Saint Valentin de Strasbourg


Erchambaud dit de lui :

 

“Est Valentinus pastoribus his benè junctus.”

« Valentin mérita d'être ajouté aux évêques précédents. »

 

Valentinus est représenté dans la cathédrale de Strasbourg sur les vitraux consacrés aux Papes, martyrs et évêques. Dans la troisième fenêtre de cette baie, il apparait juste après Maximinus sur le premier vitrail dédié aux évêques de Strasbourg.

 

Tradition

 

Selon la tradition orale vosgienne Valentin était un évêque vigoureux, longtemps en bonne santé. Sanctifié après sa mort par son église, il est invoqué au Moyen Âge pour guérir les maladies des hommes et surtout du bétail en Alsace et dans les Vosges. Il faut attendre le XIe siècle et la généralisation des sanctuaires antonistes pour que saint Antoine le surpasse dans les prières liées aux maladies de peau et le XIIIe siècle pour que la diffusion des saints auxiliaires l'éclipse et le relègue à un rôle mineur.

 

En 1856 encore, les paysans faisaient représenter ou participer leur bétail à un important pèlerinage à la chapelle Saint Valentin de la forteresse de Guirbaden, un château construit au XIe siècle sur un lieu déjà occupé par les Romains. Cette chapelle, construction initialement romane est attestée dès 1197.

 

[Théodore Rieger, « Valentinus (évêque de Strasbourg) », in Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, vol. 38, p. 3967 in wikipedia]

 

Le fait que cette tradition orale était limitée aux Vosges qui n’ont pas subi les invasions alamanes est un indice que Saint Valentin de Strasbourg fut sans doute évêque avant les invasions barbares du Ve siècle.

 

Argentoratum à la fin du IVe siècle

 

Après un intermède de stabilité sous Valentinien, la fin du IVe siècle est de nouveau le théâtre d’invasions et d’instabilités du fait des divisions à la tête de l’empire et de l’arrivée des Huns dans l’Est de l’Europe centrale aux environs de 375. Justement les fouilles de l’impasse Saint-Médard à Strasbourg font état d’un deuxième incendie qui affecta le grenier à grain qui s’y trouvait et qui avait déjà été détruit en 352. Dans cette couche de dépôts calcinés on a trouvé des monnaies de Valentinien, de Valens et de Gratien. Jean-Jacques Hatt propose trois épisodes qui purent en être la cause. La première alerte eu lieu en 377. En février, les Alamans Lentiens qui vivaient près du Lac de Constance franchirent le Rhin gelé. Ils furent repoussés avec quelques pertes par les Pétulans et les légionnaires gaulois. En juin, nouvelle attaque, 40 000 Alamans Lentiens franchirent de nouveau le Rhin. Aussitôt, Gratien se porta à leur rencontre et les extermina à la bataille d'Argentovaria ou « Argentaria » selon Ammien Marcellin (actuellement Horbourg en Alsace). Les Alamans furent refoulés dans les montagnes de la Forêt Noire. Gratien les poursuivit et les força à traiter. Longtemps suspecté d’être la cause de l’incendie, cet évènement serait antérieur à certaines des monnaies retrouvées dans la couche d’incendie. Dix ans plus tard, en 388, lors de la désastreuse guerre civile entre Maxime et Théodose, des Francs attaquèrent sur le Rhin à l'appel de Théodose pendant qu’une armée composée de Huns, de Goths et d'Alains marcha de Thessalonique vers la Pannonie. Enfin en 394, lors de la guerre civile entre Théodose et Eugène, le général franc Arbogast dégarnit le Rhin pour se porter en Italie avec son armée où il fut battu. Durant toute cette période, le Rhin fut dégarni de troupes romaines et les Alamans avaient tout loisir d’effectuer des razzias destructrices en Alsace.

 

Durant cette période d’instabilité où la guerre dut générer insalubrité et épidémies, il n’est pas surprenant que les Strasbourgeois aient prié leur évêque pour se protéger des calamités de leur temps. Les sommet vosgiens devaient alors offrir des refuges temporaires aux civils qui fuyaient les exactions de la plaine.

 

 

Sainte Aurélie de Strasbourg

 

D’après la tradition, Sainte Aurélie faisait partie des 11000 vierges qui accompagnèrent Sainte-Ursule, une princesse de Cornouaille, vers la Gaule pour être donnée en mariage au gouverneur païen d’Armorique.  A son arrivée en Gaule, Ursule déclara qu’avant son mariage elle ferait un pèlerinage à travers l’Europe. Elle alla à Rome et persuada le pape Cyriacus (peut-être Siricius, pape de 384 à 399) et Sulpicius évêque de Ravenne (inconnu mais la gens Sulpicius était une famille aristocratique de Rome mentionnée jusqu’au IIe siècle) de se joindre à eux. Ils se dirigèrent vers Cologne mais à Bâle une des vierges, Sainte Aurélie, tomba malade. Aurélie put encore aller jusqu’à Strasbourg où elle mourut d’une forte fièvre. Trois vierges restèrent sur place pour s’occuper d’elle alors qu’Ursule et les autres vierges allèrent à Cologne qui était justement assiégée par les Huns. Ursule et les autres vierges furent alors massacrées par les barbares et enterrées sur place. Au début du Ve siècle, une basilique fut finalement construite sur les tombes des martyres. La crypte aurait été redécouverte au Moyen Age (au plus tard au IXe siècle).

 

A Strasbourg aussi, la tradition rapportée par Koenigshoven alléguait qu’une église fut construite sur les tombes des vierges. Celle-ci deviendrait l’église Sainte-Aurélie qui dès le IXe siècle était dédiée à Saint Maurice. Une charte de 1324 confirme que les deux appellations correspondent bien à la même église : « « le chapitre afferme au couvent de Saint-Arbogast certaines dîmes de l'église Saint-Maurice, vulgairement dite de Sainte-Aurélie. » En 1524, Martin Bucer, demanda à ce qu’on ouvre les tombes et qu’on enlève les os qui s’y trouvaient car ils étaient devenus objet d’idolâtrie des pèlerins. Enfin en 1865 on découvrit deux sarcophages antiques vides dans la crypte de Sainte Aurélie.


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Sources :
- Internet
- Histoire de l’Alsace, Privat
- Essai sur les vitraux de la cathédrale de Strasbourg par Victor Guerber
- Histoire de l'Eglise et des évêques princes de Strasbourg par Grandidier




Sainte Ursule

Le martyre de Sainte Ursule





  Chapelle Saint Valentin

Chapelle Saint Valentin -  château de
Guirbaden






Eglise Sainte Aurelie

Eglise Sainte-Aurélie en 1865