Ferme Claus-Hans
Une ferme
disparue sur le site de l’ancienne laiterie
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L’histoire de
cette ferme disparue au XIXe siècle est importante pour
l’histoire de Hohatzenheim car la famille qui gérait
cette exploitation est à l’origine de plusieurs autres
fermes du village comme s’Scheulis, s’Schnalle, s’Lappe
et a contribué à l’histoire de s’Schlieffers,
s’Schleiers et s’Mortze. L’origine de la ferme remonte
au moins à la guerre de trente ans. Elle était située
sur un terrain donnant sur la rue du maire, en face de
s’Valdes et comprenait le terrain de l’ancienne laiterie
au coin de la rue du village et de la rue du maire, à
côté une partie de la propriété Schnalle, et derrière
une partie de la propriété s’Schultze. Il y avait aussi
en face (côté nord de la rue du village) un jardin sur
l’emplacement de la maison s’Schnalle et s’lappe. Ce
jardin était attenant à un jardin appartenant à
s’Faldes. Cette propriété était donc au sud et au nord
de la rue du village attenante à s’Faldes. De plus comme
le premier propriétaire était probablement le frère du
1er propriétaire de s’Faldes, il est possible qu’avant
la guerre de trente ans les deux propriétés n’en
faisaient qu’une. Ou alors les deux frères se seraient
installés en même temps au village dans les années 1630.
Dans ce dernier cas, peut-être venaient-ils de
Mittelhausen car en 1650 il y avait un Georg Claus à
Mittelhausen dont une fille est marraine. Ce Georg Claus
devait alors avoir environ 50 ans et pourrait donc être
le père des frères Claus de Hohatzenheim. 1ère génération : Lorentz CLAUS
(ca1615-ca1675) Marié avec
Barbara. Enfant : Laurent (né le
20/11/1644 à Strasbourg) Georg (né
ca1647) Eva (né le
15/3/1651 à Hohatzenheim) Lorentz Claus
apparait pour la première fois à Strasbourg dans les
années 1640, à l’époque où plusieurs villageois de
Hohatzenheim (s’Faldes, s’Schultze,…) sont réfugiés à
Strasbourg autour de la paroisse St-Pierre le Jeune qui
d’ailleurs possède des terrains à Hohatzenheim notamment
autour de la Leichtgasel. Ainsi le 20 novembre 1644 «
Lorentz von Hohenatzenheim » et sa femme Barbara font
baptiser leur fils Lorentz. Comme pour le fils de son
frère Hans Claus (s’Faldes), le parrain est le tailleur
Nicolas Scherer de Hohatzenheim. (A noter que les Scherer de
Hohatzenheim sont cité au XVe siècle mais par contre ils
n’apparaissent plus au village après la guerre de 30
ans). Lorentz Claus
réapparait ensuite à Hohatzenheim le 26 janvier 1651,
alors qu’il est parrain du fils de Diebolts Andres. En
mai de la même année son nom apparait sur la liste des
biens réévalués du fait de dommages de guerre : « Lorentzen Claus hat him ein hoff scheuer Stall (garten barré) umb 40R abschätzen lassen. »
40R est une somme très faible ce qui suggère que la ferme était vraiment en mauvais état. Mais cette somme ne concerne pas le jardin qui est barré. Le terrier de 1657 donne une description plus complète :
« Lorentz Clauß Item ein behausung scheuer, stall und garthen einseit neben der hezels gass, (zum theil dem eich garthen) stost hinden uf Georg schmit vornen uf das allmend. »
D’après cette
description l’avant de la ferme semble être sur la rue
du village et l’arrière sur la propriété du maire Georg
Schmitt. On verra que cette disposition va changer.
Concernant le jardin en face, la description est donnée
sur la liste des jardins de la commune : 11e
jardin de la liste : « Lorentz
Clauß Zinst dem Hl. Item ein
Baumgarten im dorf jenseit des Bach uf 1 acker einseit
zum theil oben hinauß neben dem sindelsperger gut, unden
hinauf neben dem hl zinß gut anderseit neben Hanß
Claußen stost hinden uf das Morsmunster gut Blutzen
gartel genant zum theil und zum theil uf Georg Schmidt
vornen uf das allmend. » « Lorentz
Clauß Loyer payé à la
paroisse. Un verger dans le
village au-delà du ruisseau sur 1 acre, d’un côté sur la
partie haute le bien du couvent de Sindelsberg, sur la
partie basse le bien loué de la paroisse, de l’autre
côté Hans Claus, derrière en partie le petit jardin de
l’abbaye de Marmoutier appelé Lutzen et en partie le
bien Georg Schmitt, et devant le communal. » Ce verger était
sur la parcelle de la ferme s’Schnalle et s’Lappe soit
30 ares. Pour l’arpenteur de l’époque un acre
correspondait donc à peu près à 30 ares. En 1657 et 1659
Lorentz Claus est qualifié de « Wurth », c’est à dire
aubergiste comme son frère. En 1666, sa fille Eva est
citée : « Eva Lorentzen Clausen der wirth &
gerichtschoffe zu ATZ tochter. » Lorentz est donc
échevin. Eva quant à elle, ne semble pas s’être mariée.
Le fils ainé Lorentz le jeune n’apparait nulle part. Il
est donc probablement mort en bas âge, George devenant
ainsi l’héritier de la propriété. Il n’y a pas
d’acte de décès de Lorentz Claus. Il est peut-être
décédé durant la période troublée 1674-1675 où beaucoup
de villageois avaient quitté le village. Sa femme quant
à elle est décédée le 4 juin 1679: « 4-6-79 Starb
Barbara, Lorentz Claußen gerichtschoffe hausfrau. » 2e generation: Georg CLAUS
dit « Claus Georg » (ca1647 - 1675)
Marié en 1672
avec Barbara, fille de Hanß Batten de Mittelhausen Enfants : Hans (1673) On note une
inversion de nom pour le fils de Lorentz toujours cité
sous l’appellation « Claus Georg ». Dans ce cas le
patronyme change également puisqu’on verra que son fils
Hans sera appelé « Hans Georg » (né le 7 avril 1673).
Georg Claus aura une vie très brève puisqu’il mourra le
13 mars 1675 à l’âge de 28 ans, peut-être des suites de
la guerre et des déprédations de l’armée autrichienne au
village (novembre 1674). Sa veuve se remariera et la
ferme passe donc au second mari de Barbara Batten. 3e generation: Jacob HANS 1er
(ca1655-1718) Marié en 1eres
noces le 10 janvier 1676 avec Barbara Batten, la veuve
de Georg Claus : « Seind in
der Kirchen zu Hohatzenheim…, Jacob Hanß, Jacobs Hanßen
burger und Marckschoffen hanauische Herrschatt ehligen
sohn, und Barbara weyland Claußen Georg gewesenen
burgers zu Hohatzenheim wittib. » Enfants : - Andreas Jacob, absent, “unwißend wo er ist.” - Georgen Jacob 36 ans “zu Mittelhausen in diensten” (né ca1682) -
Anna épouse Mathis Hornecker Hohenatzenheim –
S’installent sur le terrain s’Lappe. - Jacob Hans, HH ép. Barbara Lienhart hofbeständer (CM du 10/9/1708) - Catharina HH ép Georg Veltin. - Lorentz Jacob,
ledig 18 ans (né ca1700) (vogt Lorentzen Jacob) - Marié en 2ndes
noces le 2 août 1707 avec Anna Zweck, fille de Michel
Zweck de Wingersheim. Enfants : Mathis (ca1708) Anna Maria
(ca1709) Eva (ca1712) D’après l’acte de
mariage de 1676, le père de Jacob Hans 1er
était « garde champêtre de la seigneurie de
Hanau. » Cette qualité ne donne aucune précision
géographique et on ne peut donc être sûr d’où venait
cette famille. Par
contre ce titre semble indiquer une position assez
aisée. Le 6 mai 1655 naquit un André, fils de Jacob Hans
et Maria mais ce couple ne semble pas être les parents
de Jacob Hans 1er. En tout cas, l’arrivée du
deuxième mari de Barbara Batten, puis la mort de la
veuve va faire perdre son héritage au fils de Georg
Claus. Ce dernier, Hans, est probablement le
« Georg Hans » qui va reprendre la ferme
s’Morze. Dans l’ancienne
ferme Claus, la famille Hans va donc prendre la relève
et prospérer comme nous allons le voir. Cette famille
est catholique. Après la conversion du village au
catholicisme en 1687, Jacob Hans va obtenir des
responsabilités communales. Dans un inventaire de 1714,
Jacob Hansen est qualifié de gerichtschoffe. Jacob hans
décède en 1718 (vers 65 ans). Son inventaire après décès
est rédigé le 13 mai: Verger au nord
de la rue du village : « Jacob hanss zum
hoff gehorig. Item ein baum und grass garthen im dorffalhier ohngefehr eines ackers gross, theil neben Hannßen Claus, anderseit Lorentzen Jacob oben [uf Hannss helleingeben barré] in gingsestrass unten ufs allmend Ist unter dem hoff anschlag. »
Ferme et jardin au
sud de la rue: « Ein behaussung hoff scheuer Stall und garthen sambt desselben begriff und Kecht und Lhergechbigkeiten in dorf hohatzenheim alhier gelegen, theil neben den hatzelgassel, andertheil neben Lienhard Schmidt und zum theil neben barbara schmidin, vornen uf Lienhard schmiden und hinten ufs allmend, ist dem Miterben Hannß jacob benebst 4. Pferdten zufullen Schiff und geschier was zum aderbaugehorig vermog obiger ubergaab vom Verstorbenen stres ungeschlagen worden zro 450R »
La description
semble indiquer que l’entrée de la ferme est maintenant
en amont de la propriété, avec l’arrière sur la rue du
village. Jacob a du reconstruire une bonne partie de
cette ferme puisque la valeur a beaucoup augmenté à
450R. Il a également 4 chevaux comme les plus grandes
fermes du village. En plus du jardin à côté de la ferme,
côté sud de la rue du village, il avait conservé aussi
le verger en face, côté nord de la rue du village. Ce
verger d’un acre (à peu près 30 ares) va être partagé en
deux : la partie est (2/3 de l’ensemble) va être
donnée à Anna Hans épouse de Mathis Hornecker. Il
construiront là une maison de journaliers. C’est le
début de la ferme s’Lappe. La partie ouest (1/3 du
verger ; emplacement de la future maison Schnalle),
va rejoindre le domaine de l’héritier de la ferme, Jacob
Hans II. 4e génération : Jacob HANS II (ca1685-1760) Marié en 1708 (CM
du 10/9/1708) avec Barbara Lienhard (+1755) Enfants : - Eva ép. Bastian
Eschlauer (+av1760) de Rumersheim - Catharina veuve Georg Lay maurer de Wingersheim assistée de Antoni Diebold des musicanten. Ep (ca1755-60) Sebastian Holzmann maurer - Wingersheim - Jacob der Junge
(+1782; frères et soeurs héritent); habitait côté Est de
s’Schleiers. - Antoni hofbesitzer HH
gerichtschoffen ép. Maria Grass le 13/2/1745 - Georg burger dahier – Hohatzenheim; (s’Scheulis) - Anna Maria ép.
Hans-Jacob GRASS – Donnenheim, puis Hans KEHREN -
Donnenheim Jacob Hans était
Gerichtschoffe comme en témoigne son inventaire après
décès. Il y d’autre mention de Jacob Hans gerichschoffe
mais il semble qu’il y avait aussi un Jacob Hans, fille
de Georg Hanns (S’Mortze) dont la famille a changé de
nom (est devenue Reeb) : 1727 - Jacob Reeb so Jacob Hanß genannt Gerichschoffe ( s’Mortze?) 1729 - Jacob Hanß gerichtschoffe 1736 - Jacob Hanßen des gerichtschoffe 1738- Jacob
Hanßen des gerichtschoffe Barbara Lienhard
décède en 1755. L’inventaire après dècès date du 20
février. La propriété a encore doublé en valeur à 800R.
Description du verger en face : « Zum dritten
verspricht der vatter seinem sohn dem hochzeiter auf
einem gartten gegen dieses behaußung über ungefahr eines
akers groß im bann hohatzenheim einseit neben Hanßen
claus, anderseit neben Lorentz Jacob unter aufs allmend
oben auf Hanß schmid von Mittelhausen. 800R » Jacob Hans décède
en 1760 (Inventaire du 28 mai). 5e génération : Antoine HANS (ca1720-ap1787) Marié le 13
février 1745 avec Anna Maria Grass (née le 29 nov 1721 à
Donnenheim) fille de Jacob Grass et Maria Pfister. Enfants : Anne-Marie (14
août – 2 sep 1745) Antoine
(9/9/1746) ; Marié avec Anna-Maria Arbogast.
Bilwisheim. Laurent
(10/8/1747) ; Hohatzenheim. Anne-Marie
(16/11/1749) Brigitte
(23/5/1751) Catharina
(20/5/1752) Jacob (3/4/1753) Anne-Marie
(15/4/1755) Schultheiss de
1765 à 1787 d’après Foesser. On trouve par exemple dans
les registres paroissiaux survivants de Hohatzenheim des
mentions de « Antoine Hans praetor » en 1768
et 1772. Antoine Hans est l’héritier de la ferme
familiale et des deux jardins de chaque côté de la rue
du village. Avec Antoine Hans, la famille atteint
l’apogée de son histoire en prospérité et notabilité.
Cette bonne fortune prendra fin subitement avec la
révolution française. 6e génération : Laurent HANS
(1747-1821) Marié le 7
décembre 1784 avec Barbara Steinmetz de Bilwisheim,
fille de Joseph Steinmetz et Barbara Weinling. Enfants : Laurent (+1789) Catherine (1795) Thérèse (ca1798) Joseph (3-7-1800
ou 14 messidor VIII) Nicolas
(8-1-1804) La liste des
émigrés de Hohatzenheim pour la période
1793-1794 comporte les noms de Laurent et Antoine
Hans. Comme le frère Antoine de Laurent habitait à
Bilwisheim, il semble que ce soit le père de Laurent qui
soit parti en émigration avec son fils. De fait il est
probable que la famille ait été dépossédée durant cette
période et que la ferme ait été fortement détériorée. 7e génération : Florent CORBENDEAU
(1789-1867) Marié le 24
janvier 1815 avec Catherine Hans, héritière de la ferme. Enfants : - Marie Catherine
Corbendeau (23 Nov 1816) - Joseph
(1820-1821) - M-Madeleine
(1823) - Thérèse (1826) - Pierre (1829) - Marie-Anne
(ca1830) Florent
Corbendeau est né à Hochfelden le 29 octobre 1789, fils
du tisserand Jean Corbendeau et de Marie Mathern.
Conscrit de 1809 puis soldat de l’empire en 1812, il a
participé à la campagne de Prusse où il a été fait
prisonnier. Envoyé à Stockholm en Suède il est libéré en
juillet 1814 et rentre en France où il est réformé. Il
rentre alors à Hochfelden. Un
article spécifique lui est dédié. Le 24 janvier
1815, Corbendeau se marie à Hohatzenheim avec Catherine
Hans né à Hohatzenheim en 1795 hors mariage. Florent
signe le registre d’une croix. Il est alors déclaré sans
profession. Le couple s’installe à Hohatzenheim au no15
dans la maison familiale de la mariée où habite aussi
son père Laurent Hans jusqu’à sa mort en 1821. Ils y
restent jusqu’en 1829, année où ils s’installent de
l’autre côté de la rue du village (côté nord) dans une
maison construite sur le jardin qui appartient à
la famille depuis la guerre de trente ans. Dans les
registres, Florent Corbendeau est dit laboureur en 1816
puis journalier après ça (période 1820-1829). On en
déduit qu’à cette époque la ferme Claus-Hans n’existait
quasiment plus. D’ailleurs le plan de 1826 montre qu’il
n’y avait plus là qu’une petite maison. Plus d’étable ni
de grange. La maison elle-même devait être en mauvais
état pour que la famille déménage de l’autre côté de la
rue. 8e génération : Georges
ARBOGAST Après le départ
des propriétaires, la maison délabrée de l’ancienne
ferme est probablement louée à divers locataires dont le
prêtre retraité Georges Arbogast qui apparait sur le
recensement de 1836 : Maison n15 Georges Arbogast
Prêtre retraité, 42 ans M. Catherine
Arbogast sa sœur, 37 ans Marie Schaepper,
domestique, 42 ans 9e génération : Joseph HANNS Le recensement de
1841, indique qu’une autre famille s’est installée
temporairement dans la vieille maison. Il s’agit de la
famille de Joseph Hans, le fils ainé de la ferme
Scheulis: Recensement 1841 Maison n15: Hanss Joseph,
cultivateur Freund, Mariane,
sa femme Hanss Charles Hanss Louis Hanss Mariane C’est un retour
aux sources pour lui puisque son ancêtre Jacob Hans II
était propriétaire de cette ferme un siècle plus tôt. Le
savait-il ? Toujours est-il qu’il fut probablement
le dernier habitant de cette maison car sur le
recensement de 1851 la maison est inhabitée et elle le
restera jusqu'à
sa destruction. Au XXe siècle, la propriété va être
progressivement dépecée. La partie sud (amont) sera
vendue à s’Schultze, le jardin à l’est restera la
propriété de s’Schnalle (les héritiers des Hans) et deviendra
une grange. Le coin de la rue sera vendu à la
commune et abritera dans les années 50 l’ancienne
laiterie du village. |
![]() Emplacement actuel de l'ancienne ferme Claus-Hans ![]() Construction de l'ancienne laiterie vers 1955 ![]() Florent Corbendeau - Soldat de l'empire ![]() Site en 1826. La maison est située rue du maire au milieu de la parcelle en face de la grange de s’Valdes. De l’autre côté de la rue du village : le jardin qui deviendra l’emplacement de la nouvelle maison ![]() Le site en 1914. L'emplacement original de la ferme est vide sauf en ce qui concerne une petite remise en face de s’Schultze. La nouvelle propriété de l’autre côté de la rue du village : s’Schnalle (en vert) ![]() le site au XXIe siecle |