Boniface d’Alsace



Comme nous l’avons vu, Gondoin était proche de la reine d’origine bourguignone Imnechilde, femme de Sigebert III et de son ami fidèle Wulfoald, futur maire du palais d’Austrasie et dont Gondoin aurait épousé la fille Wulfgunde.

A la cour d’Austrasie, le parti adverse d’Imnéchilde et Wulfoald était représenté par Grimoald, maire du palais et confident principal de Sigebert. Grimoald parvint à faire adopter son propre fils Childebert par Sigebert et dès lors il n’aura de cesse de faire reconnaitre Childebert comme prince héritier du royaume à la place du fils d’Imnéchilde Dagobert.

A la mort de Sigebert le 1er février 656, Grimoald se saisit immédiatement de Dagobert, le fit tondre et exiler en Irlande. Puis il imposa Childebert comme roi d’Austrasie. Le parti de la reine était vaincu. Comme d’après Suzanne Martinet Gondoin serait décédé le 30 octobre 656, soit quelques mois après le roi, on peut s’interroger si Grimoald ne fut pas impliqué dans cette disparition. Quoi qu’il en soit, Grimoald ne profita pas longtemps de sa victoire. Invité à Paris en 662 par le roi de Neustrie Clotaire III, il est capturé, jeté en prison et soumis au supplice des fers. Il connait une fin horrible et son fils Childerbert est également assassiné. Le maire du palais de Neustrie, Ebroin, donne alors à l’Austrasie un nouveau roi, Childéric II, frère de Clotaire III, et neveu de la reine Imnéchilde. Il nomme aussi Wulfoald, l’ami fidèle d’Imnéchilde maire du palais d’Austrasie. Ainsi avec l’arrivée de Childéric sur le trône d’Austrasie c’est le parti vaincu de la reine qui revient au premier plan. Or c’est justement en 662 que le duc Boniface d’Alsace apparait sur la scène politique. Il est donc tentant de voir un parent (sinon le fils) de Gondoin, un temps écarté de la succession du duché et retrouvant tout ses droits après la disparition de Grimoald.


Les actes de Boniface


Boniface d'Alsace (Bonifacius) devint duc d'Alsace entre environ 656 et 662. On pense qu’il succéda à Gondoin à la mort de celui-ci vers 656 mais il ne semble avoir exercé vraiment ses fonctions qu’à partir de 662 c'est-à-dire quand Childéric II devint roi. En effet, une charte de 661 (Charte 203 du polyptyque de l’abbaye de Wissembourg) mentionne une donation faite par Boniface à l’abbaye de Wissembourg. François Himly a établi que ce Boniface était bien le duc d’Alsace mais son titre n’est pas mentionné. Par contre dans les documents relatifs à l’abbaye de Munster et à l’église de Spire sont mentionné le roi Childéric et le duc d’Alsace boniface.  Il semble donc bien qu’après l’avènement du nouveau roi (en 662) Boniface devint officiellement duc d’Alsace.

Comme pour son prédécesseur, il n’est resté dans l’histoire des actes de Boniface que son rôle en faveur d’abbayes. D’après la tradition il fonda d’abord vers 660 l’abbaye de Wissembourg. En fait, d’après la charte de 661, l'abbatiale Saint-Pierre-et-Paul de Wissembourg fut fondée avant 661 par son abbé Dragebodon qui devint ensuite sous Childéric II évêque de Spire. Une charte apocryphe de 623 attribue cette fondation au roi Dagobert mais celle-ci est un faux. En tout cas Boniface favorisa son développement par ses donations.

Il ferait de même avec l'abbaye du val saint Grégoire près de Munster en haute Alsace. Selon la légende, des moines écossais romains, disciples de Saint Grégoire le Grand (+ 604) avaient fondé probablement vers 633 le premier établissement monastique au lieu-dit Schweinsbach, près de l'actuelle commune de Stosswihr.

Aux alentours de l'an 660, les religieux transfèrent le monastère au confluent des deux bras de la Fecht. Le monastère portera dès lors le nom de monasterium ad confluente, dont la forme germanisée donnera à la ville le nom de Münster. La vallée prendra quant à elle le nom de Val Saint-Grégoire ou en allemand Gregoriental. Le duc d'Alsace, Boniface donna à la fondation un statut juridique plus ferme et confirma ses possessions territoriales sur l'ordre du roi Childéric II (vers 662-666).

C’était aussi l’époque ou débuta le défrichement du massif des Vosges.


La fin de Boniface


Comme pour son prédécesseur Gondoin, la disparition du duc Boniface semble étrangement liée à celle de son protecteur le roi d’Austrasie et son maire du palais Wulfoald. Né vers 655, Childéric n’avait que 8 ans lorsqu’il accéda au trône. La régence du pouvoir est donc exercée par son conseiller, le maire du palais Wulfoald. En 673, après la déposition de son frère Thierry III, Childéric unifie les royaumes Francs de Neustrie et d'Austrasie sous son sceptre. Il fait placer son frère au monastère de Saint-Denis pour le protéger de ceux qui l'avaient renversé. Il prend pour conseiller spirituel l'évêque Léger d'Autun. En 674, l'évêque désapprouve le mariage du roi avec sa cousine germaine Bilichilde. Il critique sévèrement le roi. Furieux, Childéric fait enfermer Léger au monastère de Luxeuil. D'un caractère généreux et emporté, le roi ne fait pas l'unanimité chez les grands. En 675, les Neustriens organisent un complot pour le supprimer. Le chef de la cabale se nomme Bodilon, un noble franc que le roi avait fait battre à un poteau. Dans la forêt de Livry près de Chelles, avec ses amis Ingobert et Amalbert, Bodilon profite que le roi chasse pour le tuer avec son épouse, la reine Bilichilde alors enceinte. L'apprenant, les conseillers du roi - Wulfoald en tête - s'enfuient en Austrasie. Le roi Childéric n'avait que 20 ans et ne laisse aucun héritier. Son frère Thierry lui succède. Avec lui disparaissait aussi Boniface, bientôt remplacé à la tête du duché d’Alsace par un noble neustrien dynamique : Adalric.

_________________________________________

Sources :


Les sources que j’ai consultées sont les suivantes :

1) Albert Bruckner (« Regesta Alsatiae – Aevi Merovingici et Karolini 496-918») qui cite lui-même plusieurs sources :

Source 44 (p15) :

a)  Annales Monasterienses ad a.660 des 12. Jhs. In der Bibliothek des Priesterseminars zu Strasburg
b) Grandidier, Strasburg 1b. 21 no. 16.

Après 662 :
Beginn der Klostersiedlung in Münster im Gregoriental:

« Circa dom. Inc. 660 annum sub Vitaliano papa imperatorique Constantino filio Constantini filii Heraclii triumphatoris, sub Hilderico, filio Clodovei, nepote Dagoberti, fratre Clotharii et Theoderici, rege tunc Francorum Rotharioque Argentinae civitatis episcopo et duce Bonifacio quiquagesimo quito a transitu beati patris nostri Gregorii anno, inceptus est hic locus a monachis inhabitari, sicut eiusdem regis sripta testantur, quae apud nos hactenus inviolata conservantur, quae et hic intermiscere ad comprobandam volentibus scire veritatem videbatur utile. »

Source 45 (p16 ) :

Fragment eines Diploms in den Annales Monasteriensis vom Ende des 12. Jhs. (MG. SS. III 153) In der Bibliothek des Priesterseminars zu Strasburg :

Ca662-670 :
« Koenig Childerich II in Mitteilung an Herzog Bonifaz Schnekt (dem Kloster Münster im Gregorienthal) auf den Rat der Königin Emhild und des Bischofs Rothar von Straßburg (Strasburgensis) besitz aus dem königlichen Fiskus (aliquid de rebus fisci nostril).

2) Himly François. « Les plus anciennes chartes et les origines de l'abbaye de Wissembourg (VIe siècle) » In: Bibliothèque de l'école des chartes. 1939, tome 100. pp. 281-294.

a) Charte 203 du polyptyque de l’abbaye de Wissembourg :
Donation faite le 25 février de la sixième année du roi Childebert (cad 661) par Boniface à l’abbaye de Wissembourg alors sous l’abbatiat de Dragebodon qui est dit avoir construit le monastère élevé donc avant cette date.
Premier des témoins : Rothaire.

b) Un diplôme de Childéric II pour l’église de Spire à la demande du duc d’Alsace Boniface et de l’évêque de Strasbourg Rothaire donné entre 662 et le 6 septembre 670.
Mention de Dragebodon, évêque de Spire.

c) Une charte de Numérien archevêque de Trêves pour l’abbaye de St-Dié entre 669 et 675.
Mention de Dragebodon, évêque de Spire et de Rothaire évêque (de Strasbourg).

d) Diplôme de Childéric II pour l’abbaye de Munster (662-670). Mention du duc Boniface et de l’évêque Rothaire, évêque de Strasbourg. [Édit. G. Pertz, Diplomata, p. 26, n° 26.]




Childeric II


Childeric II (c.653-73)
in "Grandes Chroniques de France 1375-79" (vellum). Bibliotheque Municipale de Castres.





Abbaye de Munster

Ruines de l'abbaye de Munster
Fondée au VIIe siecle, l'abbaye subit de graves dommages durant la guerre de Trente Ans.
Comme beaucoup d'autres, elle ferma ses portes lors de la Révolution en 1790. Ses bâtiments ont été utilisés pour installer une des premières usines textiles d'Alsace. L'église abbatiale sera quant à elle démolie en 1802.








































































































Cloitre de l'abbaye Saint-Colomban de Luxeuil























Excavation de l'abbaye de Moutier Grandval











Enduit rouge recouvrant le sol de mortier