Etudier les origines lointaines d’une famille grâce à l’analyse génétique


Il y a de cela 4500 ans, quelque part au coeur des plaines d’Europe de l’Est, des tribus indo-européennes remontaient le Danube en direction des Alpes. Elles avaient avec eux des troupeaux de bétail et des chariots attelés. Les terres sur lesquelles elles pénétraient n’étaient peuplées que de paisibles paysans qui cultivaient leur terre et élevaient leurs troupeaux. Les Indo-Européens allaient progressivement supplanter une à une toutes les cultures humaines qui habitaient alors en Europe de l’ouest car ils avaient deux avantages de taille. Ils avaient domestiqué le cheval et avait appris à le monter. Ils étaient en effet les premiers cavaliers que l’humanité ait connus. D’autre part, leurs forgerons avaient appris à maitriser les techniques d’alliages de métaux, notamment du bronze à base d’arsenic. Depuis plusieurs siècles en effet, ils s’étaient aperçu qu’en augmentant le pourcentage d’arsenic dans le cuivre on parvenait à un métal bien plus résistant que le cuivre naturel. Ces deux innovations allaient leur ouvrir les portes de l’Europe et imposer leurs langues et leurs gènes aux générations futures du continent. Ces hommes portaient tous sur leur chromosome Y, un marqueur particulier appelé M343, caractéristique du Groupe génétique (Haplogroupe) R1-b qui se retrouve aujourd’hui chez 50 pour cent des Européens, plus particulièrement à l’ouest du continent. Comme pour ces millions d’Européens, notre famille est porteuse du M343 et descend donc en droite ligne de ces guerriers-bergers originaires des steppes du sud de la Russie. C’est là bas loin à l’est, aux environs de la mer caspienne qu’étaient apparu le marqueur M343, des milliers d’années auparavant, sur le chromosome Y d’un des fondateurs de cette tribu qui allait conquérir l’Europe. En foulant ainsi pour la première fois la terre européenne avec ses compatriotes indo-européens, notre ancêtre d’il y a 150 générations, débutait l’histoire européenne de notre famille, une histoire qui pourtant avaient débuté plusieurs centaines de milliers d’années auparavant….

 

I – Principes scientifiques

La généalogie génétique repose sur le principe que le chromosome Y se transmet uniquement de père en fils et l’ADN des mitochondries ne se transmet que par la mère. Cette transmission est en principe intégrale, mais de temps à autre, une « erreur » appelée mutation se glisse dans la copie qui à son tour se transmet aux générations futures. Les mutations décelées par les chercheurs sont appelées marqueurs. Si deux hommes ont le même marqueur  sur leur chromosome Y, cela indique qu’ils avaient un ancêtre commun dans leur ascendance purement masculine. Si deux femmes ont le même marqueur sur leur ADN mitochondrial, c’est qu’elles avaient une ancêtre commune dans leur lignée purement féminine. D’autre part, l’étude statistique et géographique de chaque marqueur sur les populations modernes permet d’en déterminer l’ancienneté et le lieu d’origine présumé. On arrive ainsi à établir un arbre généalogique de ces marqueurs qui retracent les grandes migrations de l’humanité depuis l’origine jusqu’à une période relativement récente.

Evidemment, étant donné les principes cités ci-dessus, plus un marqueur sera répandu dans une population, plus il sera ancien. Inversement, plus un marqueur est récent et plus il est rare. Il en découle, que pour obtenir des informations sur nos ancêtres récents, il faut tester un grand nombre d’individus ; plus le nombre d’échantillons sera grand, plus les ancêtres communs seront proches de notre temps. Ainsi, contrairement à ce qui existe pour les sources écrites, en généalogie génétique, l’information la plus fiable est celle qui concerne les temps les plus reculés. C’est donc lorsque la fiabilité de la génétique permettra de remonter jusqu’à l’époque où l’on dispose des premières sources écrites de notre famille que cette étude sera terminée. Un bien beau défi en perspective pour les années à venir….

 

Notre Chromosome Y

Etudier les origines de la branche paternelle de la famille revient donc à étudier les marqueurs de « son » chromosome Y et de les comparer à différentes populations existantes pour retracer l’âge et la géographie de ses ancêtres les plus marquants. En 2005, j’ai donc soumis mon ADN pour analyse (le principe consiste à frotter un bâtonnet sur la paroi intérieure de la joue et de l’envoyer au laboratoire.) J’ai participé à cette étude dans le cadre du « Génographic Project » sponsorisé par la revue National Geographic. Quelques mois plus tard, j’ai reçu les résultats : ils consistent en une signature génétique de mon chromosome Y, c'est-à-dire le même (à quelques mutations près) que tous les autres membres masculins de la famille Jost. Cinq ans plus tard en 2010, de nouveaux marqueurs ayant été découverts, j’ai fait faire un deuxième test par le laboratoire canadien Genebase pour affiner les résultats précédents. Le deuxième test indique qu’en aval du Marqueur M343 caractéristique du group R1-b, notre chromosome contient un autre marqueur : S28 très présent dans les régions autour des Alpes :

Haplogroup BJ


A première vue ces chiffres sont bien peu parlants. Ce n’est que lorsqu’on les compare à la littérature génétique récente que ces codes prennent tout leur sens. Les chapitres suivants vont donc décrire en détails le résultat de cette analyse. Cette étude traitera d’abord de la signification de la chaine de marqueurs qui permettent de tracer les migrations anciennes de notre famille, puis de ce qui peut être dit des STRs (Short Tandem Repeat en anglais).




Les indo-europeens



Chromosome Y

Schéma d’un chromosome Y qui se transmet de père en fils