U
ne nouvelle naissance
(il y a 60.000 ans)

Il y a 60.000 ans, c'est-à-dire environ 2500 générations, sous la pression d’un environnement devenu inhospitalier (refroidissement, désertification et la catastrophe Toba), l’humanité s’était rétractée sur son berceau éthiopien où d’ailleurs les ancêtres des hommes actuels avaient toujours vécu, au moins pendant 140.000 ans. Partout ailleurs, quelques groupes survivaient péniblement voués à la décadence et à la disparition. Parmi ce noyau éthiopien, il y avait un homme dominant, probablement chef de clan qu’on appelle aujourd’hui YC-Adam. C’est lui qui serait appelé à renouveler l’humanité chancelante. Pourquoi lui ? En fait, cette époque est une phase charnière du développement humain, peut-être induite par la nécessité de faire face à un environnement plus hostile. On note en effet que l’homme atteint alors un palier supérieur de son développement. Il semble pouvoir penser de manière plus complexe, plus abstraite et plus approfondie. Brusquement de nouveaux horizons allaient s’ouvrir à lui et l’amener sur le chemin de la civilisation.

Ainsi, vers 60.000 – 50.000 ans, on note une plus grande complexité sur les sites humains modernes. L’homme diversifie sa nourriture et mange plus de poisson, il sait élaborer des harpons pour pêcher, fabriquer des instruments de musique (flûtes), des aiguilles et un inventaire plus varié d’outils. Enfin il commence à fabriquer des embarcations qui lui permettent de se déplacer sur l’eau. En résumé, il crée les premiers rudiments de sa propre culture.


« La pensée structurée »

Les scientifiques pensent que ce développement soudain n’est pas seulement lié aux contraintes du climat mais est davantage le résultat de progrès dans le domaine du langage. Dans son livre « A brief history of the Mind », Calvin explicite sa théorie du développement de « la pensée structurée ». Il explique que le cerveau humain se structure durant l’enfance, de 0 à 5 ans. Au fur et à mesure de l’apprentissage par l’enfant d’idées de plus en plus complexes, son réseau de neurones s’étend et lui fournit de nouvelles capacités. Ce processus prend fin, d’après Calvin entre 3 et 5 ans. Le cerveau atteint alors sa plaine maturité. Durant la période primitive (avant 60.000 ans), le type de pensée « complexe » d’un individu est principalement lié à la chasse. Il lui faut apprendre à lancer sa hache ou son javelot de manière à tuer sa proie. Il lui faut planifier la construction de son outil au plus précis, traquer sa proie, se positionner, lancer etc…. Ces apprentissages ont peu de chance d’être enseignés avant l’âge de 8 ans, c'est-à-dire bien après la période ou le cerveau est le plus apte à progresser et à s’adapter au processus de pensée complexe. Ainsi, durant des dizaines de milliers d’années les progrès sont très lents d’une génération à l’autre, voire inexistants et le cerveau se trouve limité dans des raisonnements primaires. Lorsque finalement, le langage prend son essor, brusquement, l’apprentissage d’une langue expose l’enfant à la pensée complexe dite structurée dès sa naissance, et son cerveau acquière ainsi de nouvelle compétences. Ces nouvelles possibilités permettront alors de grand progrès en quelques générations. Ainsi, il y a environ 60.000 à 50.000 ans, un clan d’éthiopiens se façonna probablement un langage suffisamment structuré pour lui donner accès à de nouvelles perspectives de développement. Ce sera le début d’un nouveau départ qui amènera les descendants d’YC Adam au bout du monde. C’était il y a plus de 2000 générations.

On peut voir l’allégorie de cette étape du développement humain dans le passage biblique traitant de Lamech, descendant de Caïn et père de la civilisation :

« Lamec prit deux femmes, la première nommée Ada, et la seconde Cilla. Ada enfanta Jabal, le père de ceux qui habitent sous des tentes et conduisent des troupeaux. Le nom de son frère était Jubal: celui ci fut la père de ceux qui manient la harpe et la lyre. Cilla, de son côté, enfanta Tubalcaïn, qui façonna toute sorte d'instruments de cuivre et de fer, et qui eut pour sœur Naama. Lamec dit à ses femmes :

« Ada et Cilla, écoutez ma voix!

Femmes de Lamec, prêtez l'oreille à ma parole!

J'ai tué un homme parce qu'il m'avait frappé,

Et même un jeune homme qui m’avait blessé

Si Caïn doit être vengé sept fois,

Lamec le sera soixante-dix-sept fois. »[1]

 

1 – La reconquête de l’Afrique

Il y a plus de 60.000 ans, quelques part dans les steppes éthiopiennes, le cerveau humain acquit une nouvelle complexité jamais atteinte jusque là qui lui donna du monde une vision nouvelle. Dès lors, l’explosion démographique humaine va être substantielle mais toutefois pas suffisamment pour laisser des traces importantes, puisque les anciens squelettes d’hommes modernes d’après la catastrophe Toba ne datent que de 40 à 35,000. Avant cela, rien (ou presque)[2] que des traces indirectes liées à l’activité de ces hommes encore peu nombreux. C’est donc principalement grâce à la génétique que l’on peut suivre le parcours de ces générations. Le premier groupe à se séparer du berceau éthiopien, est appelé Haplogroupe A. Ce groupe reconnaissable par la présence du marqueur M91 sur son chromosome Y, émigra vers le sud il y a 50 à 60.000 ans et colonisa bientôt la totalité de l’Afrique sub-équatoriale. On pense que les derniers descendants de ce groupe sont les Bushmens du Kalahari. Il est d’ailleurs possible que leur langage, le fameux « click » soit le dernier vestige du premier langage pratiqué par nos ancêtres il y a 60.000 ans. Le second groupe, Haplogroup B (porteurs des marqueurs M60 et M181), quitta le berceau éthiopien un peu plus tard pour aller coloniser les régions équatoriales et forestières de l’ouest. Ce sont les ancêtres des fameux pygmées (les Baka et Mbuti) mais aussi de la tribu Hadzabe de Tanzanie. En poursuivant le parallèle avec la tradition biblique, on pourrait voir en Noé un descendant de cet YC Adam, personnifiant la seule ligne masculine survivante après la catastrophe Toba, et au travers de son fils Ham ces deux premières vagues d’immigration africaines.[3]

 

2 – Le passage de la mer rouge

Alors, que les hommes se multiplièrent et commencèrent à s’éparpiller, celui qui nous intéresse plus particulièrement, car il fut à l’origine de tous les hommes non-africains et donc de notre famille, est connu par le marqueur M168 (ou Haplogroupe CT). Surnommé l’Adam eurasien, il faisait probablement partie d’une tribu qui avait traversé le golfe d’Aden et alla s’établir sur la côte du Yémen. A cette époque la glaciation de Wurm était déjà bien avancée et vers 60-50.000 la terre atteignit un nouveau maximum glaciaire. Le niveau de la mer baissa et les côtes s’étendirent bien plus loin qu’aujourd’hui. De fait, le détroit entre l’Afrique et la péninsule arabique s’était considérablement réduit. La tribu du groupe CT put donc traverser sans grande difficulté soit à sec soit sur de frêles embarcations. D’ailleurs ce n’étaient pas la première fois que des Africains avaient traversé en ce point puisque une découverte récente a établi la présence d’outils typiquement africains dans les Emirats Arabes Unis datant de 120.000.[4] L’homme était donc parvenu déjà sur ces côtes lors de son expansion antérieure à la catastrophe Toba. Mais 60.000 ans plus tard, la situation est très différente. D’abord la population humaine est très réduite comme l’atteste la rareté de ses traces. Ensuite, le climat plus froid, semble avoir poussé vers le sud des tribus de Néanderthal d’Europe qui colonisèrent à cette époque le Moyen Orient. On note leurs nombreuses traces en Israel, en Syrie, en Irak et en Iran. On les trouve aussi plus au nord, en Ouzbekistan. Une étude montre même que des Néanderthliens ont probablement atteint l’Indus aux confins du Pakistan.[5] La profusion des traces laissées par cette colonisation qui dura d’environ 80.000 à 35.000 ans, suggère que Les Néanderthaliens étaient bien plus nombreux que les hommes modernes à cette époque. En conséquence, les portes du Moyen Orient restèrent temporairement fermées aux hommes modernes et ceux-ci se cantonnèrent donc à la côte arabique.


Zone des Neanderthals 

Extension maximale des hommes de Neanderthal jusqu'il y a 40 ou 35 000 ans


3 – Les côtes de l’océan indien

Le groupe CT donna naissance à deux autres lignées. La première, la plus ancienne est définie par l’Haplogroupe CF (marqueur P143), qui apparut il y a 55.000 ans environ. Elle sera à l’origine du peuplement de l’Asie et de l’Europe et pour cette raison on pourrait l’appeler Japhet[6] en mémoire du fils de Noé qui colonisa les contrées du nord du monde connu. Ce groupe continua la progression humaine le long de la côte arabique et traversa finalement le détroit d’Ormuz pour arriver en Iran. Comme en Arabie, l’expansion des hommes modernes fut probablement freinée là aussi par les Néanderthaliens solidement installés dans les montagnes du Zagros et probablement aussi sur les plateaux du centre de l’Iran comme à Fars (Eshkaft-e Gavi). Les hommes modernes, nos ancêtres durent donc là aussi se limiter à la côte et ils poursuivront leur périple le long de la côte vers l’est. La seconde lignée, définie par le marqueur YAP (Haplogroupe DE) donna naissance au groupe D qui suivrait lui aussi la route de la côte vers l’est et le groupe E qui retournerait en Afrique et qui donc peut être symbolisé par le fils de Noé Shem.[7]

 

Mais revenons à Japhet et au groupe CF qui longeait l’océan Indien. Ce groupe donna naissance au groupe F (marqueur M89) qui s’arrêta probablement en Inde et au groupe C qui continua sa progression vers l’est jusqu’en Indonésie qui faisait alors partie de l’Asie et l’Australie. Leur progression fut d’ailleurs assez rapide car leurs descendants arriveront en Australie en seulement quelques millénaires. En effet, l’étude de sédiments de deux sites préhistoriques du Lac Mungo confirme la présence de tombes datant de 50.000 ans.[8] Plus tard, des descendants du groupe C iront aussi s’établir plus au nord, jusqu’en Chine et en Amérique. En ce qui concerne le groupe F, notre ancêtre, c’est donc probablement vers 55-50.000 ans également qu’il arriva en Inde où, enfin, les hommes modernes trouvèrent des terres vierges où ils pourraient s’épanouir. Malheureusement pour les archéologues, leurs  recherches sur le continent indien ne furent pas plus fructueuses que dans les pays voisins pour découvrir la trace de nos ancêtres. On a bien trouvé au Ski Lanka des niveaux d’occupation très anciens mais ceux-ci ne remontent guère au-delà de 35 ans.[9] Il faut dire qu’à cette époque leur nombre était toujours minime (peut-être quelques dizaines de milliers) et que la côte étant bien plus étendue qu’aujourd’hui, ces sites ancestraux d’occupation sont probablement sous l’eau à l’heure qu’il est. Il faut donc une fois de plus chercher dans la génétique la trace de leur passage. En fait le groupe F est le groupe originel de 90% des lignées masculines peuplant la planète aujourd’hui. Pour déterminer l’origine géographique de ce groupe nous avons plusieurs indices. D’abord, il existe un groupe F*, c'est-à-dire des hommes ayant les marqueurs typique du groupe F mais aucun autre marqueur des groupes en aval. Ces hommes descendent donc des premiers porteur du groupe F. Or il s’avère que le groupe F* se retrouve aujourd’hui principalement parmi les tribus du sud de l’Inde, comme d’ailleurs le groupe H qui est l’un des groupes descendants de F. D’autres une grande partie de sous-groupes de F se retrouvent également dans la sphère indienne suggérant que cette région est bien le lieu le plus probable de l’apparition du groupe F.

 

 

4- L’expansion vers le nord

Le groupe F donna naissance à trois grandes familles : les groupes G, H et le « super-groupe » IJK. Le groupe H, nous l’avons vu, s’étira plutôt vers le sud-est de l’Inde de même les hommes F* sans mutation appartenant aux autre grands groupes. Le groupe G par contre est un groupe bien plus tardif issu d’une migration vers le Moyen Orient. Il ne serait pas antérieur à 20.000 ans. IJK est un groupe théorique déduit de la présence de mutations communes à I, J et K.[10] Il semble être apparu en Inde vers 45000 ans, à une époque où les hommes occupaient peu à peu la péninsule indienne en direction de l’Himalaya. IJK donna à son tour naissance aux groupes « IJ » et K. Comme pour IJK, le groupe IJ est déduit de mutation communes à I et à J mais on n’a pas trouvé d’homme appartenant à IJ* qui pourrait nous éclairer sur l’origine géographique de ce groupe. Toutefois comme J se trouve aujourd’hui principalement au Moyen Orient et I en Europe, IJ est très probablement apparu il y a 35 ou 40.000 ans, au cours d’une migration vers l’Iran et le Moyen Orient. D’ailleurs à cette époque, l’Homme moderne était en plaine expansion au détriment des Néanderthaliens qui périclitaient rapidement. Les premiers hommes modernes arrivèrent il y a 38 ou 37.000 ans en Europe (peut-être ces précurseurs étaient-ils du groupe I) en repoussant devant eux les groupes Néanderthaliens dont les derniers individus vécurent il y à 28.000 ans dans le sud de l’Espagne.

 

Evidemment la question principale qui se pose sur cette période est de savoir pour quelle raison il y a environ 35.000 les hommes modernes ont rapidement supplanté l’espèce néanderthalienne pourtant prépondérante à la période précédente. Jusque vers 40.000 ans l’outillage des néanderthaliens et des hommes modernes semble avoir été similaire. Ces outils appartenaient à la période dite moustérienne. Celle-ci est caractérisée par des gammes très diversifiées d’outils sur éclats, dominées par différentes formes de racloirs (racloirs simples, doubles, convergents, déjetés…), des pointes, des grattoirs, des denticulés, des encoches. Les éclats nécessaires sont produits par des méthodes de débitage complexes, dont la méthode Levallois. Ces outils sur éclats sont parfois associés à de petits bifaces, souvent minces et réguliers. La répartition des traces d’usure (ainsi que quelques découvertes exceptionnelles de pièces portant des vestiges de matières adhésives naturelles) ont montré que ces outils pouvaient être emmanchés. Ces mêmes traces d’utilisation, observées sur les tranchants à l’aide de puissants microscopes, nous ont appris que les hommes de cette période ne travaillaient pas seulement la pierre mais aussi le bois, les peaux animales fraîches et sèches en vue de leur conservation, et qu’ils employaient parfois leurs outils pour couper des végétaux.[11]

 

Il  y a environ 37000 ans apparait en Europe une technologie lithique plus complexe dite aurignacienne. Celle-ci comporte :

 

    * de grandes lames retouchées épaisses, les lames aurignaciennes. Ces lames sont retouchées bilatéralement et sont parfois munies d'encoches de chaque côté qui donnent le nom de « lame étranglée » à ces outils.

    * de nombreuses pièces carénées (grattoirs carénés, burins carénés et burins busqués) qui présentent des enlèvements lamellaires réguliers et convergents.

 

Il est désormais établi que ces pièces carénées ont servi de nucléus pour la production de lamelles, très nombreuses durant tout le Paléolithique supérieur. Ce statut technologique de nucléus, désormais reconnu à ces pièces carénées, n'exclut en rien leur utilisation en tant qu'outil. Une lamelle retouchée est spécifique à l'Aurignacien : la « lamelle Dufour ». Ces lamelles sont retouchées finement et marginalement sur une ou deux faces. L'industrie en matière dure animale est caractérisée par l'apparition de pointes de sagaies à base fendue en ivoire ou en bois de renne mais ces matériaux peuvent aussi servir à la confection des premiers bâtons percés et d'un outillage plus classique : poinçons, baguettes, lissoirs.

 

Ces nouveaux outils ont du contribuer à donner un avantage décisif aux hommes modernes après leur arrivée en Europe. En Asie, des découvertes récentes ont découvert un assemblage lithique aurignacien dans la grotte de Yafteh, dans le Zagros à l’ouest de l’Iran (35.500 ans BP)[12] ainsi qu’à Anuy et Ust-Karakol dans la région russe de l’Altai entre le Kazakstan et la Mongolie (33,400 ans BP).[13] Ainsi les groupes humains qui occupaient l’Inde et les côtes de l’Océan Indien et qui commencèrent à se déplacer vers l’ouest et le nord il y a 40.000 ans devaient déjà être munis de ces nouveaux outils. Cet avantage si infime fut-il, résulta à terme en la disparition des Néanderthaliens.

 

5 - Haplogroupe K

 Revenons à la période juste antérieure au développement de l’aurignacien, avant 40.000 ans lorsque les hommes modernes étaient encore principalement localisés en Afrique, le long de la côte de l’océan Indien, en Inde et en Asie du sud-est. Nos ancêtres, appartenaient alors au groupe K, qui descendait directement du super-groupe IJK. Le groupe K apparut probablement dans le nord de l’Inde, peut-être dans la région de New-Dehli, car ses descendants vont se diriger aussi bien vers l’ouest que vers l’est de cette zone. Ces groupes descendants de K sont les suivants:

1) Groupes K*, K1, K2, K3, K4, M, S: ces groupes vont principalement se déplacer vers l’Asie du sud-est où on les retrouve aujourd’hui par exemple en Australie, en Indonésie et en Micronésie.

2) Groupe L : Ce groupe se déplacera vers le nord-ouest, et s’établira principalement au Pakistan.

3) Groupe NO : Ce groupe passa probablement l’Himalaya dans la région du Cachemire avant de se diviser en deux branches. Une branche (groupe N) se dirigera vers le nord-ouest et s’établira dans les montagnes de l’Oural et une branche (groupe O) peuplera la Chine.

4) Groupe P : Ce groupe dont notre famille descend de même que presque tous les européens dut rester à cette époque dans le nord de l’Inde, en deçà de la chaine himalayenne car la encore ses fils se disperseront dans toutes les directions.

 

Arbre des groupes Genetiques

Arbre des groupes génétiques de YC-Adam à R1b



6- Haplogroupe P

Il semble bien que ce groupe fut géographiquement localisé dans la même région que son prédécesseur le groupe K. Le marqueur  de ce groupe (M45) dut apparaître il y a environ 35.000 ans. A cette époque les hommes modernes étaient entrés dans l’ère aurignacienne et leur zone d’influence s’étendait de l’Europe à la Chine et à l’Océanie sans oublier l’Afrique. Pourtant les ancêtres de la plupart des Européens modernes étaient toujours en Asie centrale. Ses descendants sont les suivants :

1) Groupe P* : Présent dans les régions nord-est de l’Inde notamment à Manipur (30%), et Madia Gond (25%).

2) Groupe Q : Ce groupe se déplaça vers le nord avant de se diriger vers l’est. Le marqueur de ce groupe (M242) a pu apparaître avant ou après le passage de l’Himalaya car on retrouve aujourd’hui ses descendants aussi bien au nord dans l’Altai, au Tibet, en Mongolie, en Sibérie, en Chine et en Amérique mais aussi au sud, en Inde, au Pakistan, en Iran et dans la péninsule arabique.

3) Enfin le groupe R défini par la mutation M207 qui apparut il y a environ 25.000 ans est le descendant qui donnera naissance à la lignée des européens modernes et de notre famille. A l’époque de son apparition la tribu qui le portait devait habiter l’Asie centrale.

 

7 – Haplogroupe R

Il y a 25.000 ans lorsqu’apparut le marqueur M207 caractéristique du groupe R, le monde continuait à se refroidir sous l’effet de la glaciation de Wurm dont le maximum glaciaire fut atteint il y a 18.000. La carte ci-dessous montre que l’Iran, l’Afghanistan et le Pakistan étaient alors couverts par la savane (zone rose) alors que plus au nord, les régions à l’est de la mer caspienne étaient désertiques (zone brune) et que la toundra couvrait les vastes étendues au nord de la Caspienne (rose pale). Notre tribu ancestrale s’était alors déplacée vers le nord-ouest traversant le pakistan et s’établissant sur une zone allant du Tadjikistan  au nord-ouest du Pakistan en passant par l’Afghanistan comme le montre la carte ci-jointe. Les descendants de ce groupe sont les suivants :

1) Groupe R* : Ce groupe sans autre mutation caractéristique en aval est très rare. On l’a trouvé à 10.3% dans un échantillon Burusho (nord-est du Pakistan), à 6.8% dans un échantillon de Kalash (nord-ouest du Pakistan), et à 1% dans un échantillon de Pachtounes du nord du Pakistan.  

2) Groupe R2 : Comme le montre clairement la carte ci-contre, ce groupe est clairement apparu dans la même zone  que R* allant du Tadjikistan au nord ouest de l’Inde en passant par le nord du Pakistan. Puis par la suite la majorité de se groupe a émigré vers le sud-est de l’Inde, dans la région d’Andhra Pradesh. Cette émigration fut peut-être le résultat de l’invasion indo-européenne du nord de l’Inde vers 2000 av. JC dont nous reparlerons.

3) Groupe R1 : Associé avec la mutation M173, ce groupe est le groupe ancestral qui donnera naissance aux deux principales branches des peuples indo-européens R1a et R1b dont nous reparlerons au chapitre suivant. R1 est probablement apparu avant le dernier maximum Glaciaire il y a 18.000 ans.

 
Last Glacial Maximum

Végétation planétaire lors du dernier maximum glaciaire (il y a 18 500 ans)



8– Haplogroupe R1

 

L’étude de T. Karafet et al. estime que la mutation M173 apparut il y a environ 18.500 ans. D’autres études donnent des dates plus anciennes allant jusqu’à 25.000 ans. En tout cas, à ce jour il semble que ce marqueur vit le jour avant le dernier maxium glaciaire c'est-à-dire à une époque où la savane s’arrêtait au nord dans les environs du Tadjikistan. Il est donc peu probable que le groupe R1 s’aventura dans cette zone. En fait il semble bien que nos ancêtres restèrent dans la zone décrite précédemment centrée sur le nord du Pakistan. Deux indices confirment ce point de vue :

Groupe R1* : Comme nous allons le voir, les principaux groupes descendants du R1 (R1a et R1b) vont migrer vers le nord après la fin de la dernière glaciation. Mais à l’époque de l’apparition de R1, avant le maximum glaciaire, ces hommes étaient encore établis plus au sud. Ainsi on a trouvé récemment des hommes porteurs du R1* (cad sans mutation en aval) en Inde, au Pakistan, en Iran, au Moyen Orient et sur une vaste zone africaine. Ceci implique qu’une large partie des hommes R1* ont émigré à partir du berceau pakistanais vers le sud-ouest, montrant par là même que R1 est bien apparu au sud du Tajikistan.

Groupe  R1b : Le même raisonnement peut s’étendre à deux sous-groupes de R1 : R1b (mutation M343) et R1b1a (mutation M73) puisqu’en effet il semble bien que ces deux mutations soient elles-aussi apparues dans cette même région centrée sur le nord du Pakistan. Ainsi le fait que la majorité du groupe R1b ait émigré vers l’Oural et plus tard vers l’Europe ne doit pas nous induire en erreur car si l’on étudie le groupe R1b*, cad sans mutation caractéristique en aval de M343, on s’aperçoit que c’est en Jordanie qu’on en trouve le plus. En fait une étude très poussée réalisée en 2010,[14] montre même que la mutation M73 (groupe R1b1a), très en aval de M343, est elle aussi apparue au Pakistan juste avant l’émigration de la majorité de ce groupe vers le Kazakhstan et l’Oural. Par contre la mutation (M269) caractérisant le groupe R1b1b n’apparait pas dans cette zone mais seulement durant la phase ultérieure, lorsque le groupe est déjà installé au nord du Kazakhstan. De ces constatation on en déduit que le groupe que nous étudions était dans la zone nord-pakistanaise lors des Phase R1, R1b, R1b1 puis s’est déplacé vers le nord entre les phase R1b1 et R1b1b, laissant derrière lui un petit groupe de R1b1 qui donna naissance au groupe R1b1a.

Pour connaitre la date de migration vers le nord, il faut donc estimer l’âge des ces diverses mutations. Malheureusement les processus actuels de datation sont actuellement peu fiables et de grands désaccords subsistent sur ces dates. Pour les estimer, il faut donc avoir recours à d’autres sources. Ainsi comme nous le verrons dans le chapitre suivant, il est peu probable que la tribu R1b1 quitta son berceau originel avant le maximum glaciaire il y a 18.500 ans. Après ce maximum, la terre se réchauffa et on estime en général que la fin de la glaciation eu lieu il y a 12.500 ans, c'est-à-dire vers 10.000 av. JC. C’est donc vers cette période que nos ancêtres ont du émigrer vers le nord et M269 dut apparaitre après cette date. La fin de la glaciation était en fait  marquée par l’apparition de vastes lacs et fleuves résultant de la fonte des glaces, ainsi que par des étendues de prairies et de steppes abondant en gibier. Pour profiter de ces nouvelles ressources, notre groupe ancestral était sur le point devenir un peuple des steppes, tribu ancestrale qui donnerait bientôt naissance au peuple mythique des Indo-Européens dont la langue serait à l’origine de la plupart des langues parlées aujourd’hui entre l’Europe de l’ouest et l’Inde.


Datation

Datation de plusieurs mutations d'apres Karafet, TM; Mendez, FL; Meilerman, MB; Underhill, PA; Zegura, SL; Hammer, MF (2008). "New binary polymorphisms reshape and increase resolution of the human Y chromosomal haplogroup tree.". Genome research 18 (5): 830–8.





[1] Genèse 4:19-24

[2] Quelques sites asiatiques auraient révélés des ossements plus anciens mais leur datation porte souvent à débat

[3] Ham, est le père des peuples du sud (Afrique hamitique). Ham signifiant « chaud »

[4] “Humans Left Africa Earlier, During Ice Age Heat Wave” January 29, 2011 National Geographic News

[5] “Neanderthals at the South-Easternmost edge: the spread of Levalloisian mousterian in the Indian subcontinent” Paolo Biagi and Elisabetta Starnini.

[6] Japhet, est le père des peuples du nord (Eurasie japhétique). Japhet signifiant « ouvert »

[7] Sem, est le père des peuples du milieu (Sémites). Shem signifiant « nom » ou « renom », « prospérité »

[8] “First Humans in Australia Dated to 50,000 Years Ago” Hillary Mayell for National Geographic News

February 24, 2003

[9] On a trouvé des traces d’occupation humaine dans plusieurs caves du Sri lanka: Fa hien Lena (occupée à partir de 33k ans), Batadomba Lena (10K ans), Beli Lena and Alu Lena.

[10] Dénomination des marqueurs IJK: L15/S137, L16/S138, L69.1(=G)/S163.1

[11] Wikipédia.

[12] “The Aurignacian in the Zagros region: new research at Yafteh Cave, Lorestan, Iran” M. Otte, F. Biglari, D. Flas, S. Shidrang, N. Zwyns, M. Mashkour, R.Naderi, A. Mohaseb, N. Hashemi, J. Darvish & V. Radu.

[13] “The Aurignacian in Altai” Antiquity, March, 2001 by Marcel Otte, Anatoly Derevianko.

[14] “A major Y-chromosome haplogroup R1b Holocene era founder effect in Central and Western Europe” Natalie M Myres et al (2010)



Arche de Noe

L’arche de Noé. Noé prend la mer avec ses fils et à travers sa lignée, sauve l’humanité du courroux divin.



Shem Ham et Japhet

Les fils de Noé : Ham père des peuples du sud, (africains ou hamitiques), Shem père des peuples du milieu (Moyen Orient ou sémitiques), Japhet père des peuples du nord (Eurasie)





































Passage de la mer rouge vers 60 000 ans

Le passage de la mer rouge par l'haplogroupe CT
il y a environ 60 000 ans


























Haplogroupe C
Haplogroupe C






Haplogroupe F

Haplogroupe F et ses descendants





















Mousterien
Outils de la période moustérienne essentiellement associés aux Néanderthaliens




Aurignacien

Outils de la période aurignacienne associés aux hommes modernes








































































Haplogroupe R2

Le groupe R2 apparut dans la zone nord du Pakistan avant de descendre vers le sud




































Mutation M73
La mutation M73 est clairement apparue dans le nord du Pakistan avant que le groupe ne se déplace plus au nord




Itinéraire des ancêtres du groupe R1b

Itinéraire des ancêtres du groupe R1b