Gondoin d’Alsace



Gondoin d’Alsace fut le premier duc d’Alsace. On sait peut de choses de lui. En tout cas le duché d’Alsace est constitué en 640. Gondoin fut donc nommé à la fin du règne de Dagobert ou au début de celui de son fils Sigisbert.


Constitution du duché d’Alsace

A cette époque, les rois mérovingiens commençaient à avoir quelques problèmes à contenir les désirs d’indépendance de certaines de leurs régions. Pour maintenir l’ordre, ils s’appuyaient sur les ducs, leurs vassaux directs qui pouvaient chacun lever des troupes qui lui étaient propres. Ainsi en 637, lorsqu’éclata la révolte des gascon, une armée est envoyé de Bourgogne, avec à sa tête Chadoinde et dix ducs, qui ravagent leurs vallées. Lors du retour, un duc est piégé dans la vallée de la Soule et sa troupe est vaincue. Le duc voyage donc en compagnie de sa troupe, qui constitue un corps d’armée distinct du reste de l’armée.

Duc était aussi un titre honorifique pour les héritiers royaux avant de devenir roi. Ainsi comme nous l’avons vu dans l’article de Garoin, le fils de Dagobert, Sigebert fut un temps qualifié de « duc des alamans ». Lorsque Sigebert accéda au trône d’Austrasie en janvier 639 à l’âge de 8 ans, il dut presque aussitôt faire face à une nouvelle rébellion (640). Radulf, duc de Thuringe, la province la plus à l’est du Royaume, cherchait à se défaire de la tutelle Franque. Encore une fois, ce fut une armée composée de troupes commandées par les ducs qui alla s’interposer pour le comte de Sigebert :
Sont notamment nommés par le chroniqueur Frédégaire les ducs Grimoald et Adalgise (duc de Cologne), le duc d’Auvergne Bobon et le comte du Sundgau Aenovale.

Il est intéressant de noter que le comte du Sundgau soit nommé à côté des ducs. Ceci tendrait à suggérer que le duché d’Alsace n’était pas encore créé à cette date où du moins n’était encore qu’une entité théorique. Car sinon on comprend mal pourquoi les troupes alsaciennes ne furent pas conduites par leur duc comme pour les autres provinces. Le passage suivant de Frédégaire confirme ce fait :

« Bobon duc d'Auvergne, avec une partie des troupes d'Adalgise, et Aenovale comte du Sundgau, avec les gens de son pays, et beaucoup d'autres corps de l'armée, s'avancèrent aussitôt à la porte du camp pour attaquer Radulf. »

« Aenovale comte du Sundgau, avec les gens de son pays » montre bien que le comte était à la tête des troupes haut-rhinoises et non pas le duc. L’expression « beaucoup d’autres corps d’armées » semble confirmer que chaque duc (ou comte) était à la tête d’un corps d’armée ; les corps des duc d’Auvergne et de Cologne étant probablement les plus importants. Le chroniqueur Frédégaire impute la défaite qui s’en suit aux troupes du duc de Mayence : « Les gens de Mayence trahirent dans ce combat: on rapporte qu'il périt un grand nombre de milliers d'hommes. Radulf ayant remporté la victoire rentra dans son camp. »

La partie qui suit est aussi très intéressante pour notre sujet:

« Sigebert, saisi, ainsi que ses fidèles, d'une douleur extrême, restait assis sur son cheval, pleurant abondamment et regrettant ceux qu'il avait perdus. Le duc Bobon, le comte Aenovale, d'autres nobles et braves guerriers, et la plus grande partie de l'armée qui les avait suivis à ce combat, avaient été tués, à la vue de Sigebert. »

En conclusion, la campagne de 640 contre le duc de Thuringe est un désastre, en partie du fait du jeune âge du roi, incapable d’imprimer une dynamique victorieuse à son armée. En conséquence, Radulf va proclamer l’indépendance de son pays et l’armée du roi perd un grand nombre de ses chefs dont le duc d’Auvergne, le comte du Sundgau « et la plus grande partie de l’armée. »

Le comte du Sundgau, nommé plusieurs fois semble avoir été un élément clef de l’armée franque. Il parait donc logique de penser que pour le remplacer, le roi et ses conseillers voulurent nommer un homme fort qui puisse tenir en échec les velléités indépendantistes des provinces de l’est. D’où l’idée de transformer l’Alsace en duché avec a sa tête un homme puissant et sûr. Il est donc très possible que Gondoin fut nommé à la suite de la campagne de Thuringe et de la mort du comte du Sundgau.


Le royaume franc en
                        628



Les origines du nouveau duc


Dans son livre « Adalric du d’Alsace » le professeur Guy Perny nous livre quelques informations sur le premier duc d’Alsace, malheureusement sans donner ses sources. D’après lui, celui-ci était d’origine bourguignonne. Selon le généalogiste Christian Settipani, il serait un fils du frère de Warnachaire II, maire du palais de Bourgogne et d'une sœur de Chagnéric, comte de Meaux [1]. Perny nous dit aussi qu’il était proche de la future reine et épouse de Sigebert III, Imnechilde (ou Emnechildis, ou Chimnechilde), né vers 625 et mariée en 647. Cette princesse bourguignonne serait la fille de Guillebaud II, patrice romain et descendant de plusieurs rois burgondes. Il ressort de la chronique de Frédégaire que Guillebaud était assez puissant pour entrainer à sa suite une armée réunissant tous les duc de Bourgogne. Il avait donc quasiment le pouvoir des anciens rois de Bourgogne.

Cette proximité supposée entre Gondoin et Imnechilde nous vient d’une correspondance (cité par Perny sans source) entre le roi Childéric II, la reine Imnichilde et Gondoin à propos de l’abbaye de Stavelot-Malmédy en Belgique fondée par Imnichilde et son mari. Toujours d’après Perny, le duc Gondoin avait épousé Wulfgunde, fille du future maire du palais d’Austrasie Wulfoald et ami fidèle d’Imnichilde d’après un acte de 676.

D’autres comme Suzanne Martinet [1b] voient dans le père de Sainte-Salaberge, Gondoin seigneur de l'Ornois et de Toul, du Bassigny/Bolenois, celui-là même qui deviendrait duc d’Alsace. Il est mentionné dans un passage de la vie de Saint Eustaise écrit par Jonas de Bobbio. En revenant d’une mission, l’abbé Eustaise de l’abbaye de Luxeuil en Bourgogne, lui avait rendu visite dans sa villa située en bord de Meuse :

« En chemin, il arriva chez un certain Gondoin, qui résidait alors dans un domaine rural appelé Meuse (Haute-Marne), du nom de la rivière qui passe par là. A la vue d'Eustaise, cet homme fut rempli de joie, et il le reçut dans sa maison comme une fortune. Eustaise entre donc, et après avoir béni la maison, demande à Gondoin de lui présenter ses enfants. L'homme obéit et présente deux fils qui promettaient. «As-tu d'autres enfants?», lui demande Eustaise. Il déclare n'en avoir point d'autre, si ce n'est une fille aveugle nommée Salaberge. «Fais-la venir», dit Eustaise. En la voyant, il demande si cette jeune âme aspire au service de l'amour divin. Du mieux que lui permet son âge encore tendre, elle se dit entièrement disposée à obéir à ses saintes exhortations. Il se met à l'oeuvre, accable son corps de deux jours de jeûne, arme son âme de foi, verse sur les yeux de l'huile bénite. Enfin l'aveugle obtient, par l'intervention du saint, de recouvrer la vue. »

Ce Gondoin épousa Saratrude avec qui il aura cinq enfants dont :[2]

- Sainte Salaberge , abbesse de Saint-Jean de Laon.
- Leudinus Bodo, évêque de Toul.
- Fulculf Bodo, seigneur de l'Ornois, ainsi qu'en Alsace.

Les deux thèse ne sont pas complètement incompatible puisqu’à cette époque, en fonction des alliances, les princes francs passaient assez facilement d’un des trois royaumes francs à l’autre. Il est donc tout à fait possible qu’étant Bourguignon d’origine, Gondoin alla s’établir en Austrasie, par exemple pour être plus proche de la cours de Dagobert. En tout cas, il semble crédible que Sigebert ait voulu nommé un leude proche de lui à la tête de cette province clé qu’était l’Alsace.


Les actes de Gondoin


Gondoin est resté dans l’histoire principalement comme fondateur de l’abbaye de Moutiers-Grandval dans le jura suisse. Il aurait en effet donné à l’abbaye de Luxeuil le Grand Val, à l’entrée des gorges de la Birse », pour y fonder une nouvelle communauté et vers l'an 640, le supérieur de Luxeuil y envoie saint Germain de Trêves comme premier abbé du nouvel établissement.[3]

A cette époque Saint-Eustaise de Luxeuil était déjà mort (+29 mars 629). Il fut d’ailleurs enterré dans l’église Saint Pierre de Luxeuil. Néanmoins, la fondation de l’abbaye de Moutier-Grandval semble accréditer les deux thèses sur les origines de Gondoin c'est-à-dire à la foi une origine bourguignonne et une relation chaleureuse avec les abbés de Luxeuil.

Politiquement, Gondoin dut être proche de Sigebert et des Bourguignons. Après l’expédition de Thuringe, Grimoald, fils de Pépin de Landen, sauva la vie du roi Sigebert et devint son ami et son plus proche conseiller. Grimoald convoita alors la place de maire du palais d’Austrasie occupée par un certain Othon. En 642, Grimoald incita le roi à faire tuer Othon par Leuthaire duc des Alamans et prit sa place comme maire du palais d'Austrasie. Son emprise sur Sigebert augmenta rapidement à tel point qu’il obtint de Sigebert qu’il adopte un certain Childebert (fils de Grimoald ou peut-être un fils naturel de Sigebert). Toujours est-il qu’à la mort de Sigebert en 656, Grimoald fit tondre le fils légitime de Sigebert et Imnechilde, Dagobert et le fit exiler en Irlande pour imposer son prétendant Childebert.
Etant proche d’Imnéchilde, il est peu probable que Gondoin était partisan de Grimoald. A l’époque de la toute puissance de celui-ci à la cour d’Austrasie, Gondoin dut donc rester en retrait et se consacrer au développement de l’Alsace, notamment par la fondation d’églises et abbaye. A cette époque les églises nouvellement fondées était dédiées à Saint-Martin, Pierre et Paul ou plus tard Saint-Léger. On en compte une centaine en Alsace qui auraient donc été crées au VIIe siècle.

Par rapport aux affaires de Bourgogne, le parti appuyé par Gondoin semble là aussi assez clair. Cette période correspond en effet à la régence de la reine Nantilde, troisième femme de Dagobert 1er et mère du roi de Neustrie Clovis II. Pour réduire l'autonomie de la Bourgogne vis-à-vis de la couronne de Neustrie, Nantilde maria sa nièce Ragnoberta à un certain Flaocha qu’elle fait acclamer maire du palais de Bourgogne par l'élite de Bourgogne à Orléans en 642. Ce Flaochat était l’allié du maire du palais de Neustrie Erchinoald. Dans ses nouvelles fonctions, Flaochat trouva bientôt sur sa route Guillebaud, très riche, et le plus puissant des nobles bourguignon. Une guerre s’en suivit où Guillebaud perdit la vie. Flaochat le suivit dans la tombe peu après. Dans cette affaire Gondoin fut probablement un partisan de Guillebaud et un adversaire de la cour de Neustrie.

En résumé, il semble bien que durant les années 640 et 650, les hommes forts à la cour d’Austrasie et de Neustrie n’étaient pas des alliés de Gondoin. Gondoin dut donc éviter de s’impliquer au plus haut niveau de l’état et s’occuper des affaires locales dans son duché. Cela explique peut-être son absence des sources historiques. D’après Suzanne Martinet Gondoin est décédé le 30 octobre 656. Comme ce décès intervient peut après la mort de Sigebert (1er février 656) on peut s’interroger si Grimoald fut impliqué dans cette disparition. En effet après la mort du roi, ce dernier aura très bien pu vouloir éliminer un partisan d’Imnechilde et de son fils Dagobert prétendant au trône d’Austrasie.


Redécouverte de l’abbaye de Moutier-Grandval



Vestiges médiévaux en ville de Moutier: Sur les traces du monastère de Moutier-Grandval

Site Internet du Canton de Berne

3 septembre 2008 – Communiqué de presse; Direction de l'instruction publique

 
Des vestiges médiévaux d’une valeur exceptionnelle ont été découverts récemment dans la vieille ville de Moutier. Les éléments de maçonnerie et les parties de sols mis au jour pourraient appartenir à un ensemble de bâtiments ayant formé le monastère de Moutier-Grandval. Fondé en l’an 640, celui-ci figure parmi les plus anciens établissements monastiques de Suisse. Il n’avait toutefois jamais pu être localisé avec précision jusqu’ici. Le Service archéologique du canton de Berne n’exclut pas la découverte prochaine d’autres vestiges du VIIe siècle.
 
Les origines historiques de Moutier remontent au début du Moyen Age avec notamment la création d’un monastère colombanien, vers l’an 640, dont les connaissances archéologiques demeuraient vagues jusqu’à ce jour et se limitaient aux observations réalisées par le premier archéologue jurassien, Auguste Quiquerez. Au XIXe siècle, ce dernier mentionnait la découverte de sarcophages dans l’ancienne église Saint-Pierre, détruite en 1873, mais aussi de tombes, de sols en mortier et de murs, dans les jardins bordant l’ancien lit de la Birse ,à l’est de l’actuelle la Rue de la Prévôté.

Ces observations se situant de part et d’autre de la Rue Centrale, le Service archéologique du canton de Berne avait jugé opportun de suivre la réalisation du projet de rénovation des conduites en vieille ville de Moutier, afin de préciser la nature et la datation des vestiges observés par Auguste Quiquerez.

Comme un monastère du Haut Moyen Age pouvait comprendre plusieurs églises, on ne connaît ni l’importance ni la fonction exacte de l’église Saint-Pierre. Peut-être s’agissait-il de l’église des moines ou tout simplement de l’église funéraire. La question de l’emplacement des bâtiments conventuels demeure elle aussi non résolue à l’heure actuelle.

Découvertes exceptionnelles à la Rue Centrale

Si l’étape de la Rue de la Prévôté n’a livré que quelques vestiges des XVIIIe et XIXe siècles (maçonneries, canaux dallés), l’étape de la Rue Centrale a, quantà elle, révélé des structures assez exceptionnelles : plusieurs murs ainsi que des sols en mortier de chaux médiévaux sont apparus sur plus de trente mètres. Certaines maçonneries présentent un aspect massif et atteignent jusqu’à 220 cm d’épaisseur. Ces murs qui occupent l’espace sous l’actuelle Rue Centrale, appartiennentà un grand bâtiment, qui a connu différentes phases de construction. Aux phases les plus anciennes visibles à l’heure actuelle, se rapportent des sols de mortier de chaux recouverts d’un enduit rouge à base de tuile pilée, un type de coloration qui, au Moyen Age, était réservé aux églises, aux châteaux et aux demeures prestigieuses.


Un des sols découverts à Moutier s’étendrait sur plus de 20 m et pourrait se rapporter à une grande salle ouà un couloir. A ce stade de la fouille, la chronologie du site n’est pas établie de manière absolue, mais la majeure partie des aménagements paraissent antérieurs au XIIIe siècle (céramique). Il n’est donc pas exclu que des vestiges du VIIe siècle apparaissent prochainement.

Quelle fonction pouvait avoir ce bâtiment de plus de 20 m de long ? S’agirait-il de la résidence de l’abbé, d’une aile du cloître ou même de l’église conventuelle ? Quoi qu’il en soit, il semble assez évident qu’avec cette découverte archéologique exceptionnelle, le monastère longtemps recherché ait enfin été localisé.

Une des premiers monastères de Suisse

Le monastère de Moutier-Grandval fut fondé vers l’an 640 et compte avec Romainmôtier (env. 450), Saint-Maurice (515), Saint-Ursanne (env. 600) parmi les plus anciens établissements monastiques de Suisse. Il fut fondé par une petite communauté partie de Luxueuil (Franche-Comté) et emmenée par le moine Fridoald. Le premier abbé du lieu fut Germain, mort assassiné vers 673. Jusqu’à l’an mille, le monastère de Moutier connut un essor constant : ses possessions territoriales s’étendirent et son enseignement réputé attirait de nouveaux moines.


En 1115 au plus tard, le monastère de Moutier-Grandval fut transformé en Chapitre de chanoines. Cette transformation eut apparemment pour conséquence le déplacement de l’église : les chanoines firentériger une collégiale sur la colline qui dominait alors le village (l’actuelle église fut partiellement reconstruite sur les fondations médiévales de 1858 à 1863). Il se pourrait que peu après – au XIIIe siècle peut-être – les bâtiments conventuels du Haut Moyen Age situés dans le village furent partiellement détruits.

En 1534, la Réforme sonna le glas de l’établissement et les moines quittèrent définitivement Moutier. Les bâtiments tombèrent alors peu à peu en ruine. Durant leur existence, les bâtiments monastiques gravitant autour de l’église Saint-Pierre subirent des transformations régulières et c’est probablement une partie de ces bâtiments que les archéologues redécouvrent ces jours.



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Sources :
[1] Gondoin d’Alsace, Wikipedia
[1b] Suzanne Martinet - bibliothécaire de la ville de Laon, présidente de la Société historique de Haute-Picardie), L’abbbaye Notre-Dame la Profonde et les deux premières abbesses [archive], une biographie de sainte Salaberge et de son père Gandoin, duc de l'Ornois.
[2] Wikipedia
[3] Abbaye de Moutier-Grandval - Wikipedia



Sigebert
                III

Le baptême de Sigebert III
C’est probablement ce roi qui nomma Gondoin duc d’Alsace en 640














































































































luxeuil

Cloitre de l'abbaye Saint-Colomban de Luxeuil









Moutier-Grandval











Excavation de l'abbaye de Moutier Grandval

Excavation de l'abbaye de Moutier Grandval









Enduit rouge recouvrant le sol de mortier

Enduit rouge recouvrant le sol de mortier