Saint Amand de Strasbourg (343)


D’après la tradition, Saint Amand fut le premier évêque de Strasbourg. C’est avec lui qu’Erchambaud débute sa liste des évêques du diocèse :

 

« Alpha nitet dignus pater hujus sedis Amandus. »

« Amand se distingue le premier par ses mérites sur le siège épiscopal. »

 

Grandidier pensait qu’une vie de Saint-Amand fut écrite par l’évêque Uthon III (prédécesseur d’Erchambaud) au milieu du Xe siècle mais qu’elle fut perdue. Dans ce cas on peut s’étonner qu’Erchambaud ne donne pas plus d’information sur Amand comme il le fait à partir du 31e évêque - Ratoldus (après 832-874).

 

L’épiscopat d’Amand est attesté puisqu’il est mentionné parmi les signataires du concile de Sardique qui eut lieu en 343. A ce concile en effet, Saint Athanase compte les signatures de 34 évêques des Gaules dont Amand de Strasbourg. Amand aurait aussi participé au pseudo-concile de Cologne en 346. L’épiscopat de Saint Amand ne dura sans doute pas au-delà de 352, date de la destruction complète de la ville par les Alamans.

 

 

Concile de Sardique (343)

 

Le concile de Sardique (Sofia en Bulgarie) fut convoqué par les empereurs Constant et Constance, sur l’instance du pape Jules Ier. Il eut probablement lieu en 343. Le motif de ce synode était l'examen du conflit entre les évêques occidentaux et orientaux catholiques, d'une part, et des orientaux arianisants. Le concile fut présidé par Ossius de Cordoue et réunit 170 évêques. Il répondit au concile de Philippopolis où les évêques favorables à l'arianisme avaient osé excommunier Ossius, le pape Jules Ier et Protogène de Sardique après avoir confirmé les mesures irrégulières prises au cours du conciliabule d'Antioche de 341 contre Saint Athanase. Le concile de Sardique affirma la primauté du Pontife romain, suprême recours et suprême juridiction de l’Église, et combattit les Ariens.

[Wikipedia]

 

Voici la liste des évêques des Gaules qui siégèrent au concile de Sardique dans l'ordre des souscriptions : Maximus de Trèves; Verissimus de Lyon; Victor de Metz; Valentin d'Arles; Desiderius de Langres; Eulogius d'Amiens; Servatius de Tongres; Dyscolius de Reims; Supérior de Tournai; Mercurius de Soissons; Diopetus d'Orléans; Eusèbe de Rouen; Severinus de Sens; Satyrus, siège inconnu ; Martin de Mayence; Paul d'Augusta Tricastinorum (Saint-Paul-Trois-Châteaux); Optatien de Troyes; Nicasius (Nicaise) de Die, alias Digne, le même qui avait déjà paru au concile œcuménique de Nicée; Victor de Worms; Sempronius, siège inconnu; Simplicius d'Autun; Metianus d'Avignon; Amandus de Strasbourg; Aemilianus de Valence; Justinien de Bâle; Victorinus de Paris; Saturnilus, siège inconnu; Abundantius, item; Donatien de Châlon et Maximus de la cité des Veromandui (Noyon).

 

[Histoire générale de l'église depuis la creation jusqu'a nos jours, Volume 9

 By Joseph Epiphane Darras, Jean Bareille, Fèvre (Monseigneur, Justin Louis Pierre)]

 

Représentation des diocèses du Rhin supérieur :

 (en remontant le Rhin)

 

Mayence : Martinus

Worms : Non représenté

Spire : Non représenté

Strasbourg : Amand

Bâle : Justinien

Windisch (Helvêtes): Non représenté

 

Et aussi :

Trèves : Maximus

Metz : Victor

 

 

Concile de Cologne (346)

 

Ce pseudo-concile eut lieu le 12 mai 346 à Cologne. Il aurait été réunit par Maximin, évêque de Trèves pour déposer l'évêque de Cologne Euphratas, accusé d'arianisme.

 

Cette hérésie commençait à agiter l'Église des Gaules. Parmi les évêques gaulois qui y adhérèrent il y avait Saturnin d'Arles, Paternus de Périgueux et Euphratas de Cologne.

Ceux-ci disaient que le Fils n'était pas de même essence que le Père et n'était pas Dieu comme lui.

 

Sur l'invitation de Maximin, quatorze évêques des différentes provinces gauloises se réunirent à Cologne: c'étaient Maximin de Trèves, Valentinus d'Arles, Donatianus de Cabillon (Châlon-sur-Saône), Severinus de Sens, Optatianus de Troyes, Jessé de Spire, Victor de Worms, Valerianus d'Auxerre, Simplicius d'Autun, Amandus de Strasbourg, Justinianus de Bâle, Eulogius d'Amiens, Servatius de Tongres, Dyscolius de Reims.

 

 

«Après qu'on eut lu la lettre du peuple de Cologne et de toutes les villes de la seconde Germanie, dénonçant Euphratas pour avoir nié que le Christ fût Dieu, Maximin, évêque, a dit : «  Puisque Euphratas a blasphémé contre le Saint-Esprit en niant que le Christ fût Dieu , je suis d'avis qu'il soit déposé de l'épiscopat. » L'évêque Valentinus dit : « Non-seulement il ne doit plus être évêque, mais il doit même être privé de la communion laïque. » Les autres évêques parlent dans le même sens, et Servatius ajoute : « Je sais par moi-même, et non par ouï-dire, ce qu'a fait et enseigné le faux évêque Euphratas. Souvent, en présence d'Athanase, évêque d'Alexandrie, d'un grand nombre de prêtres et de diacres, je lui a ai résisté lorsqu'il avançait que le Christ n'était pas Dieu. Je pense donc qu'il ne peut plus être évêque des chrétiens.

 

Dix évêques, qui n'avaient pu venir au concile, envoyèrent leur adhésion à la déposition d'Euphratas; c'étaient Martinus de Mayence, Victor de Metz, Desiderius de Langres, Pancharius de Besançon, Sanctinus de Verdun, Victorinus de Paris, Superior de Tournai, Mercurius de Soissons, Dioptetus d'Orléans, Eusèbe de Rouen. »

 

[« Histoire de l'église de France: composée sur les documents originaux » par l’abbé Guettée, 1856]

 

Représentation des diocèses du Rhin supérieur :

 (en remontant le Rhin)

 

Mayence : Martinus

Worms : Victor

Spire : Jessé

Strasbourg : Amand

Bâle : Justinien

Windisch (Helvêtes): non représenté

 

Et aussi :

Trèves : Maximus

Metz : Victor

 

On voit donc que tous les évêchés du Rhin supérieur étaient occupés sauf, apparemment, celui de Suisse orientale. Il n’est pas étonnant que le pseudo-concile de Cologne, un concile local, mentionnât davantage d’évêques de la région. On en déduit que les évêchés de Mayence, Strasbourg et Bâle, représenté à Sardique, étaient les principaux de la région.

 

 

Argentoratum au IVe siècle

 

Au IVe siècle, Argentoratum gagne en importance. Le site fortifié allié aux faubourgs environnants s’insère d’une façon différente dans son contexte régional, change de statut juridique, de type d’occupation, d’aspect dans l’organisation urbanistique. Il tend également à se christianiser.


Argentoratum - Enceinte du IVe siecle


Argentoratum, enceinte du IVe siecle - Carte archéologique de la Gaule




Dans les sources de cette époque, Argentoratum est qualifiée de ville au sens juridique du terme (polis, municipium, urbs, civitas). La majorité des sources tardives parlent d’un espace urbain ayant un statut juridique de ville, de capitale de Civitas. ce qui signifie qu’à la fin du IVe siècle au moins, Strasbourg est capitale de Civitas mais elle le fut probablement dès la fin de la première moitié du IVe siècle car à cette époque le terme de Civitas commence à s’appliquer aux villes où siège un évêque. A cette époque d’ailleurs, les civils sont de nouveau admis à l’intérieur de l’enceinte où siège donc probablement l’évêque lui-même.

 

Au IVe siècle, un nouveau mur d’enceinte s’accole également aux différents remparts du haut-Empire. Malheureusement la datation de ce nouveau mur est délicate. Traditionnellement fixée entre 320 et 350, Jean-Jacques Hatt penchait plutôt pour une date plus tardive, après l’incendie de 352. Ce qui est étonnant en tout cas, c’est le manque de preuve de la présence d’une légion à Strasbourg au IVe siècle. La Legio VIII Augusta est attestée à Strasbourg jusqu’à la fin du IIIe siècle. Puis au tout début du IVe siècle une Legio XII Victrix inconnue d’autre part semble séjourner à Strasbourg. Cette légion était sans doute une troupe constituée à partir d’éléments locaux. Puis plus rien. Une inscription de 371 trouvée en Suisse indique pourtant que la VIII Augusta étant encore sur le Rhin à cette époque mais peut-être pas de façon continue et sans doute sur des points différents en fonction des urgences. D’où la nécessité d’une nouvelle enceinte pour protéger Argentoratum. Justement durant la 1ère moitiée du IVe siècle le faubourg de Koenigshoffen parait avoir été complètement abandonné tandis que les nécropoles se rapprochaient de la ville.

 

Certaines traditions prétendent que l’église de Saint-Pierre-le-Vieux existait déjà au IVe siècle, que c’était là l’oratoire des Chrétiens qui demeuraient hors de l’enceinte militaire mais les fouilles archéologiques n’ont rien trouvé de cette époque. Par contre on a trouvé des restes du Ve siècle sous l’église Saint-Pierre le jeune et le nom de Saint-Pierre-le-Vieux suggère l’antériorité de cette paroisse. Certains historiens pensent même que ce fut la première cathédrale de Strasbourg. Si cette tradition est avérée, cette église fut peut-être celle de Saint-Amand. C’est sans doute pour cette raison que 19 octobre 1398, l’évêque Guillaume ordonna la translation des reliques de Saint-Amand de la collégiale de Rhinau à Saint-Pierre-le-Vieux à Strasbourg, ce qui fut fait le 26 octobre, jour de la fête de Saint-Amand. Le reliquaire y est toujours.

 

Chaque année le 26 octobre, jour de fête de saint Amand, un office d’intercession orthodoxe en langue française et slave ecclésiastique a lieu devant les reliques du saint en l’église Saint-Pierre-le-Vieux.

 

Comme beaucoup de ses successeurs, Saint Amand est représenté dans la cathédrale de Strasbourg. C’est dans les baies du côté nord de la grande nef qu’on a fait figurer des papes, des diacres, des martyrs et des évêques, et en particulier des évêques de Strasbourg. Dans la troisième fenêtre de ces baies, Amand apparait sur le premier vitrail dédié aux évêques.


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Sources :
- Internet
- Histoire de l’Alsace, Privat
- Essai sur les vitraux de la cathédrale de Strasbourg par Victor Guerber
- Histoire de l'Eglise et des évêques princes de Strasbourg par Grandidier

- Argentorate – Strasbourg, Jean Jacques Hatt
- Carte archéologique de la Gaule - Strasbourg
- Le vieux Strasbourg: conférences faites au cercle catholique de Strasbourg par René Schickelé





Amand et Materne

Saint Amand et saint Materne, mosaïques du début du 20e siècle
Chapelle des Larmes (12e siècle), Mont-Sainte-Odile







Maximin

Photo du vitrail du XIIIe siècle représentant Saint Maximin, dans la nef côté Nord de la Cathédrale de Strasbourg.





Saint-Amand

Photo du vitrail du XIIIe siècle représentant Saint Amand dans la nef côté Nord de la Cathédrale de Strasbourg.






Tour IVe siecle

Vestige d'une tour en demi-lune du IVe siecle






Tour Argentoratum


Proposition de reconstitution des tours de l'enceinte du IVe siecle
B. Gissinger - 2002 in carte archeologique de la Gaule







Reliquaire Saint-Amand

Reliquaire des reliques de Saint-Amand
Eglise de Saint-Pierre-le-Vieux