Il y a 60.000 ans, c'est-à-dire environ 2500
générations, sous la pression
d’un environnement devenu inhospitalier (refroidissement,
désertification et la
catastrophe Toba), l’humanité s’était
rétractée sur son berceau éthiopien où
d’ailleurs les ancêtres des hommes actuels avaient toujours
vécu, au moins
pendant 140.000 ans. Partout ailleurs, quelques groupes survivaient
péniblement
voués à la décadence et à la disparition.
Parmi ce noyau éthiopien, il y avait
un homme dominant, probablement chef de clan qu’on appelle aujourd’hui
YC-Adam.
C’est lui qui serait appelé à renouveler
l’humanité chancelante. Pourquoi lui ?
En fait, cette époque est une phase charnière du
développement humain,
peut-être induite par la nécessité de faire face
à un environnement plus
hostile. On note en effet que l’homme atteint alors un palier
supérieur de son
développement. Il semble pouvoir penser de manière plus
complexe, plus
abstraite et plus approfondie. Brusquement de nouveaux horizons
allaient
s’ouvrir à lui et l’amener sur le chemin de la civilisation.
Ainsi, vers 60.000 – 50.000 ans, on note une plus grande
complexité sur les
sites humains modernes. L’homme diversifie sa nourriture et mange plus
de
poisson, il sait élaborer des harpons pour pêcher,
fabriquer des instruments de
musique (flûtes), des aiguilles et un inventaire plus
varié d’outils. Enfin il
commence à fabriquer des embarcations qui lui permettent de se
déplacer sur
l’eau. En résumé, il crée les premiers rudiments
de sa propre culture.
« La pensée structurée »
Les scientifiques pensent que ce développement
soudain n’est pas seulement
lié aux contraintes du climat mais est davantage le
résultat de progrès dans le
domaine du langage. Dans son livre « A brief history of the Mind
», Calvin
explicite sa théorie du développement de « la
pensée structurée ». Il explique
que le cerveau humain se structure durant l’enfance, de 0 à 5
ans. Au fur et à
mesure de l’apprentissage par l’enfant d’idées de plus en plus
complexes, son
réseau de neurones s’étend et lui fournit de nouvelles
capacités. Ce processus
prend fin, d’après Calvin entre 3 et 5 ans. Le cerveau atteint
alors sa plaine
maturité. Durant la période primitive (avant 60.000 ans),
le type de pensée «
complexe » d’un individu est principalement lié à
la chasse. Il lui faut
apprendre à lancer sa hache ou son javelot de manière
à tuer sa proie. Il lui
faut planifier la construction de son outil au plus précis,
traquer sa proie,
se positionner, lancer etc…. Ces apprentissages ont peu de chance
d’être
enseignés avant l’âge de 8 ans, c'est-à-dire bien
après la période ou le
cerveau est le plus apte à progresser et à s’adapter au
processus de pensée
complexe. Ainsi, durant des dizaines de milliers d’années les
progrès sont très
lents d’une génération à l’autre, voire
inexistants et le cerveau se trouve
limité dans des raisonnements primaires. Lorsque finalement, le
langage prend
son essor, brusquement, l’apprentissage d’une langue expose l’enfant
à la
pensée complexe dite structurée dès sa naissance,
et son cerveau acquière ainsi
de nouvelle compétences. Ces nouvelles possibilités
permettront alors de grand
progrès en quelques générations. Ainsi, il y a
environ 60.000 à 50.000 ans, un
clan d’éthiopiens se façonna probablement un langage
suffisamment structuré
pour lui donner accès à de nouvelles perspectives de
développement. Ce sera le
début d’un nouveau départ qui amènera les
descendants d’YC Adam au bout du
monde. C’était il y a plus de 2000 générations.
On peut voir l’allégorie de cette étape du
développement humain dans le
passage biblique traitant de Lamech, descendant de Caïn et
père de la
civilisation :
« Lamec prit deux femmes, la première
nommée Ada, et la seconde Cilla. Ada
enfanta Jabal, le père de ceux qui habitent sous des tentes et
conduisent des
troupeaux. Le nom de son frère était Jubal: celui ci fut
la père de ceux qui
manient la harpe et la lyre. Cilla, de son côté, enfanta
Tubalcaïn, qui façonna
toute sorte d'instruments de cuivre et de fer, et qui eut pour sœur
Naama.
Lamec dit à ses femmes :
« Ada et Cilla, écoutez
ma voix!
Femmes de Lamec, prêtez
l'oreille à ma parole!
J'ai tué un homme parce
qu'il m'avait frappé,
Et même un jeune homme qui
m’avait blessé
Si Caïn doit être vengé sept
fois,
Lamec le sera
soixante-dix-sept fois. »
1 – La reconquête de l’Afrique
Il y a plus de 60.000 ans, quelques part dans les steppes
éthiopiennes, le
cerveau humain acquit une nouvelle complexité jamais atteinte
jusque là qui lui
donna du monde une vision nouvelle. Dès lors, l’explosion
démographique humaine
va être substantielle mais toutefois pas suffisamment pour
laisser des traces
importantes, puisque les anciens squelettes d’hommes modernes
d’après la
catastrophe Toba ne datent que de 40 à 35,000. Avant cela, rien
(ou presque)
que des traces indirectes liées à l’activité de
ces hommes encore peu nombreux.
C’est donc principalement grâce à la
génétique que l’on peut suivre le parcours
de ces générations. Le premier groupe à se
séparer du berceau éthiopien, est
appelé Haplogroupe A. Ce groupe reconnaissable par la
présence du marqueur M91
sur son chromosome Y, émigra vers le sud il y a 50 à
60.000 ans et colonisa
bientôt la totalité de l’Afrique sub-équatoriale.
On pense que les derniers
descendants de ce groupe sont les Bushmens du Kalahari. Il est
d’ailleurs possible
que leur langage, le fameux « click » soit le dernier
vestige du premier
langage pratiqué par nos ancêtres il y a 60.000 ans. Le
second groupe,
Haplogroup B (porteurs des marqueurs M60 et M181), quitta le berceau
éthiopien
un peu plus tard pour aller coloniser les régions
équatoriales et forestières
de l’ouest. Ce sont les ancêtres des fameux pygmées (les
Baka et Mbuti) mais
aussi de la tribu Hadzabe de Tanzanie. En poursuivant le
parallèle avec la
tradition biblique, on pourrait voir en Noé un descendant de cet
YC Adam,
personnifiant la seule ligne masculine survivante après la
catastrophe Toba, et
au travers de son fils Ham ces deux premières vagues
d’immigration africaines.
2 – Le passage de la mer rouge
Alors, que les hommes se multiplièrent et
commencèrent à s’éparpiller,
celui qui nous intéresse plus particulièrement, car il
fut à l’origine de tous
les hommes non-africains et donc de notre famille, est connu par le
marqueur
M168 (ou Haplogroupe CT). Surnommé l’Adam eurasien, il faisait
probablement
partie d’une tribu qui avait traversé le golfe d’Aden et alla
s’établir sur la
côte du Yémen. A cette époque la glaciation de Wurm
était déjà bien avancée et
vers 60-50.000 la terre atteignit un nouveau maximum glaciaire. Le
niveau de la
mer baissa et les côtes s’étendirent bien plus loin
qu’aujourd’hui. De fait, le
détroit entre l’Afrique et la péninsule arabique
s’était considérablement
réduit. La tribu du groupe CT put donc traverser sans grande
difficulté soit à
sec soit sur de frêles embarcations. D’ailleurs ce
n’étaient pas la première
fois que des Africains avaient traversé en ce point puisque une
découverte
récente a établi la présence d’outils typiquement
africains dans les Emirats
Arabes Unis datant de 120.000.
L’homme était donc parvenu déjà sur ces
côtes lors de son expansion antérieure
à la catastrophe Toba. Mais 60.000 ans plus tard, la situation
est très
différente. D’abord la population humaine est très
réduite comme l’atteste la
rareté de ses traces. Ensuite, le climat plus froid, semble
avoir poussé vers
le sud des tribus de Néanderthal d’Europe qui
colonisèrent à cette époque le
Moyen Orient. On note leurs nombreuses traces en Israel, en Syrie, en
Irak et
en Iran. On les trouve aussi plus au nord, en Ouzbekistan. Une
étude montre
même que des Néanderthliens ont probablement atteint
l’Indus aux confins du
Pakistan.
La profusion des traces laissées par cette colonisation qui dura
d’environ 80.000
à 35.000 ans, suggère que Les Néanderthaliens
étaient bien plus nombreux que
les hommes modernes à cette époque. En
conséquence, les portes du Moyen Orient
restèrent temporairement fermées aux hommes modernes et
ceux-ci se cantonnèrent
donc à la côte arabique.
Extension maximale des
hommes de Neanderthal jusqu'il y a 40 ou 35 000 ans
3 – Les côtes de l’océan indien
Le groupe CT donna naissance à deux autres
lignées. La première, la plus
ancienne est définie par l’Haplogroupe CF (marqueur P143), qui
apparut il y a
55.000 ans environ. Elle sera à l’origine du peuplement de
l’Asie et de
l’Europe et pour cette raison on pourrait l’appeler Japhet
en mémoire du fils de Noé qui colonisa les
contrées du nord du monde connu. Ce
groupe continua la progression humaine le long de la côte
arabique et traversa
finalement le détroit d’Ormuz pour arriver en Iran. Comme en
Arabie,
l’expansion des hommes modernes fut probablement freinée
là aussi par les
Néanderthaliens solidement installés dans les montagnes
du Zagros et
probablement aussi sur les plateaux du centre de l’Iran comme à
Fars (Eshkaft-e
Gavi). Les hommes modernes, nos ancêtres durent donc là
aussi se limiter à la
côte et ils poursuivront leur périple le long de la
côte vers l’est. La seconde
lignée, définie par le marqueur YAP (Haplogroupe DE)
donna naissance au groupe
D qui suivrait lui aussi la route de la côte vers l’est et le
groupe E qui
retournerait en Afrique et qui donc peut être symbolisé
par le fils de Noé Shem.
Mais revenons à Japhet et au groupe CF qui longeait
l’océan Indien. Ce
groupe donna naissance au groupe F (marqueur M89) qui s’arrêta
probablement en
Inde et au groupe C qui continua sa progression vers l’est jusqu’en
Indonésie
qui faisait alors partie de l’Asie et l’Australie. Leur progression fut
d’ailleurs
assez rapide car leurs descendants arriveront en Australie en seulement
quelques millénaires. En effet, l’étude de
sédiments de deux sites préhistoriques
du Lac Mungo confirme la présence de tombes datant de 50.000 ans.
Plus tard, des descendants du groupe C iront aussi s’établir
plus au nord,
jusqu’en Chine et en Amérique. En ce qui concerne le groupe F,
notre ancêtre, c’est
donc probablement vers 55-50.000 ans également qu’il arriva en
Inde où, enfin,
les hommes modernes trouvèrent des terres vierges où ils
pourraient s’épanouir.
Malheureusement pour les archéologues, leurs
recherches sur le continent indien ne furent pas plus
fructueuses que
dans les pays voisins pour découvrir la trace de nos
ancêtres. On a bien trouvé
au Ski Lanka des niveaux d’occupation très anciens mais ceux-ci
ne remontent
guère au-delà de 35 ans.
Il faut dire qu’à cette époque leur nombre était
toujours minime (peut-être quelques
dizaines de milliers) et que la côte étant bien plus
étendue qu’aujourd’hui,
ces sites ancestraux d’occupation sont probablement sous l’eau à
l’heure qu’il
est. Il faut donc une fois de plus chercher dans la
génétique la trace de leur
passage. En fait le groupe F est le groupe originel de 90% des
lignées
masculines peuplant la planète aujourd’hui. Pour
déterminer l’origine
géographique de ce groupe nous avons plusieurs indices. D’abord,
il existe un
groupe F*, c'est-à-dire des hommes ayant les marqueurs typique
du groupe F mais
aucun autre marqueur des groupes en aval. Ces hommes descendent donc
des
premiers porteur du groupe F. Or il s’avère que le groupe F* se
retrouve
aujourd’hui principalement parmi les tribus du sud de l’Inde, comme
d’ailleurs
le groupe H qui est l’un des groupes descendants de F. D’autres une
grande
partie de sous-groupes de F se retrouvent également dans la
sphère indienne
suggérant que cette région est bien le lieu le plus
probable de l’apparition du
groupe F.
4- L’expansion vers le nord
Le groupe F donna naissance à trois grandes
familles : les groupes G,
H et le « super-groupe » IJK. Le groupe H, nous
l’avons vu, s’étira
plutôt vers le sud-est de l’Inde de même les hommes F* sans
mutation
appartenant aux autre grands groupes. Le groupe G par contre est un
groupe bien
plus tardif issu d’une migration vers le Moyen Orient. Il ne serait pas
antérieur à 20.000 ans. IJK est un groupe
théorique déduit de la présence de
mutations communes à I, J et K.
Il semble être apparu en Inde vers 45000 ans, à une
époque où les hommes
occupaient peu à peu la péninsule indienne en direction
de l’Himalaya. IJK
donna à son tour naissance aux groupes
« IJ » et K. Comme pour IJK,
le groupe IJ est déduit de mutation communes à I et
à J mais on n’a pas trouvé
d’homme appartenant à IJ* qui pourrait nous éclairer sur
l’origine géographique
de ce groupe. Toutefois comme J se trouve aujourd’hui principalement au
Moyen
Orient et I en Europe, IJ est très probablement apparu il y a 35
ou 40.000 ans,
au cours d’une migration vers l’Iran et le Moyen Orient. D’ailleurs
à cette
époque, l’Homme moderne était en plaine expansion au
détriment des
Néanderthaliens qui périclitaient rapidement. Les
premiers hommes modernes
arrivèrent il y a 38 ou 37.000 ans en Europe (peut-être
ces précurseurs
étaient-ils du groupe I) en repoussant devant eux les groupes
Néanderthaliens
dont les derniers individus vécurent il y à 28.000 ans
dans le sud de
l’Espagne.
Evidemment la question principale qui se pose sur cette
période est de
savoir pour quelle raison il y a environ 35.000 les hommes modernes ont
rapidement supplanté l’espèce néanderthalienne
pourtant prépondérante à la
période précédente. Jusque vers 40.000 ans
l’outillage des néanderthaliens et
des hommes modernes semble avoir été similaire. Ces
outils appartenaient à la
période dite moustérienne. Celle-ci est
caractérisée par des gammes très
diversifiées d’outils sur éclats, dominées par
différentes formes de racloirs
(racloirs simples, doubles, convergents, déjetés…), des
pointes, des grattoirs,
des denticulés, des encoches. Les éclats
nécessaires sont produits par des
méthodes de débitage complexes, dont la méthode
Levallois. Ces outils sur
éclats sont parfois associés à de petits bifaces,
souvent minces et réguliers. La
répartition des traces d’usure (ainsi que quelques
découvertes exceptionnelles
de pièces portant des vestiges de matières
adhésives naturelles) ont montré que
ces outils pouvaient être emmanchés. Ces mêmes
traces d’utilisation, observées
sur les tranchants à l’aide de puissants microscopes, nous ont
appris que les
hommes de cette période ne travaillaient pas seulement la pierre
mais aussi le
bois, les peaux animales fraîches et sèches en vue de leur
conservation, et
qu’ils employaient parfois leurs outils pour couper des
végétaux.
Il y a environ 37000 ans
apparait en
Europe une technologie lithique plus complexe dite aurignacienne.
Celle-ci
comporte :
* de grandes lames
retouchées
épaisses, les lames aurignaciennes. Ces lames sont
retouchées bilatéralement et
sont parfois munies d'encoches de chaque côté qui donnent
le nom de « lame
étranglée » à ces outils.
* de nombreuses
pièces carénées
(grattoirs carénés, burins carénés et
burins busqués) qui présentent des
enlèvements lamellaires réguliers et convergents.
Il est désormais établi que ces pièces
carénées ont servi de nucléus pour
la production de lamelles, très nombreuses durant tout le
Paléolithique
supérieur. Ce statut technologique de nucléus,
désormais reconnu à ces pièces
carénées, n'exclut en rien leur utilisation en tant
qu'outil. Une lamelle
retouchée est spécifique à l'Aurignacien : la
« lamelle Dufour ». Ces lamelles
sont retouchées finement et marginalement sur une ou deux faces.
L'industrie en
matière dure animale est caractérisée par
l'apparition de pointes de sagaies à
base fendue en ivoire ou en bois de renne mais ces matériaux
peuvent aussi
servir à la confection des premiers bâtons percés
et d'un outillage plus
classique : poinçons, baguettes, lissoirs.
Ces nouveaux outils ont du contribuer à donner un
avantage décisif aux
hommes modernes après leur arrivée en Europe. En Asie,
des découvertes récentes
ont découvert un assemblage lithique aurignacien dans la grotte
de Yafteh, dans
le Zagros à l’ouest de l’Iran (35.500 ans BP)
ainsi qu’à Anuy et Ust-Karakol dans la région russe de
l’Altai entre le
Kazakstan et la Mongolie (33,400 ans BP).
Ainsi les groupes humains qui occupaient l’Inde et les côtes de
l’Océan Indien
et qui commencèrent à se déplacer vers l’ouest et
le nord il y a 40.000 ans
devaient déjà être munis de ces nouveaux outils.
Cet avantage si infime fut-il,
résulta à terme en la disparition des
Néanderthaliens.
5 - Haplogroupe K
Revenons à la période juste
antérieure au développement de l’aurignacien,
avant 40.000 ans lorsque les hommes modernes étaient encore
principalement
localisés en Afrique, le long de la côte de l’océan
Indien, en Inde et en Asie
du sud-est. Nos ancêtres, appartenaient alors au groupe K, qui
descendait
directement du super-groupe IJK. Le groupe K apparut probablement dans
le nord
de l’Inde, peut-être dans la région de New-Dehli, car ses
descendants vont se
diriger aussi bien vers l’ouest que vers l’est de cette zone. Ces
groupes
descendants de K sont les suivants:
1) Groupes K*, K1, K2, K3, K4, M, S: ces groupes vont
principalement se
déplacer vers l’Asie du sud-est où on les retrouve
aujourd’hui par exemple en
Australie, en Indonésie et en Micronésie.
2) Groupe L : Ce groupe se déplacera vers le
nord-ouest, et s’établira
principalement au Pakistan.
3) Groupe NO : Ce groupe passa probablement l’Himalaya
dans la région
du Cachemire avant de se diviser en deux branches. Une branche (groupe
N) se
dirigera vers le nord-ouest et s’établira dans les montagnes de
l’Oural et une
branche (groupe O) peuplera la Chine.
4) Groupe P : Ce groupe dont notre famille descend de
même que presque
tous les européens dut rester à cette époque dans
le nord de l’Inde, en deçà de
la chaine himalayenne car la encore ses fils se disperseront dans
toutes les
directions.
Arbre des groupes
génétiques de YC-Adam à R1b
6- Haplogroupe P
Il semble bien que ce groupe fut géographiquement
localisé dans la même
région que son prédécesseur le groupe K. Le
marqueur de ce groupe (M45) dut
apparaître il y a
environ 35.000 ans. A cette époque les hommes modernes
étaient entrés dans
l’ère aurignacienne et leur zone d’influence s’étendait
de l’Europe à la Chine
et à l’Océanie sans oublier l’Afrique. Pourtant les
ancêtres de la plupart des
Européens modernes étaient toujours en Asie centrale. Ses
descendants sont les
suivants :
1) Groupe P* : Présent dans les régions
nord-est de l’Inde notamment à
Manipur (30%), et Madia Gond (25%).
2) Groupe Q : Ce groupe se déplaça vers
le nord avant de se diriger
vers l’est. Le marqueur de ce groupe (M242) a pu apparaître avant
ou après le
passage de l’Himalaya car on retrouve aujourd’hui ses descendants aussi
bien au
nord dans l’Altai, au Tibet, en Mongolie, en Sibérie, en Chine
et en Amérique
mais aussi au sud, en Inde, au Pakistan, en Iran et dans la
péninsule arabique.
3) Enfin le groupe R défini par la mutation M207 qui
apparut il y a environ
25.000 ans est le descendant qui donnera naissance à la
lignée des européens
modernes et de notre famille. A l’époque de son apparition la
tribu qui le
portait devait habiter l’Asie centrale.
7 – Haplogroupe R
Il y a 25.000 ans lorsqu’apparut le marqueur M207
caractéristique du groupe
R, le monde continuait à se refroidir sous l’effet de la
glaciation de Wurm
dont le maximum glaciaire fut atteint il y a 18.000. La carte
ci-dessous montre
que l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan étaient alors couverts
par la savane (zone rose)
alors que plus au nord, les régions à l’est de la mer
caspienne étaient
désertiques (zone brune) et que la toundra couvrait les vastes
étendues au nord de la
Caspienne (rose pale). Notre tribu ancestrale s’était alors
déplacée vers le nord-ouest
traversant le pakistan et s’établissant sur une zone allant du
Tadjikistan au nord-ouest du Pakistan en
passant par
l’Afghanistan comme le montre la carte ci-jointe. Les descendants de ce
groupe
sont les suivants :
1) Groupe R* : Ce groupe sans autre mutation
caractéristique en aval
est très rare. On l’a trouvé à 10.3% dans un
échantillon Burusho (nord-est du
Pakistan), à 6.8% dans un échantillon de Kalash
(nord-ouest du Pakistan), et à
1% dans un échantillon de Pachtounes du nord du Pakistan.
2) Groupe R2 : Comme le montre clairement la carte
ci-contre, ce
groupe est clairement apparu dans la même zone
que R* allant du Tadjikistan au nord ouest de l’Inde en
passant par le
nord du Pakistan. Puis par la suite la majorité de se groupe a
émigré vers le
sud-est de l’Inde, dans la région d’Andhra Pradesh. Cette
émigration fut
peut-être le résultat de l’invasion indo-européenne
du nord de l’Inde vers 2000
av. JC dont nous reparlerons.
3) Groupe R1 : Associé avec la mutation M173, ce
groupe est le groupe
ancestral qui donnera naissance aux deux principales branches des
peuples
indo-européens R1a et R1b dont nous reparlerons au chapitre
suivant. R1 est
probablement apparu avant le dernier maximum Glaciaire il y a 18.000
ans.

Végétation
planétaire lors du dernier maximum glaciaire (il y a 18 500 ans)
8– Haplogroupe R1
L’étude
de
T. Karafet et al. estime
que la mutation M173 apparut il y a environ 18.500 ans. D’autres
études donnent
des dates plus anciennes allant jusqu’à 25.000 ans. En tout cas, à ce jour il semble que ce
marqueur
vit le jour avant le dernier maxium glaciaire c'est-à-dire
à une époque où la
savane s’arrêtait au nord dans les environs du Tadjikistan. Il
est donc peu
probable que le groupe R1 s’aventura dans cette zone. En fait il semble
bien
que nos ancêtres restèrent dans la zone décrite
précédemment centrée sur le
nord du Pakistan. Deux indices confirment ce point de vue :
Groupe R1* : Comme nous allons le voir, les principaux
groupes
descendants du R1 (R1a et R1b) vont migrer vers le nord après la
fin de la
dernière glaciation. Mais à l’époque de
l’apparition de R1, avant le maximum
glaciaire, ces hommes étaient encore établis plus au sud.
Ainsi on a trouvé
récemment des hommes porteurs du R1* (cad sans mutation en aval)
en Inde, au
Pakistan, en Iran, au Moyen Orient et sur une vaste zone africaine.
Ceci
implique qu’une large partie des hommes R1* ont émigré
à partir du berceau
pakistanais vers le sud-ouest, montrant par là même que R1
est bien apparu au
sud du Tajikistan.
Groupe R1b : Le même
raisonnement peut s’étendre à deux sous-groupes de
R1 : R1b (mutation
M343) et R1b1a (mutation M73) puisqu’en effet il semble bien que ces
deux
mutations soient elles-aussi apparues dans cette même
région centrée sur le
nord du Pakistan. Ainsi le fait que la majorité du groupe R1b
ait émigré vers
l’Oural et plus tard vers l’Europe ne doit pas nous induire en erreur
car si
l’on étudie le groupe R1b*, cad sans mutation
caractéristique en aval de M343,
on s’aperçoit que c’est en Jordanie qu’on en trouve le plus. En
fait une étude
très poussée réalisée en 2010,
montre même que la mutation M73 (groupe R1b1a), très en
aval de M343, est elle
aussi apparue au Pakistan juste avant l’émigration de la
majorité de ce groupe
vers le Kazakhstan et l’Oural. Par contre la mutation (M269)
caractérisant le
groupe R1b1b n’apparait pas dans cette zone mais seulement durant la
phase
ultérieure, lorsque le groupe est déjà
installé au nord du Kazakhstan. De ces
constatation on en déduit que le groupe que nous étudions
était dans la zone
nord-pakistanaise lors des Phase R1, R1b, R1b1 puis s’est
déplacé vers le nord
entre les phase R1b1 et R1b1b, laissant derrière lui un petit
groupe de R1b1
qui donna naissance au groupe R1b1a.
Pour connaitre la date de migration vers le nord, il faut
donc estimer l’âge
des ces diverses mutations. Malheureusement les processus actuels de
datation
sont actuellement peu fiables et de grands désaccords subsistent
sur ces dates.
Pour les estimer, il faut donc avoir recours à d’autres sources.
Ainsi comme
nous le verrons dans le chapitre suivant, il est peu probable que la
tribu R1b1
quitta son berceau originel avant le maximum glaciaire il y a 18.500
ans. Après
ce maximum, la terre se réchauffa et on estime en
général que la fin de la
glaciation eu lieu il y a 12.500 ans, c'est-à-dire vers 10.000
av. JC. C’est
donc vers cette période que nos ancêtres ont du
émigrer vers le nord et M269
dut apparaitre après cette date. La fin de la glaciation
était en fait marquée par
l’apparition de vastes lacs et
fleuves résultant de la fonte des glaces, ainsi que par des
étendues de
prairies et de steppes abondant en gibier. Pour profiter de ces
nouvelles
ressources, notre groupe ancestral était sur le point devenir un
peuple des
steppes, tribu ancestrale qui donnerait bientôt naissance au
peuple mythique des
Indo-Européens dont la langue serait à l’origine de la
plupart des langues
parlées aujourd’hui entre l’Europe de l’ouest et l’Inde.
Datation de plusieurs
mutations d'apres Karafet, TM; Mendez, FL; Meilerman, MB; Underhill,
PA; Zegura, SL; Hammer, MF (2008). "New binary polymorphisms reshape
and increase resolution of the human Y chromosomal haplogroup tree.".
Genome research 18 (5): 830–8.