Herrebüre - Aristocratie paysanne




D’après l’article de Francis Rapp et mes recherches personnelles.

 

Les Herrebüre étaient avant la guerre de trente ans la classe la plus aisée des agriculteurs du Kochersberg. Leur fortune était essentiellement basée sur leur grand nombre de terres qu’ils exploitaient en propre ou en fermage. Ils vendaient leur important surplus sur le marché de Strasbourg ou sur d’autres marchés le long du Rhin. Ils étaient souvent membre de la confrérie des lanternes à Strasbourg (marchands de grain) qui leur octroyaient quelques bénéfices dans ce négoce. Leurs héritiers étaient à leur tour dans la même confrérie. Les cadets, s’installaient souvent en ville où leur rentes payées par l’aîné héritier du domaine leur permettaient de s’acheter quelques terres et de se faire une situation. Ils rejoignaient souvent la confrérie des maraîchers. Ces grand propriétaires terriens utilisaient souvent leur surplus de capital pour acheter des rentes et donc pour jouer un rôle de banquier auprès de citadins ou de paysans moins aisés.

 


Terres


Les agriculteurs exploitent les terres qu’ils possèdent en propre et les terres qu’ils tiennent en fermage. Au début du XVIe siècle, un acre produit 2 rézaux de blé dont 0.5 rézal est payé au propriétaire pour le fermage.

Un fermage pouvait se vendre d’un exploitant à un autre. Ce dernier payait alors le Besserung c'est-à-dire la valeur du gain net du fermage (soit environ 1.5 rézal/acre). Ainsi une ferme qui payait 60 rézaux de loyer annuel était côtée 50 livres.

(60 rézaux de loyer produisent 180 rézaux de gain net, soit à raison de 5.5ß/rézal 990ß ou 49.5lb.)

 

En 1504, Dossenheim Claus avait 100 acres en propre et 250 acres en incluant les fermages. Au dessus de l’étable il a 4 lits pour ses valets.

En 1504, Hans Heckscher et Adam Hug de Dingsheim avaient aussi exploitaient aussi 250 acres.

En 1504, Claus Banwart de Truchtersheim écoula 400 rézaux de froment et de seigle. C'est-à-dire la production de 200 acres.

En janvier 1520, Diebold Kaufflentz de Pfulgriesheim avait 124 rézaux dans ses granges (soit la production de 60 acres).

En 1518, Fritschen Claus de Pfulgriesheim a 60 acres en propre.

Claus Burkels de Furdenheim vend son train de culture et ses ferme pour 238 lb.

En 1518, Claus Dossenheim le schultheiß de Pfettisheim vendit à Winztenheim pour 40 lb de céréales (soit environ 145 rézaux ou la production de 70 acres).

 

A titre de comparaison, en 1723 Antoine Jost de Hochfelden n’a qu’un petit jardin en propre mais gère 86 terrains en fermage pour une surface totale de 84 acres. Quand à l’épicière Marie-Madeleine Jost de Woerth, elle possède 80 acres qu’elle loue en fermage.

S’Valdes, une des grandes fermes de Hohatzenheim n’avait en 1748 que 7 acres en propre.

 

 

Chevaux


En matière d’animaux, on est surpris par la préférence marquée des Herrebüre pour les chevaux au détriment des vaches. Il est vrai que sur les riches terres agricoles du Kochersberg, la fortune des exploitants se fait suivant le volume de grain qu’ils peuvent vendre. Plus on a de chevaux, plus on peut exploiter. Les vaches par contre ne fournissent que du lait et ont besoin de pâtures déjà assez rares dans cette région. On a ainsi relevé les cheptels suivants (organisés par ordre de richesse) :

 

- Claus Dossenheim de Truchtersheim en 1504 (Probablement un des paysans les plus riches du Kochersberg) : 22 chevaux, 4 vaches, 12 moutons.

- Diebolt Kaufflenz de Vendenheim en 1520 : 10 chevaux

- Claus Burkels de Furdenheim en 1526 : 7 chevaux, 1 vache, 1 taureau, 8 moutons, 10 porcs, 6 oies, 21 poules.

- Sebastien Weinling de Pfettisheim (s’Ruele) en 1626: 6 chevaux avec leur corde, deux poulains, deux vaches, deux veaux, 14 truies petites et grosses, quatre oies, 24 poules, deux coqs.

- Peter Freund de Hohatzenheim (s’Schultze) en 1740 (une des principales fermes du village): 4 chevaux

 

Jusqu’au milieu du XXe siècle, une ferme moyenne avait environ 2 ou 3 chevaux. A Hohatzenheim, s’Schultze, une des plus grandes fermes du village qui fournira nombre de maires, avait en 1740 quatre chevaux. On peut donc estimer qu’à partir d’environ 5 chevaux on faisait déjà partie de la fine couche aisée de l’aristocratie paysanne.

 

Maisons


L’aristocratie paysanne se faisait construire des maisons cossues. Francis Rapp nous donne quelques exemples :

Une maison à Truchtersheim en 1511 : 140R

Une maison à Lampertheim en 1526 : 100R

Une maison à Kleinfrankenheim en 1520 : 60R

Une maison à Strasbourg au début du XVIe siècle : 120-250R, 250R étant le prix d’une maison patricienne.

 

Rentes


En matière d’investissements, Francis Rapp constate que les riches propriétaires terriens préfèrent investir dans des rentes plutôt que dans des biens immobiliers même si Wolf Dossmann de Pfettisheim (s’Stetzers, décédé en 1635) possédait deux maisons à Strasbourg.

 

Le taux d’intérêt n’excédait pas en général 5%. De 1518 à 1520 Claus Dossenheim schultsheiß de Pfettisheim plaça 150 lb de rentes que les communes et des paysans ou vignerons de Reitwiller, Wintzenheim, Wingersheim s’engageaient à lui payer. Cela lui rapportait un revenu annuel de 6 livres (soit un taux d’intérêt de 4%) quelquefois versé en nature. En 1626, Sebastien Weinling (s’Ruele) a légué à ses sept enfants 50lb de rente chacun soit 350lb au total.

 

Héritage


Ces riches agriculteurs essayaient en général de préserver leur domaine pour la descendance. Pour ce faire, l’aîné recevait le logis, les batiments et les plus gros fermages. En échange l’héritier devait payer des rentes (soulte) aux autres enfants. Certains des cadets s’installaient dans d’autres fermes ou en ville mais ils restaient en général en relation d’affaire avec leurs parents et leurs frères. Il étaient souvent inscrits dans la corporation des maraîchers.



Paysans moyen age

Travaux champêtres - Bois gravé de 1502











paysans alsaciens

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