Ferme Diebold-Barthel


 

Une ferme disparue rue Laugel
 

 



Origine


D’après notre étude, il y avait deux familles Diebold à Hohatzenheim juste après la guerre de 30 ans. Une branche aînée, qui habitait cette ferme, entre s’Baylers et s’Ruxers et une branche cadette qui habitait la maison s’Schares et qui venait peut-être d’une ferme détruite plus haut sur la leichgas. En ce qui concerne la branche aînée, le premier propriétaire connu de la ferme Diebolt-Barthel était Diebolt Andres (le vieux), marié vers 1650 avec Catharina. Bien qu’il fût toujours appelé « Diebolt Andres » le patronyme qu’il transmit à ses enfants était bien Diebolt. Son père était peut-être Claus Diebolt car au baptême de son fils, la marraine était Margaretha fille de Claus Diebolt (ca1595-ap1653). Ce Claus aurait alors été le propriétaire de la ferme avant la guerre de trente ans. Cet indice ainsi que la mention de la ferme détruite de la branche cadette tendent à indiquer que la famille Diebolt était présente au village avant la guerre de trente ans, se séparant en deux branches (deux frères ?) après la guerre.

 


Première génération – Diebold Andres le vieux (ca1625-

 

Marié vers 1650 avec Catharina.

 

Enfants :

 Hans (1651)

 Andres (1653)

 Peter (1655-1665)

 Jacob (1660+)

 Barbara (1663)

 

Diebold Andres s’est probablement marié juste avant d’arriver (ou de revenir) à Hohatzenheim vers 1650. Il est au village lors du baptême de son fils Hans le 26 janvier 1651. Le 28 mai 1651, sa maison apparait sur la liste des propriétés réévaluées du fait de dommages de guerres :

 

« Dieboldts Andreß last ihm Hauß Hoff Scheür und gartten umb 70 R hamib schätzen. Soll Jahreß 3, 3 lbs erstatten.»

 

« Diebolts Andreß a fait évaluer sa maison, ferme, grange et jardin pour 70R. Doit rembourser 3R dans 3 ans. »

 

Comme cette liste recense « les terrains brûlés et biens taxables en ruine à Hohatzenheim » les 3R sont probablement un impôt réduit dont bénéficie le propriétaire du fait de la perte de valeur de son bien. Toujours est-il que son nom sur la liste semble indiquer que cette maison était bien la sienne (ou celle de sa famille) avant la guerre. D’autre part la valeur de la maison endommagée la classe parmi les petites fermes du village.

 

On retrouve une description de la ferme sur le terrier de 1657 :

 

« Diebolts Andres

 Item eine behaußung, scheuer, Stall und Garten in das Ruwelsgaßen, i.s. neben Niclaus Isch, anderseit dem leichlgasel, stost vornen uf daß allmendt hinden uf St Thomas garten. »

 

Malgré l’inversion inhabituelle de son nom et prénom (peut-être pour le distinguer de Andres diebold de s’Schares), le patronyme qu’il transmet à ses enfants est bien Diebold. Andres Diebold ne parait pas avoir occupé de fonction communale ni son père supposé Claus Diebold.

 

Décès :

 On ne trouve pas d’acte de décès dans les registres de la commune. Il est peut-être décédé vers 1674-75 durant la période ou la plupart des villageois s’étaient exilés à Strasbourg.

 

 

Deuxième génération – Diebold Andres le jeune (1653-1705)

 

1er mariage avec Eva Mathis (ca1675)

 

Enfants :

 Hans (1676) ; 1705 : Königl Miliz

 Michel (ca1681); 1705: Königl Miliz

 Andres (ca1681); 1705: burger Kinheim bisturmichler Herrschaft

 Eva et Catharina (1681) ; jumelles

 Jacob (1682)

 Eva (1684)

 Anna (ca1685)

 Barbara (ca1685)

 Marta (ca1690)

 Lorentz (ca1691-av1750)

 Margaretha (ca1693)

 Ottilia (ca1695)

 

2e mariage avec Anna Isch (ca1700)

 

Enfants :

 Diebold (1704)

 

Son inventaire après décès donne une nouvelle description de la ferme :

 

« Item ein Haüssel und Scheuer sambt Stall eind hoffreitung gartten an ein ander gelegen im Dorff Atzenheim, einseit des bruchgässel 2s. Lorentz Jacob, oben zum theil uff Hannßen MATHIS und zum theil Lienhard SCHMIDT, hunten uff ein Allmend solches Zinnß et dem Stiff zu St Thomas in Strasburg 3ß 4δ wie auch dem Stiff zum Jungen St Peter alda 4ß sambt den dazu gehörige 2 gulth gärthen und der besterung ein hooff zusamen angeschlagen per : 250 R

 Dabey auch ein Stuckh Trott holtz und ein Trott schraub begriffen.

 (y compris un morceau de bois de pressoir et une vis à pressoir.) »

 

On apprend donc que la ferme s’est bien appréciée depuis un demi-siècle (3.5x sa valeur) ce qui semble être la moyenne après les dévastations de la guerre. Avec 250R de valeur, elle reste une petite exploitation dans le village ce qui est aussi confirmé par le terme « Haüssel » (maisonnette). La mention des « morceau de bois de pressoir et vis à pressoir» semble indiquer que la ferme faisait du vin mais que le pressoir était à cette date probablement hors d’usage. C’est son fils Jacob qui reprend la ferme à la mort du père.

 

L’inventaire après décès nous apprend aussi que Diebolt Andrès avait deux fils dans la milice. Ceci est la conséquence d’une longue série de défaites de l’armée française durant la guerre de succession d’Espagne dont la défaite de Blenheim (août 1704) est le coup de grâce. Louis XIV est donc contraint de recruter un grand nombre de paysans dans la milice pour seconder une armée de métier en sous-effectif.

 

 

Troisième génération – Jacob Diebolt (1682 – 1742)

 

Né à Hohatzenheim 12 août 1682 et marié en 1724 avec Maria Weinling (17/4/1701 – av15/2/1742) de Bilwisheim.

 

Enfants :

 Hans (ca1725)

 Anna-Maria (ca1726) ; mariée à Michel Diebold.

 Catharina (ca1727)

 

On ne peut être sûr que les générations précédentes aient vécu uniquement de la production de leur ferme. En tout cas les actes du 17e siècle ne font jamais mention d’un métier d’artisan pour Diebold Andres (père et fils)et on peut donc le supposer. Pour Jacob par contre, l’inventaire après décès de sa femme indique qu’il était cordonnier. Les diebolt sont donc devenus artisans ce qui est assez typique pour les petites fermes de la rue Laugel. La ferme n’apporte alors qu’un appoint. L’inventaire date du 15 février 1742:

 

“Item eine alte behaußung sambt einem dabey befind graß und baum garten in dorff alhier zu Hohatzenheim einseit neben dem Liches gaßel anderseit Hanß Freund, vornen auf die allmend zimmer gaß und hinten auf St Thoman.

 200R”

 

Cette description montre que la ferme subissait en fait une longue période de déchéance en ce XVIIIe siècle car il n’est plus question de grange et d’étable qui ont disparu. Il ne reste qu’une vieille habitation. Déjà, on l’a vu, le pressoir était ruiné en 1705. De fait, alors que les autres fermes du village prennent de la valeur au cours du siècle, la ferme des Diebolt en perd et n’est plus valorisé qu’à 200R, grâce notamment au jardin contigu comprenant un pré et un verger. Comme il n’y a plus de grange, on peut douter que Jacob ait conservé des champs à exploiter. Il était probablement exclusivement artisan.

 

Jacob était présent à l’inventaire de sa femme en février mais il meurt peu après. Son inventaire après décès est daté du 26 avril 1742. On y apprend que son fils Hans Diebold est soldat en Allemagne. (C’est la guerre de succession d’Autriche : le maréchal de Saxe s'empare de Prague le 26 novembre 1741 mais les Autrichiens contre-attaquent et les forces franco-bavaroise doivent se replier sur le Rhin.) Les deux autres héritiers sont sont Anna-Maria, la femme de Michel Diebold et Catharina (15ans). On retrouve la même description de la propriété :

 

 

“Item eine alte behaußung sambt einem dabey befind graß und baum garten in dorff alhier zu Hohatzenheim einseit neben dem Liches gaßel anderseit Hanß Freund, vornen auf die allmend zimmer gaß und hinten auf St Thoman.

 200R”

 


4e génération – Laurent Barthel (1720 – 1796)

 

Né à Mittelschaeffolsheim le 17 juillet 1720. Marié le 21 mai 1742 à Rumersheim avec Catharina Diebolt l’héritière de la propriété.

 

Enfants :

 Jacob (av1750-

 Sophie (ca1755-

 Pierre (ca1758 – 28/9/1832)

 Laurent (3/3/1760-1840) ; carrière militaire.

 

Du fait du décès de ses parents, Catharina se marie donc juste après leurs funérailles pour reprendre avec son mari la propriété familiale. Elle a 15 ans. Son mari reprendra le métier de cordonnier de son beau-père. En 1744, le village subit le passage des mercenaires du colonel autrichien Trenck qui occasionnent quelques dégâts.

 

En janvier 1769, Jacob Barthel, le fils aîné se marie à Hohatzenheim avec Barbara Rohr. Jacob, est cordonnier comme son père et en bonne voie pour prendre la succession paternelle. Jacob et sa femme s’installent donc à Hohatzenheim. Ce mariage envenima-t-il les relations familiales ? Difficile à dire, toujours est-il que quelques mois après ce mariage, le 21 juin 1769, Catherine Diebolt et Laurent Barthel père, passent devant le notaire qui prononce leur séparation de biens. Sous l’ancien régime, cette mesure était toujours prise à l’initiative de l’épouse qui souhaitait ainsi protéger sa dot, ou ce qu’il en restait d’un mari dépensier. L’inventaire de séparation donne une nouvelle description de la propriété :

 

 

« …im dorff dahier, einseit neben dem leichgaßel anderseit neben Hannß Ruxer, vornen auf die allmend zimergaß und hinten auf St Thomas … »

 Valeur: 300R

 

 La valeur de la propriété s’est donc appréciée quelque peu. Peut-être la maison a-t-elle été reconstruite par Laurent Barthel. En tout cas, cette mésentente familiale dut être difficile à accepter pour les enfants. Catherine Diebolt quittera le village car contrairement à son mari, son décès n’est pas enregistré à Hohatzenheim. Laurent Barthel restera probablement dans la maison familiale qui passera à son fils aîné Jacob et décèdera le 26/4/1796.

 

A noter : Laurent le jeune, suivra une carrière militaire. Enrôlé dans l’armée du roi en 1782, il deviendra officier sous la révolution et finira sous l’empire comme capitaine avec la légion d’honneur. Un article séparé lui est dédié. Son autre frère Pierre restera dans la maison familiale, célibataire. Par contre Sophie se mariera en 1779 avec un jeune homme de Bilwisheim ou elle ira s’installer.

 

 

5e génération – Jacob Barthel (av1750-

 

Marié en janvier 1769 avec Barbara Rohr fille de Jacob et Elisabeth Weber de Wintershouse.

 

Enfants :

 Lorentz (ca1771)

 Barbara (ca1773)

 

 

 

Jacob Barthel exercera le métier de cordonnier comme son père. Entre 1770 et 1773 Jacob, le fils aîné aura trois enfants dont un périra en bas âge. Finalement son mariage ne fut pas plus heureux que celui de ses parents puisqu’en 1774, à peine 5 ans après son mariage, sa femme Barbara Rohr demande à son tour la séparation de biens. Barbara Rohr meurt 3 mois après cette séparation laissant deux enfants à charge à son mari. Jacob quitta sans doute le village puisqu’il n’y pas d’acte de décès à son nom. Il reste donc dans la maison familiale Laurent le vieux, son fils Pierre et les deux enfants de Jacob : Laurent et Barbara.

 

 

6e génération : Pierre Barthel (ca1758-1832)

 

Le destin de Jacob Barthel n’est pas éclairci. Toujours est-il que durant la terreur de 1793, son frère pierre s’enfuira et sera déclaré émigré. Il reviendra au village par la suite. Toutefois après la mort de Laurent Barthel le vieux en 1796, il ne restera dans la maison familiale que Pierre Barthel et sa nièce Barbara célibataire et héritière de la propriété. Son frère Laurent (3e du nom) s’est probablement marié et installé ailleurs. L’état de section de 1828 indique que Barbara est bien la propriétaire. Le plan de 1826 ne montre à cet endroit qu’une maisonnette. Pierre décède le 28 septembre 1832 :

 

« Pierre Barthel non marié, journalier, de feu Laurent Barthel décédé à l’âge de quatre vingt ans, cordonnier né à Mittelschaeffolsheim et de Catherine Diebold.

 Sur la déclaration de Pierre Hoenen, sellier, son voisin. »

 

Après le décès de Pierre, Barbara quittera la maison et ira habiter chez son voisin Pierre Hoenen (s’Ruxers). Le recensement de 1836 indique que plus personne n’habite dans la propriété. La maison tombée en ruine sera finalement détruite et il n’y aura plus que le verger. Le plan de 1914 ne montre plus de construction à cet endroit. Barbara Barthel décède finalement le 23 septembre 1846 :

 

« Barbara Barthel

 Non mariée âgée de soixante treize ans, fileuse de lin. Fille de feu Barthel Jacques cordonnier et de feu Rohr Barbe, journalière et née à Rottelsheim.

 Sur la déclaration de Hoenen Pierre propriétaire de la maison mortuaire. »

 



Site de la ferme
                Diebold-Barthel

Site de l’ancienne ferme Diebold-Barthel
entre s’Baylers et s’Ruxers sur la Leichtgässel.
Aujourd’hui occupé par deux parcelles différentes
avec maisons modernes.
 








































Milice

L'enrolement des paysans dans la milice en 1705
Hans et Michel Diebolt subirent ce sort





























Guerre de succession d'Autriche

1742 - "Hans Diebold Soldat in Deutschland"
Il y participa à la guerre de succession d’Autriche sous les ordres du Maréchal de Saxe





















Fleurus

Laurent Barthel né dans la ferme en 1760 participa aux guerres de la révolution notamment Fleurus.
Il deviendra capitaine sous l'empire.





















Ferme Diebold en 1826

Propriété de Barbara Barthel en 1826
Il ne reste que la maison







Barthel-Diebold 1914
En 1914 le terrain est vide, composé de deux vergers