Solarius de Strasbourg



Comme pour tous les évêques de cette époque, Erchambaud n’a aucune autre information sur Solaire que son rang dans la liste des évêques :

 

« Solarius tandem kathedram possedit eandem »

« Solarius, ensuite, occupa son siège. »

 

Cinquième évêque connu de Strasbourg, Solaire était probablement comme ses prédécesseurs de souche gallo-romaine. Il fut peut-être évêque au début du Ve siècle et si la liste de succession est correcte, il était sans doute le dernier évêque d’Argentorate avant que les grandes invasions ne mettent un terme à l’empire romain en Alsace.

 

Solarius est représenté dans la cathédrale de Strasbourg sur les vitraux consacrés aux Papes, martyrs et évêques. Dans la troisième fenêtre de cette baie, il apparait à la suite de Saint-Arbogast sur le premier vitrail dédié aux évêques.

 

 

Argentorate au début du Ve siècle

 

A la fin du IVe siècle, de nouvelles luttes intestines sous l’empereur Théodose II affaiblirent la position des Romains sur le Rhin. Stilicon parvint en 396/398 à renouveler le traité de paix avec les Alamans, mais il dut retirer les troupes romaines de la frontière du Rhin à partir de 401 pour protéger l’Italie contre les Goths.

 

Le 31 décembre 406, plusieurs tribus barbares traversèrent le Rhin gelé dans les environs de Mogontiacum (Mayence) et déferlèrent sur la Gaule. Soit qu’elles fuyaient devant les Huns, soit qu’elles cherchaient des vivres. Les trois principaux groupes étaient les Vandales, les Suèves et les Alains. Les Vandales pour leur part étaient divisés en deux groupes, les Hasdings et les Silings. L’armée romaine à genou n’a plus les moyens de les arrêter et dans la campagne alsacienne, c’est la fin de l’ordre romain. Saint Jérôme écrivit dans sa lettre à Agerochia datant de 409:

 

 « Nous survivons en petit nombre : ce n'est point dû à nos mérites, mais à la miséricorde du Seigneur. Des nations innombrables et très féroces ont occupé l'ensemble des Gaules. Tout ce qu'il y a entre les  Alpes et les Pyrénées, tout ce que limitent l'Océan et le Rhin est dévasté par le Quade, le Vandale, le Sarmate, les Alains, les Gépides, les Hérules, les Saxons, les Burgondes, les Alamans et, ô malheureuse république ! les Pannoniens devenus ennemis, car Assur aussi est venu avec eux (Ps. LXXXII, 9). Mayence cité jadis illustre a été prise et saccagée et dans son église des milliers d'hommes ont été massacrés; les Vangiens [Worms] ont été réduits par un long siège, la ville si puissante de Reims, Amiens, Arras, les plus reculés des hommes, les Morins [Nord-Pas de Calais], Tournai, les Némètes [Spire], Strasbourg ont été transportés en Germanie. Les Aquitains et la Novempopulanie, la Lyonnaise et la Naibonnaise, sauf un petit nombre de villes, sont complètement ravagés. Celles-ci aussi, au dehors le glaive, au dedans la faim les dévaste. »

 

En dépit de la destruction de Strasbourg et de sa dépopulation, une garnison romaine réoccupera la forteresse d’Argentorate après les troubles. Vers 408-409 fut créée la fonction de comte de Strasbourg pour tenter de colmater dans le système défensif romain les brèches ouvertes par l’invasion barbare. Pourtant la nouvelle fonction de comte fut éphémère à Strasbourg car vers 412, après la réorganisation militaire de 411, le comte de la ville dut probablement remettre son pouvoir au maître de la milice. [Argentorate - Strasbourg, par J.J. Hatt]

 

Population

 

Les Fouilles dans le quartier de la ruelle et de l’impasse Saint-Medard ont montré qu’après l’incendie qui eut lieu sous Gratien (vers 380-390), de petits bâtiments en pierres maçonnées pourvus de sols en briques avaient été aménagés tout près de l’enceinte, probablement pour des baraquements et des abris à l’usage de la garde des remparts. Ils devaient être remplacés à l’extrême fin du IVe siècle par un nouvel étage de murs en torchis, appartenant à de nouveaux greniers à grains du temps de Théodose. Puis après l’incendie de 407, On trouve un dallage en tuiles, marquées du chrisme constantinien ou de l’estampille de la XIIe legion Victrix. Ces fondations sommaires en matériaux de remploi nous montrent qu’une vie gallo-romaine précaire s’est maintenue au cour de la première moitié du Ve siècle dans cette cité d’Argentorate. Un dernier incendie les détruisit, sans doute en 451 lors du passage des Huns. Mais là encore on trouve les traces d’une ultime restauration. [J.J. Hatt]

 

 

La Communauté Chrétienne


Il est tentant de voir avec l’invasion de 407 et la destruction de la ville la fin de l’évêché gallo-romain d’Argentorate. Pourtant, les fouilles sous l’église Saint Etienne tendent à prouver qu’une vie chrétienne s’est maintenue dans la ville tout au long du Ve siècle. D’après Koenigshoven, le site du collège St-Etienne, au coin sud-est des fortifications, était l’ancienne résidence du « Comes Argentoratensis » le comte de Strasbourg. Sur ce site Jean-Jacques Hatt a découvert au dessus de plusieurs couches renfermant du mobilier militaire et des statues de dieux romains brisées, les restes d’une basilique. D’après Hatt, cette basilique romaine a du être convertie en église chrétienne après 412, peut-être en 415, lorsqu'on assiste à travers la Gaule à la création de nombreuses églises dédiées à Saint Etienne dont on venait de découvrir les reliques. Hatt imagine donc que la communauté chrétienne survivante de la ville a pris possessions des bâtiments de l’administration militaire romaine disparue.  Cette basilique fut à nouveau incendiée en 451 mais seulement partiellement et une petite communauté chrétienne aurait donc survécu jusqu’au haut Moyen Age.

 

En tout cas, en plein territoire alaman, sans aucune communication avec le reste du monde chrétien, il est à peu près certain que la position d’évêque d’Argentorate disparut au cours du IVe siècle; au plus tôt en 407 mais peut-être aussi plus tard. Saint Solaire aurait alors été le dernier évêque d’Argentorate. Cette supposition est renforcé par la tradition qui nomme les évêques de Strasbourg, « Les évêques occupant le siège d’Arbogast » ce qui implique que ce dernier, successeur de Solaire, fut le 1er évêque de l’évêché restauré de Strasbourg sur les ruines de celui d'Argentorate après la vacance des grandes invasions.

         

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Sources :
- Internet
- Histoire de l’Alsace, Privat
- Carte archeologique de la Gaule - Strasbourg

- Argentorate - Strasbourg, par J.J. Hatt
- Essai sur les vitraux de la cathédrale de Strasbourg par Victor Guerber
- Histoire de l'Eglise et des évêques princes de Strasbourg par Grandidier



Saint Jerome

Saint Jérôme traduisant la bible en latin








Basilique St Etienne

Argentorate : abside le la basilique romaine du Ve siècle dégagée sous l’église du collège Saint Etienne. Photo et plan de J.J. Hatt, 1959