le 23 juin 1854 faisant de Michel Strub un veuf. C’est probablement de ce fait que la famille décide (ou est contrainte) de déménager. La maison est vendue à la famille Risch (qui y habite toujours) et Michel et Florent déménagent rue de l’église, à côté des Reeb (Ferme des Kuhn). C’est là qu’on les retrouve lors du recensement de 1856 : Michel Strub, Florent Corbendeau et la fille de Florent Marie-Madeleine habitent au no19 du village entre les familles Reeb et Matter.

Cette année-là on recense à nouveau les vétérans survivants de la Grande Armée. Cette fois c’est dans l’optique de leur décerner une médaille, la médaille dite de Sainte-Hélène. Pourtant, les fonctionnaires semblent penser qu’il s’agit en fait d’obtenir pour ces hommes une aide financière :

 

« Liste alphabétique des anciens militaires de la république et de l’empire existant à l’époque du 25 juillet 1856 et qui n’ont point encore obtenu de secours viagers.

Canton de Hochfelden, commune de Hohatzenheim

Korbendau Florent

Né à Hochfelden le 29 octobre 1789

Moyens d’existence : aucun moyen d’existence. Sans revenu ni pensions. Incapable de travailler par suite d’infirmités. Réduit à la misère.

Avis du maire : Conduite bonne et exemplaire. Entré au 30e de ligne (No 12313) le 28 novembre 1812 réformé par suite de blessures et rayé le 21 juillet 1814.

A Hohatzenheim le 25 juillet 1856. Le maire de Hohatzenheim. N. Freud.

Avis du sous-préfet : d’après les renseignements fournis par la gendarmerie. Les renseignements ci-contre sont très exacts. Nous sommes d’avis qu’il y a lieu d’accorder un secours. Saverne, le 30 août 1856. Le sous préfet.»

 

L’année suivante, une nouvel état des vétérans survivants est dressé. Florent est toujours là :

 

« Etat des militaires ayant combattu sous les drapeaux de la France de 1792 à 1815 et domiciliés dans la commune de Hohatzenheim.

Korbendau Florent

Né à Hochfelden le 29 octobre 1789

Entré au 30e régiment de ligne (12313) le 28 novembre 1812.

Date de cessation du service : Le 21 juillet 1814

Grade : sans grade et distinction conférés.

Observations particulières : vit par charité n’ayant ni feu ni lieu.

Ces renseignements sont tirés de l’état de service.

Certifié véritable à Hohatzenheim le 27 août 1857.

Le maire : N. Freud. »

 

Florent reçoit finalement sa médaille de même que 405.000 autres soldats ayant combattus entre 1792 et 1815 et qui sont encore vivants en 1857.

Après cet événement, Florent vivra encore 10 ans. Les recensements de 1861 et 1866 indiquent que Florent Corbendeau finira sa vie rue Laugel, dans la maison no34 du village, toujours en compagnie de Michel Strub et Madeleine la fille de Florent.

Le vieu soldat décèdera finalement le 17 août 1867.

 

 

Historique du 30e de ligne en 1813-1814[2]

 

En décembre 1812, Florent Corbendeau rejoint son régiment à Koenigsberg au moment où la Grande Armée, de retour de Moscou, était en pleine déroute. Il reflue alors avec elle jusqu’au point de ralliement du 1er corps à Thorn sur la Vistule. Le site de Frédéric Berjaud nous donne les détails de l’épopée du 30e en 1813 :

« Guibert à Thorn le 23 décembre, donne une image poignante du désastre : " ... je suis dans un triste état, j'ai tout perdu, mes effets, mes papiers, ceux de ma compagnie. Je suis sans la solde et sans chemise. Pas de mouchoir pour me moucher, le nez gelé et le pied gauche. Du reste, je suis tout consolé, nous sommes tous à peu près dans le même cas. Il me faut au moins 50 louis pour me mettre en mesure avec ma compagnie et acheter mes effets ..." (in Pierre Charrié : "lettres de guerre, 1792-1815").

Le 20 janvier 1813, l'effectif du 30e est de 3 Officiers et 100 hommes. Au total, en Russie, le 30e de Ligne a perdu 35 Officiers morts, 27 portés disparus et 13 prisonniers qui rentreront en 1814. Seul point de consolation, début 1813, le Régiment annonce avoir conservé son aigle et assez de braves pour la garder. En effet, bien que le Régiment ait perdu son drapeau (l'étamine, séparée de la hampe, est perdue à Viazma), l'aigle a été sauvegardée. L'Armée ne peut rester sur la ligne de la Vistule et le Prince Eugène, ne laissant des garnisons que dans les places importantes, la ramène sur l'Elbe. Les premiers mois de l'année 1813 sont activement employés à la refonte des Régiments et des Corps d'armée. Dans chaque Régiment, les débris venant de Russie forment le 2e Bataillon; on organise ensuite le premier avec des éléments pris dans les Dépôts (5e Bataillon), puis on restaure peu à peu et successivement les 3e, 4e et 6e Bataillons.

En mars, toutes les troupes du 1er Corps, placées sous le commandement de Davout, sont envoyées à Hambourg, Bronnes et Lubeck, pour punir les villes hanséatiques qui sont entrées dans la nouvelle coalition qui s'organise contre la France, par les soins de l'Angleterre et de la Russie. Celle-ci comprend déjà la Prusse et la Suède et l'Autriche ne tardera pas à suivre leur exemple. Davout s'empare de ces villes et répartit ses troupes dans le pays pour garder le bas Elbe.

Le 29 mai, le Maréchal Davout est toujours chargé d'occuper Hambourg et de garder les bouches de l'Elbe et les Villes hanséatiques, principalement contre l'armée suédoise. Dans ce but, il fait exécuter des travaux destinés à transformer Hambourg, ville ouverte, en un vaste camp retranché et il établit sa première ligne de défense sur la Stecknitz.

Du 4 juin au 28 juillet, les hostilités sont suspendues par suite de l'armistice de Pleswitz. Davout met ce temps à profit pour fortifier Hambourg et le mettre à l'abri de toute tentative. Dans le courant de juin, son Corps d'armée, qui se composait de quatre Divisions, est dédoublé et forme deux Corps d'armée. Deux de ses Divisions sont données au Maréchal Vandamme, sous le nom de 1er Corps, pour concourir aux opérations que dirige Napoléon lui-même.

Puis le 30e, commandé par le Colonel Ramand, est affecté à la 40e Division (Général Thiébaut) du 13e Corps. Le 30e occupe Danenbourg et Hambourg; le Major Hervé est commandant en second. Le 13e Corps placé sur le bas Elbe, est composé de deux divisions, dont l'effectif atteint 30.000 hommes. Il est commandé par le Maréchal Davout. Au commencement d'août, le 13e Corps, quitte le Bas Elbe pour concourir au grand mouvement que l'Empereur veut opérer sur Berlin, et s'avance jusqu'à Schewerin et Wismar. L'ennemi a élevé quelques retranchements dans les environs de Lauenbourg. Dans la soirée du 18 août, le Maréchal Davout désigne un Bataillon du 30e pour les enlever. L'attaque de nuit est des plus violentes et le 30e s'empare de la ville après avoir mis en déroute deux Bataillons du Corps franc de Lutzow qui défend les retranchements.

A la fin d'août, à la suite des défaites de Gross Beeren et de Dennewitz, Davout, qui est déjà au coeur du Meklembourg, est obligé de suspendre sa marche puis de rétrograder; il vient prendre position derrière les retranchements de la Stecknitz où il repousse victorieusement toutes les attaques des Suédois, commandés par Valmoden. Pendant deux nuits, les troupes du 1er Corps ont, avec l'ennemi, une série d'engagements dans lesquels le 30e trouve l'occasion d'ajouter encore à la gloire qui entoure son drapeau.

Le 8 octobre, le 30e fait partie d'une reconnaissance qui, sortant par la tête de pont de Hope, est dirigée sur Winsen et s'empare de cette ville. Dans cette affaire, le Lieutenant Talabot (Jules) est atteint d'un coup de biscaïen. Martinien donne le Capitaine Talabot, blessé près de Hambourg (sic). Pendant le même mois, l'ennemi, avec 1500 hommes d'infanterie et une batterie de 8 pièces, veut forcer la position de Buchen. "Une vive canonnade et le feu de son infanterie, qui dura deux heures, ne parvinrent pas à déloger deux compagnies de voltigeurs du 30e Régiment, postées derrière un épaulement dans les marais de la Stecknitz. La conduite de ces braves gens avait été admirable; ils y avait perdu une trantaine d'hommes en tués et blessés " (Mémoires sur la défaite d'Hambourg - Général César de Laville).

On trouve dans la même relation, pour la deuxième quinzaine d'octobre, le fait suivant : "Il est de la la justice de faire une mention particulière d'une petite expédition sur Lunebourg, dont s'empare par surprise et en enfonçant les portes, le Capitaine d'Houdetot, aide de camp du Maréchal, avec une compagnie d'élite du 30e Régiment. Cette surprise de nuit, faite à six lieues au delà de nos postes, dans un pays occupé par l'ennemi, avait pour effet d'avoir des nouvelles de l'Armée du Nord et de tenir dans le respect les autorités du pyas pour nos réquisitions et nos messages".

 

Après la bataille de Leipzig, une armée de près de 80.000 Russes et Suédois, sous le commandement de Woronsof, se porte contre le 13e Corps, trop faible pour leur résister en rase campagne. Davout, dans le courant de novembre, resserre les positions de la Sticknitz.

Dans le courant du mois de novembre, le Dépôt du 30e est transféré de Mayence à Luxembourg. Le 17 novembre, l'Empereur ordonne de former le 6e Bataillon du 30e enfermé dans Hambourg (Belhomme, tome 4).

Au commencement de décembre, Davout se retire derrière les lignes de Hambourg qu'il a créées et qui forment un vaste camp retranché englobant la ville et les îles. Alors commence un siège mémorable qui va durer près de six mois, car ce n'est qu'en mai 1814, et sur ordre formel de Louis XVIII, qu'Hambourg sera livré aux Alliés.

Pendant ce siège mémorable, qui dure près de six mois, le 30e forme, avec le 61e, la Brigade Gengoult qui appartient à la 40e Division (Général Vichery) chargée de la défense des lignes avancées de Saint-Georges.Durant la première partie du siège, les troupes de la défense firent de nombreuses expéditions.

Le 19 décembre, deux Compagnies du 30e prennent part à une reconnaissance sur Langenfeld et s'emparent de ce village.

Le 20 décembre, le Lieutenant Riennert, qui est de garde aux avancées, est blessé dans l'ile de Willemsbourg (Martinien).


 Siege de Hambourg

Le siege de Hambourg en 1813-1814


Le 20 janvier 1814, trois colonnes russes se portent à l'attaque du camp retranché d'Haarbourg; l'une d'elles parvient à nous chasser de l'île de Moorweder et nous oblige à nous réfugier dans celle de Wilhelmsbourg. L'arrivée de plusieurs Compagnies du 30e, envoyées par le Général Osten, permet de rétablir le combat, de chasser l'ennemi des iles et de reprendre toutes nos positions.

Le 9 février, à 4 heures du matin, l'armée d'investissement, commandée par Benningsen, attaque tous les points à la fois; grâce à l'Elbe qui est entièrement gelé, l'ennemi, qui s'est emparé de la Grande-Ferme et de la Maison-Rouge, peut s'avancer, dès le début du combat, vers le vieux château de Wilhelmsbourg, point le plus vulnérable de la défense. Le Général Vichery repousse l'ennemi, tandis qu'un Bataillon du 30e lui reprend la Grande-Ferme; une nouvelle colonne russe arrive à la rescousse et un combat terrible s'engage autour du moulin de Regersteig. Après une lutte acharnée, nous sommes obligés de nous réfugier dans la tête de pont; mais Davout arrive avec quelques renforts et l'ennemi se décide à la retraite en laissant plus de 800 morts sur le champ de bataille.

Le 17 février, les Russes et les Suédois renouvellent leur attaque sans plus de succès.

Le 24 février, Benningsen se porte de nouveau sur toute notre ligne. Trois colonnes sont dirigées, trois heures avant le jour, sur le moulin de Reygersteig. "Une fusillade très vive s'engage aussitôt, et malgré l'immense l'immense supériorité des assaillants, un Bataillon du 30ème, commandé par le Chef de Bataillon Blain, tient ferme et conserve sa position. L'ennemi se retire en désordre, laissant des morts sur le champ de bataille..." (Correspondance de Davout). C'est le dernier combat où, dans les relations officielles, il est fait mention du 30e jusqu'à la reddition de Hambourg. Le 12 mai 1814, le Général de Division, Comte Gérard, envoyé pour traiter avec les alliés et nommé Commandant du 13e Corps, reçoit du Maréchal le commandement de la place. Dans une lettre adressée à Louis XVIII, le Maréchal Davout rend un juste hommage à la valeur du 13e Corps : "... Je passe sous silence les engagements et les combats qui ont rendu le nom français su respectable à l'ennemi, mais je ne puis réfuter un juste tribut d'éloges au corps que je commande pour sa bravoure dans les combats, sa patience dans les travaux de défense, sa constance au milieu des privations et des rigueurs de l'hiver, sa parfaite discipline envers les Chefs et les habitants".

Après la reddition de Hambourg, les troupes composant le 13e Corps rentrent en France; le 30e est envoyé à Thionville où il tient garnison jusqu'aux premiers mois de l'année 1815.

 



[1] La conscription sous le Premier Empire http://www.napoleon.org/fr/salle_lecture/articles/files/conscription_le_Premier_Empire1.asp

[2] Extraits du très bon site de Frédéric Berjaud dédié à l’historique de ce régiment : http://frederic.berjaud.free.fr/030edeligne/30e_de_ligne.htm


soldat



Bouton du
                  30e



Lettre de
                  Corbendeau

Première page de la lettre de Florent Cordenbeau