Herrebüre - Aristocratie paysanne
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Les
Herrebüre étaient avant la guerre de trente ans la
classe la plus aisée des agriculteurs du Kochersberg.
Leur fortune était essentiellement basée sur leur grand
nombre de terres qu’ils exploitaient en propre ou en
fermage. Ils vendaient leur important surplus sur le
marché de Strasbourg ou sur d’autres marchés le long du
Rhin. Ils étaient souvent membre de la confrérie des
lanternes à Strasbourg (marchands de grain) qui leur
octroyaient quelques bénéfices dans ce négoce. Leurs
héritiers étaient à leur tour dans la même confrérie.
Les cadets, s’installaient souvent en ville où leur
rentes payées par l’aîné héritier du domaine leur
permettaient de s’acheter quelques terres et de se faire
une situation. Ils rejoignaient souvent la confrérie des
maraîchers. Ces grand propriétaires terriens utilisaient
souvent leur surplus de capital pour acheter des rentes
et donc pour jouer un rôle de banquier auprès de
citadins ou de paysans moins aisés.
Un
fermage pouvait se vendre d’un exploitant à un autre. Ce
dernier payait alors le Besserung c'est-à-dire la valeur
du gain net du fermage (soit environ 1.5 rézal/acre).
Ainsi une ferme qui payait 60 rézaux de loyer annuel
était côtée 50 livres. (60
rézaux de loyer produisent 180 rézaux de gain net, soit
à raison de 5.5ß/rézal 990ß ou 49.5lb.) En
1504, Dossenheim Claus avait 100 acres en propre et 250
acres en incluant les fermages. Au dessus de l’étable il
a 4 lits pour ses valets. En
1504, Hans Heckscher et Adam Hug de Dingsheim avaient
aussi exploitaient aussi 250 acres. En
1504, Claus Banwart de Truchtersheim écoula 400 rézaux
de froment et de seigle. C'est-à-dire la production de
200 acres. En
janvier 1520, Diebold Kaufflentz de Pfulgriesheim avait
124 rézaux dans ses granges (soit la production de 60
acres). En
1518, Fritschen Claus de Pfulgriesheim a 60 acres en
propre. Claus
Burkels de Furdenheim vend son train de culture et ses
ferme pour 238 lb. En
1518, Claus Dossenheim le schultheiß de Pfettisheim
vendit à Winztenheim pour 40 lb de céréales (soit
environ 145 rézaux ou la production de 70 acres). A
titre de comparaison, en 1723 Antoine Jost de Hochfelden
n’a qu’un petit jardin en propre mais gère 86 terrains
en fermage pour une surface totale de 84 acres. Quand à
l’épicière Marie-Madeleine Jost de Woerth, elle possède
80 acres qu’elle loue en fermage. S’Valdes,
une des grandes fermes de Hohatzenheim n’avait en 1748
que 7 acres en propre. Chevaux
En
matière d’animaux, on est surpris par la préférence
marquée des Herrebüre pour les chevaux au détriment des
vaches. Il est vrai que sur les riches terres agricoles
du Kochersberg, la fortune des exploitants se fait
suivant le volume de grain qu’ils peuvent vendre. Plus
on a de chevaux, plus on peut exploiter. Les vaches par
contre ne fournissent que du lait et ont besoin de
pâtures déjà assez rares dans cette région. On a ainsi
relevé les cheptels suivants (organisés par ordre de
richesse) : -
Claus Dossenheim de Truchtersheim en 1504 (Probablement
un des paysans les plus riches du Kochersberg) : 22
chevaux, 4 vaches, 12 moutons. -
Diebolt Kaufflenz de Vendenheim en 1520 : 10 chevaux -
Claus Burkels de Furdenheim en 1526 : 7 chevaux, 1
vache, 1 taureau, 8 moutons, 10 porcs, 6 oies, 21
poules. -
Sebastien Weinling de Pfettisheim (s’Ruele) en 1626: 6
chevaux avec leur corde, deux poulains, deux vaches,
deux veaux, 14 truies petites et grosses, quatre oies,
24 poules, deux coqs. -
Peter Freund de Hohatzenheim (s’Schultze) en 1740 (une
des principales fermes du village): 4 chevaux Jusqu’au
milieu du XXe siècle, une ferme moyenne avait environ 2
ou 3 chevaux. A Hohatzenheim, s’Schultze, une des plus
grandes fermes du village qui fournira nombre de maires,
avait en 1740 quatre chevaux. On peut donc estimer qu’à
partir d’environ 5 chevaux on faisait déjà partie de la
fine couche aisée de l’aristocratie paysanne. Maisons
L’aristocratie
paysanne se faisait construire des maisons cossues. Francis Rapp nous donne
quelques exemples : Une
maison à Truchtersheim en 1511 : 140R Une
maison à Lampertheim en 1526 : 100R Une
maison à Kleinfrankenheim en 1520 : 60R Une
maison à Strasbourg au début du XVIe siècle : 120-250R,
250R étant le prix d’une maison patricienne. Rentes
En
matière d’investissements, Francis Rapp constate que les
riches propriétaires terriens préfèrent investir dans
des rentes plutôt que dans des biens immobiliers même si
Wolf Dossmann de Pfettisheim (s’Stetzers, décédé en
1635) possédait deux maisons à Strasbourg. Le
taux d’intérêt n’excédait pas en général 5%. De 1518 à
1520 Claus Dossenheim schultsheiß de Pfettisheim plaça
150 lb de rentes que les communes et des paysans ou
vignerons de Reitwiller, Wintzenheim, Wingersheim
s’engageaient à lui payer. Cela lui rapportait un revenu
annuel de 6 livres (soit un taux d’intérêt de 4%)
quelquefois versé en nature. En 1626, Sebastien Weinling
(s’Ruele) a légué à ses sept enfants 50lb de rente
chacun soit 350lb au total. Héritage
Ces
riches agriculteurs essayaient en général de préserver
leur domaine pour la descendance. Pour ce faire, l’aîné
recevait le logis, les batiments et les plus gros
fermages. En échange l’héritier devait payer des rentes
(soulte) aux autres enfants. Certains des cadets
s’installaient dans d’autres fermes ou en ville mais ils
restaient en général en relation d’affaire avec leurs
parents et leurs frères. Il étaient souvent inscrits
dans la corporation des maraîchers. |
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