Michel Jost le jeune (ca1635-ap1708)



Hochfelden entre guerres et paix



Michel Jost le jeune apparait pour la première fois dans les registres de Hochfelden en novembre 1658, à l'occasion de la vente d'une maison à Hochfelden.[1] Bien que les qualitatifs "le vieux" et "le jeune" ne sont jamais employés dans les registres, nous savons que c'est de lui qu'il s'agit car nous avons pu établir que son père est décédé l'année précédente. Michel Le jeune est ensuite mentionné régulièrement jusqu'en 1708. Il décéda probablement peu après étant donné son âge présumé mais le décès ne fut pas enregistré dans les registres du village. Le recoupement de dates de tous les actes à notre disposition suggère que Michel le jeune est né aux environs de 1635 et est décédé après 70 ans. L’étude de sa vie à Hochfelden nous est représentée sur la base des archives seigneuriales du village et des registres paroissiaux conservés à partir de 1679.

 

Paternité

 

Nous ne disposons d’aucun acte établissant clairement que Michel le jeune est bien le fils de Michel le vieux et Barbara Jost mais les indices en ce sens sont très convaincants :

 

- Michel Jost le jeune est le seul Jost mentionné dans les registres de Hochfelden entre 1662 et 1690. Le fait qu’il porte le même prénom que le Michel Jost décédé en 1657 est le signe que Michel le jeune était probablement le fils ainé du précédent.

- En 1659 les propriétaires de la ferme de la parcelle 5923 sont « la veuve et les héritiers de Michel Jost » (Michael Josten wittib und Erben). Deux générations plus tard, le terrier de 1723 indique que la propriété 5923 est la propriété d’Antoine Jost qui l’a « hérité de son père. » Comme Michel est le seul Jost présent à Hochfelden à la génération précédente, il en ressort que Michel était bien le père d’Antoine Jost, qu’il habitait la ferme de la parcelle 5923 et qu’il l’avait lui-même hérité de Michel et Barbara Jost.

- En 1658, Michel le jeune vend une maison qu’il détenait en commun avec Jacques Bischbinder (ou Bischbinger). L’année précédente, Michel [le vieux] et sa femme Barbara ont aussi vendu un bien détenu en commun avec Bischbinger et sa femme. La famille Jost était clairement très proche de la famille Bischbinger. Peut-être même étaient-ils arrivés ensemble à Hochfelden.

- L’apparition de Michel le Jeune dans les registres (donc en tant que chef de famille) est justement consécutive à la disparition de son père.

- Les dates correspondent parfaitement avec une passation sur trois générations entre Michel le vieux et Antoine Jost.

 

 

Le noyau familial

 

Le début des registres paroissiaux survivants permet d’établir clairement la naissance d’un seul enfant du couple, le dernier. Ainsi le 6 février 1680 est née Marie Madeleine fille de Michel Jost et Marie Madeleine Lamarch. Après de longues recherches, la filiation entre Antoine et Michel Jost est aussi prouvée grâce au terrier de 1723. Enfin, comme nous le verrons au chapitre suivant, la filiation entre Michel et Hans Jost qui se marie en 1686 à Harthouse est aussi fortement suggérée. Enfin la filiation avec trois autres filles est probable : Marie-Salomée (marraine en 1689), Judith (marraine en 1693) et Anne-Marie (qui perd son mari âgé de 27 ans en 1706).

 

 

Le mystère des deux Marie-Madeleine.

 

Madeleine la cadette née en 1680 est, on l’a vu, le dernier enfant de Michel Jost et Madeleine Lamarch. Or en 1684 et à partir de 1692, une certaine Madeleine Jost apparait fréquemment comme marraine dans les registres. Cette Madeleine qui est aussi la fille de Michel Jost et Madeleine Lamarch se marie en 1697 avec Joseph Forma, marchand à Hochfelden.[2] Il semble donc qu’elle soit née vers 1672. Ce Joseph Forma décède le 20 avril 1704. Dans les comptes de 1708,[3] il est fait référence à la veuve de Joseph Forma, épicière à Woerth.  Cependant, en août 1706 une Madeleine Jost (probablement la cadette), fille de Michel Jost, apparait comme mère et femme de Jean-Georges Vinel, marchand à Hochfelden lui-même décédé le 26 mars 1706. Puis, plus de trace de Madeleine Jost au village dans les registres paroissiaux mais le terrier de 1726 fait état d’une Madeleine Jost mariée à Jean-Pierre Kirschner épicier à Woerth et possédant un grand nombre de parcelles à Hochfelden. Ce couple aura une fille née vers 1710 et elle-même mariée à Bitche.

 

Madeleine l’ainée et Madeleine la cadette étaient-elle la même personne ? Je penche pour deux sœurs. Il est en effet peu probable que Madeleine la cadette, fille de Michel ait été marraine à 4 ans et mariée à 17 ans. Néanmoins cette option n’est pas complètement à écarter. En tout cas il est certain que la femme de Joseph Forma et la femme de Jean-Georges Vinel sont filles du couple Michel Jost et Madeleine Lamarch.[4] Le couple avait donc deux Madeleine ou alors une seule mais devenue marraine et mère très jeune. D’après mon expérience en recherches généalogiques les deux scénarios sont extrêmement rares. Il est également étonnant qu’ayant déménagé à Woerth, Madeleine l’ainée ait soudain fait fortune comme épicière au point de posséder en 1726 plus de 4ha de terre alors que son père et son frère n’avaient toujours que quelques ares.

 

Hans Jost le portier

 

Hans Jost, « Annis Hochfeldensis portarii » ou « arci Hochfeldensi janitor », c'est-à-dire portier du château ou portier au corps de garde du village, est mentionné en 1708 et décédé en 1710 à l’âge de 40 ans après avoir été portier à Hochfelden pendant 5 ou 6 ans. Il était marié à Catherine Eydmeyer et était le père d’une petite fille née au village. Dans l’état actuel des recherches, il ne semble pas être en relation avec notre famille mais la possibilité d’un cousinage n’est pas à écarter.

 

Synthèse

 

Madeleine Lamarch est décédée à Hochfelden le 23 octobre 1703 à l’âge 67 ans. Elle serait donc née vers 1636. Comme elle était fille du soldat Jean Lamarche dit « La Rose » et que l’armée française n’est arrivée en Alsace qu’en 1634, je penche pour une naissance en Alsace dans la période 1635-40. Le noyau familial probable est donc le suivant :

 

Michel Jost (ca1635-ap1708) – Madeleine Lamarch (ca1636-1703)

Mariage : ca1660

Enfants : Hans (ca1663), Enfant décédé ( ?) (ca1665), Marie-Salomé (ca1668), Antoine (ca1670), Marie-Madeleine l’aînée (?) (ca1672), Judith (ca1674), Anne-Marie (ca1676), Madeleine la jeune (1680).

 

Arbre famille jost


Arbre général représentant tous les Jost découverts dans la région



Famille Lamarch :

Comme nous l’avons vu dans l’article précédent, Jean Lamarche dit « La Rose » était sergent à la garnison de Haguenau au moins jusqu’en 1649. En 1652, il apparait dans les registres de Hochfelden. Cette année-là Lamarche et La Couture (probablement un autre soldat français) sont sanctionnés d’une amende de 5ß chacun pour s’être battu. Puis il apparaitra régulièrement dans ce registre jusqu’en 1667 (le registre se termine en 1670). En voici quelques exemples :

1653 : dette de 1lb10ß auprès d’Isaac le juif.

1656 : Nicolas Barbier contre Jean Lamarch « dem Schlamers » (laveur, nettoyeur ?) pour une dette de 79R due à Lamarche

1663 : litige avec Hans Klein par rapport à la dette contractée par l’achat pour 50R d’une maison en 1653 ; une amende de 15ß ; également désigné pour une corvée avec ses chevaux.

1665 : litige de 30ß contre Hans Klein et une autre amende de 2R

1667 : amende de 15ß auprès d’un juif

 

 Comme Michel Jost, Lamarch n’est jamais choisi pour exercer une fonction communale. Le terrier de 1659 indique qu’il avait deux propriétés à Hochfelden : une petite ferme (apparemment sans grange ni étable) au coin de la petite rue de l’église et de la rue du Général Lebocq (parcelles 5934 et 35) et en face, un peu plus bas sur la rue Lebocq, il avait une autre propriété avec une grange, une étable  et un petit jardin (parcelles 5979 et 80).

 

« 5934, 35: Jean Lamarch La Rose (1/2 Fröcht)

 

Item ein Vorder und hindere Behaussung sambt Hoffstatt, und höfflein, uff halb fröcht gross, einseith ein eckhen bey St Moritzen Kirchen gäßlein, anderseit neben den Edlen von Ichtratzheim, vornen uff die Allmendstrass hindten uf herren Obrist Niclaus Henni. »

 

« 5979, 80: Jean Lamarch (1/2 Ackher)

Item Scheuer und Stall, sambt einem Gärttlein, uff ohngefahr ein halben acker groß, einseit neben vorgemelter Hoffstatt, anderseith neben Herren Henni, vornen uff die Allmendstrass, hinden Hanss Schlickhen Erben. »

 

La femme de Lamarch s’appelait Catherine, du moins lorsqu’il était à Haguenau. Il avait au moins 4 enfants : Jean « le jeune » (né vers 1630-35),[5] Madeleine (née vers 1636), Jean-Jacques (né à Haguenau le 22 novembre 1643) et Antoine (né à Haguenau le 2 janvier 1648). Dans les registres « le jeune » ou « le vieux » n’est jamais mentionné ; on ne sait donc pas si on a affaire à Jean le vieux ou Jean le jeune. En tout cas, Jean le jeune était marié à Madeleine Knorsler et il est décédé après 1686. Jean-Jacques et Antoine apparaissent aussi dans les registres. Jean-Jacques est mentionné dans le registre des litiges en 1665 et en 1669. Par la suite il semble avoir déménagé à Gingsheim (contrat 1698). Antoine Lamarch est surtout mentionné sur le terrier de 1726 de même que Jean (le jeune). Puis apparaissent à la génération suivante Martin et François probablement fils de Jean le jeune (étant donné leur âge).[6]

 

Arbre famille Lamarch Arbre général représentant les principaux descendants de Jean Lamarche découverts dans la région



Situation professionnelle durant les années 60

 

Le métier de Michel Jost n’est mentionné qu’une fois dans les registres paroissiaux : en 1703 il est qualifié d’Agricola c'est-à-dire agriculteur ou fermier. Son fils était qualifié du même terme en 1702. Pourtant si Michel Jost a terminé sa carrière en tant qu’exploitant agricole, il ne l’a probablement pas commencé ainsi.

 

Michel le jeune commença sa carrière comme chef de famille dans les années 60, c'est-à-dire après la mort de son père. En 1658, il avait vendu une maison sur la Landstrass (rue Lebocq) que la famille détenait avec Jacob Bischbinger. Cette transaction qui lui rapporta la moitié du prix (40 R) fut sans doute effectuée pour faire face aux dettes de ses parents à cette époque. Il lui restait alors la ferme familiale rue des bouchers qui comme nous l’avons vu dans l’article précédent avait une grange mais apparemment pas d’étable en 1659. N’ayant donc pas d’animal de trait, la famille ne pouvait exploiter à son compte. Michel commença donc probablement sa carrière comme son père l’avait fini c'est-à-dire comme journalier ou ouvrier agricole chez un notable local. Cette présomption est confirmée par deux éléments supplémentaires: les renouvellements de biens à Hochelden des années 1660 font toujours mention des propriétaires et des fermiers. Or Michel Jost n’apparait pas une fois dans les listes de parcelles confiées en fermage contrairement par exemple à Jean Lamarch ou Christophe Heidmann. D’autre part le registre des cessions de l’Amstag de 1652 à 1670 montre que durant cette période pas une seule charge communale n’est confiée à Michel Jost. Michel Jost n’est présent que deux fois dans le registre : en 1663 et en 1665, à l’occasion de deux faibles amendes qui lui sont facturées (5 et 10ß), probablement pour sanctionner une injure ou autre faute du même genre. Michel Jost était alors visiblement un habitant de faible importance.

 

Renouvellement des statuts communaux[7]

 

En 1665, les statuts communaux qui dataient de 1512 sont révisés. Une traduction française en est faite en 1763. Les règles communales, sont dans l’ensemble similaires aux précédentes. On peut donner quelques exemples :

 

- Bourgeois, habitants et paroissiens du bourg avec leurs femmes, enfants et domestiques doivent assister à la messe les dimanche et fêtes sous peine de 4ß d’amende (32 sols).

- Interdiction de travailler dimanche et fêtes sous peine d’une amende de 5ß (40 sols)

- Interdiction aux cabaretiers et aubergistes de servir à boire ou à manger avant le service divin aux habitants du lieu. Amende : 10ß (4 livres)

- Si quelque paroissien s’avisait de fréquenter irreligieusement et contre l’usage des chrétiens les Saints Sacrements ou en témoignait quelque mépris, iceluy sera dénoncé aux Seigneurs et au Curé pour être puni suivant l’exigence du cas.

- Blasphèmes et jurements défendus. Amende 10ß (2L)

- Conduite correcte dans les cabarets où seront organisés une noce ou autre repas. Jurons, chansons impures ou scandaleuses seront punies de 30ß (12L)

- Bruits et cris défendus après l’angélus. Amende : 2ß (16s)

- Fornication, Adultère et maquerelage 5-10lb (20 à 40L) et punition corporelle si le cas l’exige. Complices : 30ß à 3Lb (6 à 12 L).

- Avortement : Femmes et filles qui auront été convaincues d’avoir voulu détruire leur fruit ou qui l’auront détruit seront punies de mort.

- Injures, calomnies seront dénoncées aux Seigneurs pour être punies suivant l’exigence du cas, nonobstant l’accomodement qu’ils auront fait entre eux.

- Parents, tuteurs, alliés ou préposés qui négligent malicieusement leurs enfants seront punis selon l’arbitre des Seigneurs.

 

Droit de bourgeoisie

 Celui qui voudra se faire recevoir bourgeois sera tenu de rapporter son extrait baptistaire, un certificat de son état libre, que ni lui ni sa femme ne sont serfs de corps, comme aussi une démission en bonne et due forme des Seigneurs auxquels il a été Sujet, ce faisant il sera avec permission et l’agrément des Seigneurs reçu Bourgeois et payera pour le droit de réception 15ß (3L) aux seigneurs et 6ß (1L 4s) à la communauté. Il prêtera et observera pareillement le serment qui suit à savoir qu’il sera fidèle à ses Seigneurs et leurs officiers, qu’il travaillera pour leur honneur et Bien en autant qu’il dépendra de lui, d’éviter et d’empêcher tout ce qui pourrait leur porter préjudice, qu’il exécutera exactement tous leurs ordres, et se soumettra aux défenses qui émaneront de leur part, qu’il n’existera aucune rébellion, mutinerie ou émeute, et au cas où quelqu’ autre voulut commettre quelque hostilité, causer du dommage dans les champs en y pratiquant des passages ou autrement, ou tenter quelque autre chose qui pourrait porter préjudice, qu’il l’en empêchera et résistera même aux forces qu’il pourrait employer, en autant qu’il est en son pouvoir, qu’il donnera tous ses soins pour la conservation du château que rien y soit démoli ni dégradé. Qu’il acquittera exactement les cens, rentes foncières, de pâturage et toutes autres auxquelles il est tenu et qui ont été anciennement établies et qu’il fera les corvées usitées.

 Et au cas qu’il eût quelque difficulté ou contestation soit avec ses Seigneurs, leurs bourgeois ou leurs subordonnés, qu’il ne se pourvoira que pardevant ses juges ordinaires et non pardevant d’autres et qu’il se soumettra à leur décision suivant le droit des parties.

 Si quelqu’un était intentionné de se démettre de sa bourgeoisie pour demeurer ailleurs, il sera tenu de s’adresser à ses Seigneurs comme de raison leur demander sa démission, et d’acquitter au préalable tout ce qu’il doit aux Seigneurs et à la communauté et de ne point se soumettre à la juridiction d’un autre Seigneur et ce nonobstant il sera obligé de vider toutes les affaires et contestations nées pendant sa bourgeoisie et qui sont pendantes au Siège d’Hochfeld pardevant les juges du dit lieu.

 

Les nouveaux bourgeois étaient reçus au cours des séances annuelles de l’Ambstag (à la Saint Martin le 11 novembre.) Le registre des contrats passés à Hochfelden entre 1655 et 1670[8] atteste que Michel le vieux avait le statut de bourgeois (acte de 1657) par contre son fils Michel ne fut pas reçu à la bourgeoisie entre 1652 et 1670. Dans les registres paroissiaux, Michel Jost est qualifié durant les années 80 de « civis in dicto Hochfelden » mais civis a-t-il le même sens que Burger où est-ce uniquement au sens de résident ? (Bien que résident se traduit en général par « commorans »). Le doute subsiste. Il faut ensuite attendre le contrat de mariage de sa fille Madeleine pour trouver une mention sans équivoque : « Michel Jost burger und Gastgeberalher zu Hochfelden. » (Bourgeois et résident à Hochfelden). Dans les comptes de 1708, il est même qualifié de « Michel Josten dem alten Würdt zur Hochfelden » (Miche Jost vieille personalité de Hochfelden). Enfin sur le terrier de 1726, à titre posthume, il est fait mention du « Défunt Michel jost membre des bourgeois d’ici [Hochfelden] ». Dans le même terrier son fils : « Antoni Josten B[urger] alhier eingenth[um] » (Antoine Jost bourgeois d’ici et propriétaire.) La question reste donc de savoir quand exactement Michel devint bourgeois. Je pense qu’il est peu probable que ce fut avant 1680. Il faut aussi noter que le prix pour devenir bourgeois n’a pas changé durant la seconde moitié de siècle puisque les comptes de 1704 précisent que la réception d’un bourgeois rapportait 2R (cad 20ß).

 

 

Hochfelden pendant la Guerre de Hollande (1672-1678)

 

La décennie suivante est caractérisée par les grandes destructions de la guerre de Hollande durant laquelle, hélas, Hochfelden se retrouva au premier rang. La famille dut alors voir défiler à cette époque un grand nombre de soldats surtout des Français qui utilisaient la Zorn comme ligne de défense. Les troupes cantonnèrent alors plus d’une fois au village et Turenne lui-même y séjourna en 1674.

 

Les opérations militaires de la guerre se déplacent vers l’Alsace à partir de 1674 lors de la formation de la grande coalition contre la France. En Avril 1674, Vaubrun commandant la garnison de Haguenau a placé 5 bataillons entre Saverne et Haguenau. Turenne arrive sur la Zorn début juin 1674 et place ses quartiers à Hochfelden. Il part le 12 juin mais revient en octobre. Avant de quitter la région en novembre pour prendre ses quartiers d’hiver, Turenne prend soin de faire raser le château de Hochfelden pour que les impériaux ne puissent s’y retrancher. En 1675 et 1676 la région de Haguenau est le théâtre d’escarmouches et de petits combats entre impériaux et Français. Chacun passe et ravage tout derrière lui. En 1677 les français brûlent deux fois Haguenau et les troupes de Maréchal de Créquy traversent à nouveau la Zorn en Septembre et Octobre et s’arrêtent chaque fois à Hochfelden où ils campent :

 

« Marche d'Ingwiller à Hochfelt, & des différent Camps dé l'Armée dans des Cantonnemens sur la Soor [zorn].
[16-18 septembre 1677]

La premiere ligne d'Infanterie partant du Camp d’Ingwiller par Nider-Saltzbach [Niedersoultzbach], laissa Buswiller [Bouxwiller] à droite, & prit le chemin de cette Ville à Strasbourg, qu'elle suivit jusqu'à Hochfelt, où elle campa. [ ] La seconde ligne d'Infanterie partant du Camp de Neuwiller, passa à Griesbach, laissa Rosenwiller & Detwiller à droite, passa à Wilsen, & se rendit au Camp d'Hochfelt. [ ] L'Artillerie & l'Infanterie qui était avec elle partant du camp de Saint-Jean-des-Choux, allèrent passer à Muntzweiller, d'où elles prirent le grand chemin de Saverne à Strasbourg, pour se rendre à Mendolsheim, où elles cantonnèrent : la Brigade de Cavalerie qui faisait partie des Troupes qui étoient avec elle, alla cantonner à Altdorff, derrière Hochfelt.

Tous ces chemins sont fort aisés, quoique traversés de petits Ruisseaux. Le Camp [de Hochfelden] se prend sur une fort belle hauteur, la droite au Ruisseau qui tombe dans la Soor au-dessous d'Hochfelt, & la gauche s'étendant jusqu'à Wilsen à un autre petit Ruisseau qui tombe aussi dans la Soor.
Marche d’Hochfelt & des Cantonnements de la Soor dans la plaine d'Achenheim.
[ ] L'Infanterie partant de son Camp [d’hochfelden], passa la Soor au Pont D’Hochfelt & à celui du Moulin de cet endroit, laissa Schaffhusen à droite, et Hochfranken à gauche, passa à Gugenheim, monta la hauteur de Kokersberg, laissant Derningen à gauche, alla passer à Quatzenen , de là à Hennen , & entra dans la Plaine du Camp. »[9]

 

Les troupes campant à Hochfelden s’étalaient donc de Hochfelden à Wilwisheim. On note aussi à Hochfelden, la présence de deux pont sur la Zorn. L’année suivante, en 1678, les Français définitivement victorieux pillent Haguenau et probablement les autres villages le long de la Zorn comme prix de leur victoire. Les registres paroissiaux de Hochfelden sont détruits. De nouveaux registres seront établis en 1679.

 

Durant tous ces passages, les généraux français n’auront de cesse de souligner à leur hiérarchie l’état de ruine et de destitution qui règne dans la région après tant de passages et de contributions à l’entretien des soldats. Les soldats n’y trouvent plus rien à manger et les chevaux dépérissent par manque de fourrage. « Les soldats, dit le major brandebourgeois de Buch, dans son Journal de la campagne, se remplissent au commencement, comme les cochons, de tout ce qu’ils trouvent, cassent et ruinent tout, laissant ni poiles, ni portes, ni fenêtres entiers, prenant tout avec eux, jusqu’aux clous dans les murailles, après quoi, ne trouvant plus rien, ils sont obligés de jeuner. »[10]

 

A la fin de la guerre, Hochfelden est un village de nouveau ruiné et affamé. Sa population est sur les genoux. Il faut tout reconstruire à commencer par son économie agricole probablement à l’abandon. Vauban en donne une description lors d’un passage en juillet 1679 pour décider s’il convient de faire ou non une place fortifiée à Hochfelden dans l’optique d’un siège de Strasbourg qui n’est pas encore tombée aux mains de la France :

 

« 19/29 juillet 1679

La situation d’Hoxfil [Hochfelden] est assez bonne, et on y pourrait faire une place qui ne serait point commandée, mais on ne peut pas se porter dans l’angle ny sur le bord des (rivières ?) principalement de la petite parce qu’elles sont éloignées de la hauteur sur laquelle il faudrait se mettre, et sur les bords opposés de la petite. Il y a (d’ans hauteur ?) qui commanderaient du mousquet les ouvrages qu’on y pourrait faire pour s’en approcher. La petite rivière n’est qu’un (restraint ?) filet d’eau dan lequel je n’ay pu remarquer de courant, mais la sorre [zorn] est assez grosse qu’on pourrait mesme y faire partir batteaux; il parait encore quelques vestiges de fossés et de ramparts allentour de ce lieu et les habitants m’on dit qu’il y avait autrefois six à sept vingts feux [120-140 ?], présentement il y a 25 à 30 maisons fort ruinées et dont la plupart sont encore abandonnées. Il y a une gentilhommière sur le sommet de la hauteur joignant l’église parrockielle [paroissiale] allentour de laquelle il y a une petite closture de Muraille fossoyée qui enferme l’une et l’autre qui était assez bonne contre les coups de main, mais présentement elle est a moitié démolie. Si l’on batissait la une place l’on ne pourrait profiter que du château, et on ne pourrait pas s’empêcher de démolir tout le reste du village au reste la place qu’on y fera ne peut etre avantagée que de la fortification et il ne faut pas compter qu’on la puisse empecher d’etre attaquable de tous côtés.

Votre très humble très obéissant et très obligé serviteur

A Schlestat le 29 juillet 1679

Vauban. »[11]

 

Les généraux français vont continuer à hésiter sur l’opportunité d’établir un camp fortifié « en dur » à Hochfelden. Le maréchal de Créquy était plutôt pour. En aout 1680, Louvois et Vauban voyagent de Saverne à Brisach et s’arrêtent deux heures à Hochfelden qu’ils envisageaient de nouveau de fortifier « pour mettre un caveçon à Strasbourg » éloigné seulement de deux petites lieues. Louvois écrivit : « J’ai vu ce matin Hochfeld dont la situation est capable de recevoir toutes les fortifications que Votre Majesté pourra dans la suite des temps juger à propos d’y faire. Je ne rendrai point compte à Votre Majesté de l’état de cette place, parce que je ne la verrai que demain. Je lui dirai simplement que l’infanterie que j’ai vue depuis Sarrelouis jusque et compris cette place est en état que V.M. en doit être satisfaite. » Des députés alsaciens iront le complimenter à Brisach.[12]

 

Durant cette décennie difficile, la famille Jost vit donc défiler au village du bien beau monde : Turenne, Vauban, Louvois, de Créquy et une multitude d’autres officiers français et impériaux. Le vieux soldat Jean Lamarch n’était probablement plus en vie pour leur parler et partager ses souvenirs militaires de jeunesse.

 

 

Après-guerre

 

Après la guerre la priorité de la communauté fut de reconstruire une nouvelle fois le village dévasté. La propriété de notre famille faisait alors partie de ces « 25 à 30 maisons fort ruinées et dont la plupart sont encore abandonnées. » Il devait rester peu d’animaux, la plupart ayant été volée par les soldats. Pour tous, il fallait donc repartir à zéro. Ce nouveau départ dut être pénible mais notre aïeul a du bien s’en sortir car à partir de 1685 et surtout de 1687 on note dans les registres paroissiaux une présence accrue de Michel Jost parmi les témoins et parrains choisis par les familles du village. A partir des années 90 sa femme et ses enfants sont aussi choisis assez souvent comme témoins, parrains et marraines. On note que Michel signe toujours « MI » et sa femme signait d’une croix. Les deux sont donc illettrés malgré la présence continue d’un instituteur au village après la guerre de trente ans: Michel Schmidt auquel succéda François Metzger. Mais ceux-ci étant rétribués par les familles des écoliers; Michel Schmidt enseignait d’ailleurs dans sa maison située juste au nord de la maison commune (Laube).  Il faut donc croire que Michel le vieux ait préféré faire cette économie pour son fils. Par contre les enfants de Michel le jeune, Antoine et Madeleine savaient signer leur nom.

 

Ce changement de l’importance de la famille au sein de la communauté fut sans doute une conséquence indirecte de la guerre. En effet la dépopulation qui en suivit, dut augmenter la demande de fermiers pour cultiver les terres environnantes. Pour être du nombre, Michel avait besoin d’une étable et d’une bonne paire de chevaux.

 

Une vie de château

 

En 1687, les registres paroissiaux mentionnent qu’un certain nombre d’habitants du bourg résidaient au château de Hochfelden : « Comorantis in castello hochfelden ». Etonnamment, cette mention ne se trouve que sur des actes de l’été 1687 et plus précisément la période du 10 juillet au 15 août. Les personnes nommées sont les suivantes :

 

Décès – 10 juillet : Témoins Rosina Weber, femme de Martin Frantz, Laurent et Jean Fesel.

Baptême - 28 juillet : Michel Beuler et sa femme Marguerite Kuonz ainsi que les parrains et marraine Michel Jost et Brigitta Recht

Baptême - 30 juillet : Parrain et marraine Jean-Rheinhard Kuonzman et Madeleine Kuonz

Baptême 3 août : Jean Ziller et sa femme Catharina Buob.

Baptême 15 août : Parrain et marraine Jean Bernard Schlegel et Catharina Luz

 

C'est-à-dire les familles Frantz, Fesel, Beuler, Jost, Recht, Kuonzman, Ziller, Schlegel. Peut-être que ces familles occupèrent temporairement des logis dans l’enceinte du château pour cause de reconstruction ou que certaines parties des douves du château furent remblayées et occupées. Pourtant la comparaison des terriers de 1659 et 1723 ne semble pas mettre à jour de nouvelles parcelles. Cet événement reste donc un mystère. Pour la famille Jost, peut-être que Michel acheta une seconde maison en prévision de l’établissement de son fils. En tout cas, la ferme familiale rue des bouchers restera dans la famille.

 

L’autre question qui nous intéresse concerne la description de ce château. Le terrier de 1659 le décrit ainsi :

« Erstlich daß Adeliche Schloß und Burg sambt der Kirchen zu St Peter genannt in dem Schloßhoff mit Ihren gebäuen, Häußern, Hoffen, Stallung, brunnen, Gärtten, Zwinger, Schlossgräben, und andern zu gehördten wie solches alles gerings umb das Allmendt gelegen, uff Sechs Ackher groß »[13]

 

 « Premièrement le château noble et la fortification incluant l’église appelée St Pierre dans la basse cour avec les bâtiments, habitations, fermes, étables, puits, jardin, donjon, douves, et autres possessions, dont le tout est entouré par le chemin communal, sur 6 acres. »

 

Donjon de Hochfelden


Le château de Hochfelden représenté sur la peinture de Saint Wendelin de 1659.
Le terrier de 1659 mentionne aussi la présence d’une « rote turnlein » petite tour rouge devant l’entrée à droite. C’est soit la tour représentée ici soit une autre au-delà des douves.



Sur le terrier de 1723, on est surpris de constater que le scribe a repris exactement la même description. Or, Turenne était censé avoir détruit le château en 1674 et un incendie aurait de nouveau eu raison de lui en 1678. En fait, il semble bien que Turenne se soit surtout assuré de la destruction du mur d’enceinte et peut-être du donjon comme le suggère la description de Vauban de 1679 : « une gentilhommière sur le sommet de la hauteur joignant l’église paroissiale, alentour de laquelle il y a une petite clôture de Muraille fossoyée qui enferme l’une et l’autre mais présentement a moitié démolie. »

 

Il est possible que les autres bâtiments de l’enceinte du château fussent effectivement détruits avant le passage de Vauban, et aient été reconstruits à la fin du XVIIe siècle. Heureusement pour y voir plus clair, nous disposons aujourd’hui de trois représentations du château :

1)      La peinture de Saint-Wendeling réalisée en 1659 et conservée dans la chapelle Saint-Wendeling

2)      Une copie de ce tableau qui daterait du XVIIIe siècle

3)      Une gravure de 1744

 

La première est donc la seule qui date d’avant la guerre de Hollande. D’après les experts, le château y est représenté derrière le saint. On voit nettement l’entrée avec son pont levis et de chaque côté de la porte deux hautes tours. Celle du sud-est était plus haute et plus massive. On y voit aussi le mur d’enceinte. On est immédiatement frappé par l’apparence du donjon qui ressemble étrangement à celui du Haut-Koengisbourg. A droite du donjon on devine aussi le kernburg, c'est-à-dire le logis seigneurial et à gauche (cad à l’ouest de celui-ci) un bâtiment annexe et derrière ce bâtiment annexe le petit clocher de ce qui ressemble à une chapelle.

 

Sur la copie du XVIIe siècle on note que l’organisation des bâtiments est la même (tour au 1er plan, kernburg au sud-est du donjon et donjon) mais le donjon à une apparence très différente. En fait il ressemble davantage à la tour de l’église St-Pierre actuelle que les experts estiment être le dernier vestige du donjon, au moins dans sa partie basse.

 

Enfin sur la gravure de 1744 (vue apparemment du sud-est), on reconnait le clocher de l’église Saint-Pierre qui a totalement remplacé le donjon, le bâtiment principal à gauche qui semble être le dernier vestige du logis seigneurial et le petit clocher qu’on distingue déjà sur la vue de 1659. Ce dernier est peut-être un vestige de l’ancienne chapelle Saint-Maurice qui était à l’origine dans l’enceinte castrale.

Par contre, plus de trace de l’enceinte fortifiée, ni des tours. Celles-ci furent probablement détruites durant la guerre de Hollande. Quand aux douves, elles furent remblayées et le terrain gagné occupé par de nouvelle propriétés. Peut-être que la première réorganisation architecturale de l’ancienne enceinte eut lieu en 1687.


Gravure sur le chateau de Hochfelden


Chateau de Hochfelden en 1744 - in Pays d'Alsace 72

Notez le second clocher qui en comparant au tableau de 1659 semble indiquer que cette vue est prise de l'est



 

 

La ferme Jost à la fin du XVIIe siècle

 

En dehors des registres paroissiaux, nous avons peu de documents pour la période 1670-1695. Il est donc difficile de suivre pas à pas l’évolution de notre famille. Ce qui est sûr, c’est que vers 1700, Michel Jost avait atteint une position de premier plan dans le village, comme nous allons le voir. La première question d’intérêt, est de savoir quand Michel Jost eut des chevaux, animaux nécessaires pour pouvoir travailler à son compte et prendre des parcelles en fermage. Je n’ai pas retrouvé aux archives le document de 1667 cité par M. Heidmann qui donne la liste des propriétaires de chevaux de Hochfelden à cette époque.[14] Par contre, les comptes de l’année 1704[15] montrent clairement que durant cette année difficile où beaucoup de troupes passèrent à Hochfelden, Michel Jost fut l’un des principaux acheteurs de foin et d’avoine auprès de la commune. Il devait donc avoir vaches et chevaux. D’autre part, le terrier de 1723 nous donne une situation précise de l’exploitation d’Antoine Jost 20 ans plus tard.

 

1- D’abord la ferme familiale de la parcelle 5923 :

« Antoni Jost eigen als erherbt [ererbt] von seinem Vater beruft sich auf seiner possession vor bey ergelassen worden. Hauss Hoff, Hoffstatt, scheur stall und garten ½ fr gross. Gibt der gemeind Jahrs 2ß 6δ bodensinnß.»

«Antoine jost propriétaire par héritage de son père, se référer à son acte de propriété. Maison de ferme, cour de ferme, grange, étable et jardin sur ½ frocht. A payé le loyer de 2ß 6δ à la commune. »

 

Donc sur la même surface que la ferme de 1659, apparaissent une étable et un jardin en plus de la grange et de la maison. Cette étable fut donc construite entre 1659 et 1704, probablement après la guerre de Hollande, ce qui permit à la famille d’acquérir des animaux de traits (une paire de chevaux) pour devenir exploitants à leur compte et commencer enfin à prendre des parcelles en fermage.

Antoine Jost a aussi hérité d’un jardin au sud du village (un viertzel - parcelle 6022) mais celui-ci n’apparait pas sur le terrier de 1659. Ce fut donc probablement une nouvelle parcelle acquise par Michel le jeune.

(A noter que sur le terrier de 1726 les parcelles ont été renumérotées après le renouvellement du ban de 1725 : Ferme Jost - Parcelle 5945 : « Haus und hoff 3 ½ Viertzel  5945 » ; Jardin – parcelle 6045 :« 1 garten ungef: 1 viertzel gross 6045 ». La  surface de la ferme est donc légèrement revue à la hausse : 3.5 vzl au lieu de 3 vzl. ) 

 

2- Ensuite les terrains possédés en propre: Sur le terrier de 1723, je n’ai trouvé qu’une seule parcelle en propre qui ait appartenue à Michel Jost : parcelle 1722 :

 «1/2 acker. Michel Jost Erben eigentum von Bannbuch und Erneuerung 1661. Baut Claus Guth. »

« ½ acre. Appartient aux héritiers de Michel Jost d’après le renouvellement du ban de 1661. Cultivé par Claus Guth. »

Cette parcelle qui appartenait déjà à la famille en 1661 venait donc peut-être de Michel le vieux. Mais sur le terrier de 1726 où les parcelles ont été renumérotées, l’héritage en terres de Michel Jost comprend en fait deux parcelles :[16]

 

« Weyl [weiland] Michel Josten genossenen burgers alhier hinterlaß. Erbe eigenth

½ fröcht --934

½ acker –1726 

1 ack 1 vzel»

Défunt Michel jost membre des bourgeois d’ici à légué en propriété à ses héritiers :

½ fröcht (cad 3 vzel) -  parcelle 934

½ acker (cad 2 vzel) - parcelle 1726 [probablement la parcelle 1722 du terrier de 1723]

Total : 1 ack 1 vz (cad 5 vzel)» 

 

Michel Jost a donc légué à son fils Antoine la ferme familiale ainsi qu’un jardin au village et à l’ensemble de ses héritiers deux parcelles d’une surface totale de 1 ack 1 vl (ou 5 vzl). Il est intéressant de noter que les parcelles de Michel ne sont pas cultivées par son fils mais sont donnés en fermage à un tiers (Claus Guth). Cela permettait probablement davantage de transparence par rapport au partage des revenus de fermage. Claus Guth est d’ailleurs aussi le fermier pour la parcelle d’un demi-Fröcht que possède Anna Jost (no4860 en 1723). En ce qui concerne les terrains de Marie-Madeleine Jost, ceux-ci sont presque tous cultivés par Laurent Recht. Antoine, lui, ne semble pas avoir acquis de terrains supplémentaires.

 

3- Terres en fermage

Le terrier de 1723 indique qu’Antoine Jost avait 86 terrains en fermage pour une surface totale de 84 acres (4.22 ha).[17] A raison de 7.5 à 10 hl de grain par hectare, ces terrains devaient générer environ 8 résaux de blé,[18] soit au prix moyen de 60ß/résal, 160 à 220R par an. Là-dessus il devait réserver la semence pour l’année suivante (environ 30R) et payer le  fermage bien sûr, peut-être 1R/acre soit 84R. Il lui restait donc environ 50 à 110R (cad 500 à 1100ß). Les propriétaires de ces terrains étaient principalement Isaac Théodore Aymé de Strasbourg, la famille börbel von Bötelinsen, l’abbaye de Neuwiller et Philippe Ziller. Il est fort à parier que la plupart de ces terrains était déjà cultivée par Michel Jost. Les comptes de 1704 montre que Michel avait aussi en fermage des terrains communaux.

 

4- Réserves financières

Les contrats de Hochfelden de la période 1696-1999[19] contiennent deux actes mentionnant Michel Jost :

1) Le contrat de mariage de Madeleine Jost et Joseph Forma daté du 16 décembre 1697.

On y apprend que Joseph est le fils de Pierre Forma, bourgeois de Sallans en Savoie et de Clara sa femme. Le contrat stipule que le marié contribue 600R et que le père de la mariée, Michel Jost, bourgeois et résidant à Hochfelden contribue une nouvelle maison à Hochfelden et 150R à payer en deux moitiés (Saint-Martin 1698 et 1699).

 

2) Reconnaissance de dette de Jean-Jacques Lamarch daté du 3 mai 1698.

Le contrat stipule que Jean-Jacques Lamarch, bourgeois à Gingsheim, est légalement coupable d’une faute en vers Jacob Fuchs sanctionnée par une amende de 40R. Jusqu’au paiement de la dette, Michel Jost se porte garant pour toute la somme.

 

On déduit de ces deux contrats qu’à cette époque Michel Jost qui devait avoir plus de 60 ans, avait des ressources financières solides. Il devait avoir deux chevaux, quelques vaches et au moins 80 acres de terre à cultiver. Que de chemin parcouru depuis la génération précédente où son père ne devait pas gagner beaucoup plus qu’un valet de ferme (20 à 25R par an).

 

 

Les comptes de 1704 et 1708

 

A partir de 1702, la France est à nouveau en guerre. C’est la guerre de succession d’Espagne ou la France, la Bavière et l’Espagne doivent affronter l’Angleterre, les Provinces Unies, la Prusse et l’Autriche. Durant cette guerre, au gré des défaites françaises, l’Alsace se verra plusieurs fois menacée et même envahie. Ainsi le 10 septembre 1702, Landau tombe aux mains de l’Empire, ouvrant pour ses troupes le verrou de l’Alsace. En 1703, les cavalier hongrois ravagent le nord de l’Alsace et s’avancèrent jusqu’à la Zorn. Les Français reprirent Landau le 17 novembre 1703, mais après la terrible défaite de Blenheim en août 1704, Landau retomba aux mains des alliés le 23 novembre. L’Alsace était à nouveau menacée et la nouvelle année s’annonçait terrible. Durant toute l’année 1704, la province était donc sur le pied de guerre avec passage incessant des troupes et après Blenheim, l’afflux de troupes franco-bavaroises en déroute et de réfugiés.

 

Les comptes de l’année 1704[20] nous donnent donc un aperçu de l’activité villageoise durant cette période troublée.  Cette année-là la commune avait collecté 1688R de recettes pour 1852R de dépenses. Les recettes se composaient d’abord d’impositions fiscales pour 884R perçues en 5 périodes de mi-juin à la mi-oct.[21] La commune avait aussi des revenus fonciers de 32 terrains communaux (Allmendzins) loués au plus offrants. Elle en tira 106R qui ne correspondait qu’au quart de la valeur habituelle étant donné que les troupes avaient fourragé et les locataires ne tirèrent donc qu’une partie du fruit de ces terres. A la vue de la liste des locataires, on voit immédiatement que la famille Jost était en bonne place puisque elle se voit allouée 5 des 32 terrains (15%) :

 

«  Item Michel Jost steigt daß ande Amt Letzte theil in Ney Hauß per 12R 2ß zahlt die quart mit 3R 6δ »[22]

« Michel Jost augmente de la dernière partie pour la nouvelle maison pour un montant de 12R 2ß, dont le quart 3R 6δ »

 

«  Item daß gleich steigt daß andetheil  Im bemalten allmendt Andoni Jost per 7R 8ß theil die quart ben 1R 9ß 6δ » [23]

« Partie dans le communal repeint Antoine Jost pour 7R 8ß dont le quart 1R 9ß 6δ »

 

«  Item Michel Jost daß obertheyl in frucht  rohr per 7R 6ß, le quart 1R 4ß 6δ»[24]

« Michel Jost la partie supérieure du Fruchtrohr pour 7R 6ß »

 

« Joseph Forma wittib steigt den Weeg durch daß Stabh allemend per 7R 8ß; quart 1R 9ß 6δ »[25]

« La veuve de Joseph Forma [Madeleine Jost] augmente le chemin par le communal Stabh pour 7R 8ß, le quart 1R 9ß 6δ »

 

“Item ferner steigt Antoni Jost dass doilter theil per 12R6ß thuet die quart 3R 1ß 6δ »[26]

“De plus Antoine Jost augmente une partie par 12R 6ß, le quart 3R 1ß 6δ »

 

La commune percevait aussi des revenus de loyers de maisons qu’elle possédait (Haus- und Bodenzins). Sur les 53R de loyers perçus, 43R venaient de la Laube. Celle-ci était en effet louée pour des fonctions diverses. Le rez-de-chaussée, ouvert, servait les jours de marché. La partie aménagée en pièces servait d’une part aux réunions du Gericht et de commissions administratives, d’autre part à l’accueil de consommateurs, de gens de passage, de sociétés : on y buvait, à l’occasion on y logeait, on y dansait, on y fêtait les mariages. En 1704, la commune a aussi affecté quelques crédits pour sa réfection. Autre source de revenus communaux, le produit des ventes de bois et de haies (27R) ainsi que de celle de foin et d’avoine récoltés sur des communaux (325R).[27] La encore, la famille Jost est parmi les principaux acheteurs :

 

 « Item Michel Jost hat von dem gemeinde heu gekaufft zwantzig centner [quintaux] der Centner 6ß 6δ thut 13R » (p25)

«Item Michel Jost zahlt fur zwey ftl [rezal] habern [hafern] das ftl ad 2R 7ß thut 5R 4ß » (p26)

«Michel Jost hat von dem gemein habern gekauft 4 Rez ad 2R 7ß thut 10R 8ß » (p27)

«Joseph forma zahlt fur 1 ftl 3 sester [1.4] habern thut 3 8ß »(p27)

«Michel Jost zahlt fur zwei centern heu thut 1R 2ß » (p28)

«Antoine jost fur zwei centum heu 1R 2ß » (p28)

 

Michel et Antoine achètent donc du foin et de l’avoine à la commune, probablement du fait du passage des troupes qui ont du se saisir de la plupart des ressources et réserves. En tout cas, cela montre que la famille avait du bétail à entretenir à cette époque et notamment des chevaux.

 

En plus de tous ces revenus, la commune tira 291R supplémentaires de diverses sources. Par exemple  elle reçut trois nouveaux bourgeois (6R), les contributions des juifs à la sauvegarde militaire (14R) et la capitation (Kopfgeld) versée par 35 domestiques  et servantes (7ß 6δ / personne)

 

Au chapitre des dépenses, les impositions royales se montent à 741R, des frais de construction à 132R, des rétributions à 59R, des indemnités de déplacement et salaires à 80R, le sergent messager et secours à 23R, des intérêts et des loyers à 81R et d’autres frais à 734R (a titre anecdotique on note le coût de 9ß pour le maçon qui avait rétabli le coq sur l’église Saint-Maurice ).[28] Un certain nombre de ces dépenses vient du passage et de l’entretien des troupes. Ainsi en février 1704 la commune endure quelques dépenses en faveurs de sous-officiers et d’hommes qui veillaient au bon ordre ou s’abstenaient de réquisitionner des chevaux. On reçoit aussi avec beaucoup d’égard à la Laube le grand prévôt du corps d’armée de Cony, à l’occasion de la livraison de 15 voitures de foin aux troupes stationnées à Ernolsheim. On manifeste la gratitude des citoyens à des sergents qui alors que des feux de camp étaient allumés à proximité avaient donné des preuves de leur bienveillance. En mai l’artillerie française campait à Hochfelden. Il fallait fournir des poutrelles et du bois ; à la mi-juin deux voitures chargées de farine furent conduites vers les garnisons de Haguenau et de Fort-Louis. La commune se voit imposée des corvées de chevaux et le service des hommes. En septembre on paya 100R pour la protection du bourg. On offrit à l’officier qui était logé au château quatre mesures (ohmen) de vin à 4R la mesure et un rézal d’avoine. Il avait contribué à la protection du bourg. A un capitaine et ses collègues qui avaient été d’un très grand secours on servit 11 rézaux d’avoine et trois mesures de vin. A un commandant de compagnie qui avait su empêcher tout dégât dans les champs, on fit un présent de quelques florins. Après Blenheim il fallait aussi recevoir les troupes battues refluant d’Allemagne vers le Rhin, notamment des troupes bavaroises qui campèrent aussi à Hochfelden.

 

Dans ce contexte de services rendus aux troupes, Michel jost est nommé deux fois: « le 28 mai un parti de Français sont reçus à la Laube et leurs dépenses s’élèvent à 9ß 6δ. Le 31 du même mois, les dragons du grand prévôt ont cantonné chez Michel Jost où ils ont consommé pour 8ß (passage sans conséquence). D’autres part, 2R 1ß furent payés aux soldats et officiers qui ont empêché des maraudeurs et des fourrageurs de s’en prendre au village. Enfin un parti de dragons a consommé chez Michel Jost vin et pain sur le compte de la commune pour 1R 2ß 9δ »

 

(p65)  « Item den 28 mai ist einer Pardei frantzosen  ahier wein und baut auf der laube gegenen worth fur 9ß 6δ

Item den 31 dito haben die Grand prevost neben Alhen dragonen bey Michel Josten auf die gemein verzöhrt [consommé] und solch bezhalt mit 8ß

(ist ohne consequentz zu passieren)

Item den officieren und soldaten welch den gemeint neben dem salutqurt  bey gespung und die Marodierer und fourgagier zu empechieren 2R 1ß.

(p75) Item ein Parthey dragoner haben bey Michel Josten In wein und brot auf die gemeint verzohrt baut  1R 2ß 9δ»

 

Michel Jost devait donc être suffisamment opulent et sa maison suffisamment attrayante pour attirer les cantonnements de soldats. Mais après les dépenses pour accommoder des protecteurs, allaient arriver les destructions des envahisseurs : en 1705 les impériaux s’avancèrent en Alsace jusqu’à la Zorn. En octobre, la ville de Haguenau défendue par Péry, un officier du Maréchal de Villar, fut assiégée par une puissante armée impériale. Péry réussit une sortie avec ses troupes, mais la ville dut capituler. Le général Friesen devint alors gouverneur de la place. Ses exigences et celles de ses soldats, avides de boissons et de victuailles, étaient exorbitantes. La population de la ville allait souffrir cruellement comme d’ailleurs aussi la campagne environnante. Dans un document des archives de Hochfelden il est dit que « la seigneurie de Hochfeld qui fait le plus fort des revenus [des Ichtratzheim] a été entièrement pillée et brûlée par les ennemis en 1704 »[29] (c’était probablement plutôt en 1705). Les Français parvinrent finalement à libérer l’Alsace en 1706 mais comme la guerre n’était pas finie les prix restèrent élevés et les temps restèrent difficiles dans les campagnes.

 

militaires


"Marketenderszene im Krieg" de Johann Heinrich Roos 1631-1685



C’est finalement deux ans plus tard, dans un état des comptes communaux de 1708,[30] qu’on trouve la dernière mention de Michel Jost vivant. Il fut imposé sur diverses denrées :

 

“Item Michel Josten dem alten Würdt zur Hochfelden vor allerhand abgehaltem wein und anderen Preiss wahren in mein Haushaltung abhollen lassen land abrechnung und gestellt 15R”

De Michel Jost, vieille personnalité de Hochfelden, pour diverse quantités de vin conservées et autres taxes il sera perçu par mes soins un montant de 15R.

 

Dans ces comptes il est aussi fait mention de la veuve de Joseph Forma, épicière à Woerth (cad Madeleine Jost) ainsi que de Hans Jost le gardien du château d’Hochfelden :

 

“Item Joseph Forman wittib der Kremerin von Werd so zur Hochfelden geleohnt Land gestellt 25R”

 

“Hanß Jost dem Schloßwechter von Hochfelden vor eine huser so mein liebste ihmer abkauft und andteren sachen laud handtscheusff 27 R 9ß”

 

Cet hiver-là fut particulièrement difficile avec d’interminables chutes de neige de Noel 1708 à juin 1709. La température tombait parfois à -30 degrés provoquant en Alsace, comme dans toute la France, une nouvelle crise terrible de subsistances. Ce fut probablement la dernière crise que dut traverser Michel Jost et à plus de 70 ans il dut décéder peu après. Curieusement, son acte de décès n’apparait pas dans les registres du village. On suppose donc qu’il décéda ailleurs, peut-être durant un séjour chez un de ses enfants (Hans à Batzendorf ou Madeleine à Woerth). Il achevait toutefois une vie bien remplie puisqu’il avait traversé toutes les crises du règne de Louis XIV et disparaissait finalement avec lui. Durant cette longue période, Michel Jost avait réussi à hisser sa famille au rang de notables locaux mais cette heureuse fortune ne bénéficia pas de manière égale à tous ses enfants. Ce fut surtout Madeleine en se mariant bien et par le commerce ainsi qu’Antoine l’héritier de la ferme qui en bénéficièrent. Les autres qui avaient quitté le village devraient se débrouiller eux-mêmes pour gravir à leur tour avec leur lignée respective les échelons ardus d’une société d’ancien régime encore très figée dans ses structures hiérarchiques.

 

 

 

 

 



[1] Contrats (1652-70) ABR-E952. Bien que le registre est censé commencer en 1652, les contrats ne commencent qu’en 1655.

[2] Contrat de mariage in ABR E952.

[3] E953 ABR.

[4] La femme de Joseph Forma est témoin du décès de sa mère Madeleine Lamarch et Michel Jost est témoin au décès de son gendre Jean-Georges Vinel.

[5] Sa fille Catherine s’est mariée en 1682.

[6] Ils se marient en 1683 et 1684 ce qui parait trop tôt pour qu’ils soient fils d’Antoine né en 1648.

[7] Pays d’Alsace 72

[8] E952

[9] « Campagne de M. Le Maréchal de Créquy, en Lorraine et en Alsace, en 1677 » par Carlet de la Roziere

[10] « L'Alsace au dix-septième siècle » Volume 1 par Rodolphe Reuss

[11] Pays d’Alsace 72

[12] Relations Véritables, Strasbourg, 30 août 1680.

[13] Terrier 1659 : “5869 Herrschaft Lehenbar Schloss – 6 acker”

[14] Protocole du 24 octobre 1667, Archives Départementales du Bas-Rhin, cote E960.

[15] E5886. Archives du Bas-Rhin (ABR).

[16] J’ai probablement manqué l’autre parcelle sur le terrier de 1723.

[17] D’après la mesure étalon faite sur le terrier de 1659, 1 acker  à Hochfelden équivalait à 5 ares.

[18] Un résal équivaut à 116  litres de blé. Un quintal équivaut à 20.7 litres de blé.

[19] ABR E952

[20] ABR E5886

[21] Sources pour cette section : ABR E5886 et Pays d’Alsace 72 (article sur les comptes de 1704)

[22] ABR E5886 p8.

[23] ABR E5886 p8.

[24] ABR E5886 p11.

[25] ABR E5886 p14.

[26] ABR E5886 p15.

[27] Foin : 6ß/rez ;  avoine : 2.5R/rez (Pays d’Alsace 72)

[28] Cette anecdote prouve que l’église Saint-Maurice était encore en place en 1704. Elle allait être bientôt détruite et remplacée par une ferme (2 petite rue de l’église).

[29] E960 – Litige autour de Schaffhouse

[30] ABR - E953.




St-Wendelin-1659

St-Wendelin d’après le tableau de 1659 conservé dans la chapelle du même nom à Hochfelden
Source : L’inventaire du patrimoine en Alsace















terrier
                hochfelden 1726

1ere page du terrier de Hochfelden (1726) avec la liste des possession de Marie-Madeleine Jost










Entree du chateau

Hochfelden Schlossberg
Chemin d’entrée de l’ancien château de Hochfelden. La tour de l’église en était probablement le donjon.






pont levi

Entrée de l’ancien château. La maison à droite conserva pendant longtemps dans ses fondations des pierres de l’ancienne entrée.





























































soldat francais

Cavalerie française durant la guerre de 30 ans














































Michel Jost

"Michaelis Jost Zeichen MI"
Marque de Michel Jost MI sur un acte de 1687









































interieur XVIIe siecle

Interieur - Victor Mahu (1665‑1700)



























Turenne

En juin 1674 Turenne établit brièvement son quartier général à Hochfelden












campement militaire

Campement militaire
École hollandaise du XVIIe siècle, entourage de Salomon Van Ruysdael














hochfelden 3

Le château de Hochfelden se trouvait au sommet du Schlossberg, à l’emplacement de l’église actuelle.
En 1677, l’armée française campa à l’ouest de la colline (gauche) entre Hochfelden et Wiwisheim



























































Haut-Koenigsbourg

Le Kernburg (habitat seigneurial) et le donjon du Haut-Koengisbourg ressemblent étrangement à ceux du château de Hochfelden








Copie tardive chateau de Hochfelden

Château de Hochfelden
Copie tardive du tableau de 1659
Chapelle St-Wendelin - Hochfelden


























































steinhof

Le steinhof - impasse des garcons
L'une des grandes fermes du village au XVIIe siecle
























Roos

Paysage
Johann Heinrich Roos (1631-1685)























camp militaire

Ecole hollandaise du XVIIe siècle, Entourage de Sébastien Vranx :
« Le campement militaire pres du village »















Michel Jost

Mention de Michel Jost
dans les comptes communaux de 1704
"Item Michel Jost steigt daß ande Amt Letzte theil in Ney Hauß per 12R 2ß zahlt die quart mit 3R 6δ"

























Chapelle St-Maurice


Maison à l’emplacement de l’ancienne chapelle St-Maurice détruite au XVIIIe siècle
Petite rue de l’église
Le montant de porte est peut-etre d'origine