s’Jungeclaus



14 rue principale


La dévolution de cette ferme et de ses tenanciers au XVIIe sičcle a été étudiée et publiée par Georges Fritsch en 1959.[1] Pour cet article, nous nous inspirons largement de ses recherches ainsi que de nos propres recherches notamment pour la période antérieure. Cette ferme est une ancienne cour colongčre du grand chapitre de Strasbourg (Dinghof des Hohen Domkapitels zu Strassburg). Dans un article sur la ferme s’Kühne située juste ŕ l’est de s’jungclause, Mr. Fritsch indique que les deux fermes faisaient partie de la cour colongčre originale[2] mais il n’avance aucun argument en ce sens. Un indice toutefois nous est fourni par la liste des fermiers du grand chapitre sur le livre terrier de 1660. Ce domaine comptait alors 172 parcelles pour une superficie de 202 arpents (acker). C’était le deuxičme plus grand domaine ŕ Pfettisheim aprčs Saint-Thomas. Il était cultivé par trois fermiers :

 

- Hans Dossmann le jeune (Hof Jungclaus) : 101 parcelles ŕ 139.5 arpents (69% du domaine)

- Hans Kiefer l’aîné : (ferme s’Kuhne ou la maison du charron) : 52 parcelles ŕ 44 arpents (22% du domaine)

- Andrčs Kiefer (Ferme 8 rue de l’école): 19 parcelles ŕ 19 arpents. (9% du domaine)

 

Or en 1634 un certain Wolf Kieffer occupait la ferme s’Kuhne. Andres et Hans sont donc peut-ętre des héritiers de Wolff ou d’un ancętre plus lointain qui habitait s’Kuhne. Un Veltin Kueffer est en effet mentionné ŕ Pfettisheim en 1531.[3] Le grand chapitre aurait alors passé le fermage de la cour aux descendants des tenanciers originels de s’Junglclause et s’Kuhne. Il est d’ailleurs possible que la cour originelle comprenait tout le complexe allant de la ferme s’Kuhne ŕ la ferme Heimburger située ŕ l’ouest de s’Jungclause.

 

Mr. Fritsch nous rappelle que la cour colongčre est trčs ancienne puisqu’elle est déjŕ renouvelée en 1340 (il existe une copie du XVIe sičcle) mais celle-ci ne devint importante ŕ Pfettisheim probablement qu’ŕ partir du XVe sičcle. En effet grâce aux terriers des biens du couvent Saint Nicolas aux Ondes ŕ Pfettisheim (1330/40, 1392, 1464, 1530) on peut se faire une bonne idée des grands propriétaires du ban de Pfettisheim puisque les parcelles des terriers sont localisées en fonction des voisins. On y constate qu’en 1340 le chapitre n’est quasiment pas mentionné sur le terrier alors qu’en 1464 il apparait quelque fois et en 1530 encore plus pour finir comme 2e plus grand domaine du ban en 1660. Il y a donc une croissance constante du domaine entre le XIVe sičcle et XVIIe sičcle, principalement aux dépends de la (petite) noblesse qui a quasiment disparu au XVIe sičcle.[4]

 

Tenanciers de s’Jungsclause au XVe et XVIe sičcle

 

Terrier de 1531[5]

Souvent dans les actes anciens on note que des agriculteurs sont affublés du surnom « Meiger » oů « Meyger » ; Ainsi sur le terrier de Saint Nicolas de 1531, on note la présence d’un certain « Johannes dictus Mülhanns » également appelé « Mülhanns genant Wendlings Hanns, oder Meygers Hanns ». Or ce Mühl Hans est aussi le fermier du chapitre sur les deux parcelles du chapitre mentionnées dans le terrier : « einsit nebent den Thumbherren im Munster zu Straßburg buwet Mühlhans » (d’un côté [une parcelle] des chanoines de la cathédrale cultivée par Mühl Hans.)

 

Comme la cour du grand chapitre était la seule cour colongčre du village, on en déduit que Meyger est le terme ancien de Meyer et que Mühlhans était le tenancier de s’Jungclause en 1531. Son nom était donc Hans Wendling et il était probablement aussi lié ŕ l’un des deux moulins restant sur le Kolbsenbach bien qu’il n’était pas le meunier.[6]

 

Droit de bourgeoisie de Strasbourg - 1497[7]

 

Dans le plus ancien registre de bourgeoisie de Strasbourg on trouve la mention de Conrad Winlin de Pfettisheim :

 

18.11.1497

« Item Conrat Wile, genant Meiger, von Pfettisheim hat das burgreht koufft uff Samstag vor sant Elizabethentag (18.XI.)”

 

Conrad est donc lui aussi surnommé Meiger. Il était donc probablement lui aussi tenancier de la cour colongčre. Il se trouve que la famille Winlin était l’une des plus importantes du village avec les Dossmann qui eux tenaient la prévôté (Schultheiss) pour le compte de l’évęque. La gestion de la cour colongčre était donc peut-ętre ce qui a permis a la famille Winlin de prospérer.

 

Chambre des contrats - 1543[8]

 

En 1543, Sebastien Winlin de Pfettisheim constitue un douaire pour le bénéfice de sa femme Catherine Schott. Le texte de cet acte donne une description de la maison :

« Sponfrano boira primo untlim curia denn araia stabula et ortus… in dito villa pfettisheim oben im dorff, hera quam dut Wilmans hans ad Bartholomen de Durrenbach olim stost hind uff den dorff graben und vornen uff der Strass. »

 

« Une ferme avec cour, étable et jardin … dans le village de Pfettisheim, en haut dans le village, d’un côté Wilmans Hans, de l’autre Bartholomé de Durrenbach, derričre sur le fossé du village et devant sur la route. »

 

Sebastien Winlin était sans doute issu d’une branche différente de la famille Winlin que Conrad.[9] Mais d’aprčs la description de sa ferme, celle-ci était clairement située entre le fossé Hans (graben) et la route [rue principale]. Cette ferme était donc soit s’JungClaus soit la ferme ŕ gauche ou ŕ droite. Le plus probable est que la ferme de Sébastien Weinling était la ferme Heimburger, tenue au début du XVIIe sičcle par Andres Weinling et que « Wilmans Hans » tenait alors la ferme Jungclaus. De l’autre côté, la propriété de « Bartholomé de Durrenbach » était sans doute un terrain non bâti, peut-ętre un jardin car en 1530 les nobles n’habitaient plus dans des fermes de village. Quant ŕ Wilmans Hans, c’est peut-ętre Muhl Hans, fils de Wilhelm Winlin mentionné sur le terrier de 1531 en tant que récemment décédé. La cour se serait alors transmise sur au moins trois générations ŕ la famille Winlin. Aprčs Muhl Hans, il y eut sans doute un tenancier supplémentaire avant le premier tenancier connu au XVIIe sičcle.

 

 

Les propriétaires de s’Jungclause au XVIIe sičcle :

 

 

1čre génération : Veltin Dosumb (ca1570-1634)

 

marié en secondes noces avec Anna Kieffer (vers 1595 ?) et décédé en 1634 [Inv 26 Apr 1634].

 

Enfants :

Hans, marié le 2-7-1619 avec Maria, fille de Lorentz Zinder de Stützheim[10] puis en 1621 avec Margaretha Weiss ŕ Stutzheim.

Anna, mariée avec Hanss Stein, meunier ŕ Mommenheim.

Catharina, mariée avec Clauss Rothann, meunier ŕ Vibolsheim.

Agatha, mariée avec Lorentz Frintz, Wingersheim

Wolff, successeur dans la ferme s’Jungclause

Agnes, mariée en 1630 avec Diebold Urban, schultheiß de Reitwiller

Barbara, célibataire en 1634.

Sebastien, marié en 1624 avec Sophia Bläss, veuve de Sebastien Weinling (s’Ruele). Décédé vers 1628, sans postérité.

 

Le terrier de 1531 ne mentionne qu’un seul Dossmann comme propriétaire ou comme fermier. L’hypothčse la plus probable est donc que cette lignée s’est séparée de la lignée principale (s’Alteschultze) aprčs cette date.

 

En 1605 acte d'achat d'une maison ŕ Pfettistheim [source non retrouvée – K52 ?]

 

En février et mars 1624, il est mentionné dans deux actes parmi les 10 échevins du village. Il y a notamment l’acte de donation de 75R du Schultheiss Bastian Weinling pour la refonte des cloches volées par les troupes de Mansfeld en 1621.[11]

 

Dans un acte de 1625, il est mentionné avec les biens qu’il tient en fermage ŕ savoir :

- 112 acres du grand chapitre contre une redevance de 56 rézaux moitié froment et moitié seigle.

- 16 acres des chartreux de Molsheim contre 6 rézaux moitié froment et moitié seigle.

- 20 acres de Phillip Hugelin de Saverne contre 7 rézaux moitié froment et moitié seigle.

- 19 acres de Lentz Daulen de Behlenheim et un acre au ban de Berstett contre 10 rézaux moitié froment et moitié seigle.

 

Inventaire du 26 avril 1634 :[12]

« Il s’est marié deux fois ; sa 2e femme, Anna Kiefer lui survécut. Il a laissé 5 enfants issus du 1er et 2 nés du 2e mariage. Selon la coutume du pays, la ferme devait revenir au dernier né du 2e mariage, ŕ Barbe : l’original du partage était déjŕ rédigé dans ce sens. Toutefois la veuve de Wolfgang, enfant décédé du 1er mariage a présenté le lendemain une feuille (zedulin-zettel) datée de Saverne le 30 avril 1634 qui lui accordait au nom de ses enfants (Wolfgang et Hans) les biens-fonds que Valentin Dossmann avait tenus du Grand Chapitre ; ce sur quoi Barbe s’est plainte et a dénoncé l’achat qu’elle avait fait. Mais la ferme fut adjugée ŕ la veuve du fils Wolfgang et transmise plus tard ŕ son fils Hans. Ces biens-fonds constituaient aux dires de Barbe et d’autres personnes, l’essentiel de la ferme qui n’aurait pu ętre  maintenue sans ces biens (Giltgueth). L’inventaire nomme quatre ensembles de biens ŕ redevances (Gultguter, terres grevées d’une rente censitique) :

1) Chartreux de Molsheim (redevance annuelle : 5 rézaux, moitié froment, moitié seigle)

2) Héritiers de Philippe Huglin ŕ Saverne (7 rézaux, moitié froment, moitié seigle)

3) Chapitre de la cathédrale (54 rézaux, moitié froment, moitié seigle)

4) Strasbourg « Weinekhren zu Strassburg » (10 rézaux, moitié froment, moitié seigle). »

 

Description de la Ferme :

« Haus und hoff Gelangendt, sambt scheur, Ställ undt einem garten, daran im dorff Pfetzenheim gelegen einseit neben Andres Weinling, anderseit neben Wolff Kueffer, hinden auff den Dorff graben, vornen auff allmendt, mit sambt den darauff stehende beschusändten 12ß dobenzinß und 2 rappen […] mit sambt dem vorhandene Viehe, schiff und geschirr […] ein lieger auff dem Stall fur den Knecht undt ein beth fur die magte vor Angereta. »

 

 « Maison et cour, y compris une grange, étable, et un jardin dans le village de Pfettisheim, d’un côté André Weinling de l’autre Wolf Kueffer ; donnant derričre sur le fossé du village, devant sur le communal et grevée d’une rente foncičre de 12ß 2rappen… avec les animaux, les meubles et la vaisselle … une couchette au dessus de l’étable pour le valet et un lit pour la bonne de Angereta.»

 

 

2e génération : Wolf Dossmann (ca1600-av1634)

 

Marié vers 1625 ?

 

Enfants :

Wolfgang établi dans la ferme s’Schultzehanse. Il a épousé avant 1655 Eve Fritsch de Griesheim.

Hanss, successeur dans la ferme s’Jungclause.

 

 

3e génération : Hanss Dossmann der Jung (1631-1701)

 

Marié en 1658 avec Catharina Guth (+1693) [Inv 12-3-1695] fille de Jacob Guth et de Barbara de Kleinfrankenheim et en secondes noces en 1695 avec Christina Ohlmann de Batzendorf.

 

Enfants :

Maria épouse de Hanss Mathern, Bilwisheim.

Barbara épouse en 1688 Hanss Weiss, schultheiss de Truchtersheim

Catharina, épouse vers 1693 Hans Fritsch, schultheiss de Friedolsheim

Anna qui reprend la ferme, épouse Hanss Adam (+1702) de Pfettisheim et en secondes noces en 1702 Clauss Dossmann der Jung de Pfettisheim.

Eva du second mariage née vers 1695, épouse en 1718 ŕ Huttendorf Gangloff Christmann.

 

D’aprčs le terrier de 1660, il avait 4 acres en biens propres et 139.5 acres en fermage.

La ferme garde une inscription de lui sur une pierre de la clôture du jardin attenant ŕ sa ferme : « HD 1664 ».

 

 

4e génération : Clauss Dossmann (+1744)

 

Fils de Claus et de Catharina Weinling (s’Antonie).

 

Epouse en 1702 l’héritičre de la ferme,  Anna Dossmann (1670-1712) veuve de Hans Adam (+1702), fils de Michel Adam, Schultheiß de Schnersheim et de Brigitte Fritsch et petit-fils de Dosenmichel Jacob de Schnersheim.

 

En secondes noces, Clauss Dossmann épouse Brigitte Ginss de Behlenheim (+1714).

En troisičmes noces Clauss Dossmann épouse Odilia Wolff (+1729) de Rohr.

 

Il y a 4 enfants du 1er mariage, 1 du second, et 5 du 3e.

 

Enfants :

Claus ŕ Schnersheim

Jacob successeur dans la ferme s’Jungeclauss ŕ Pfettisheim

Brigitta épouse de Joseph Jung ŕ Dauendorf.

Erhard, disparu « dermalen in abwesenheit »

Anna épouse de Andres Fritsch ŕ Friedolsheim (s’Andrese)

Maria épouse de Joseph Amann ŕ Wingersheim

Anton au service du roi en 1745, revient ŕ Pfettisheim et épouse le 30.6.1750 Maria Kaiser. Le couple s’installe dans la maison s’Kramers.

Lorentz forgeron ŕ Pfettisheim (s’Schmiedts)

Ottilia épouse en 1745 François Martin, Hochfelden.

Georg, épouse en 1754 Catherine Michel, Behlenheim

 

 

5e génération : Jacob Dossmann (1708-1779)

 

Marié le 29.12.1733 avec Brigitta Fritsch (s’Andrese) de Friedolsheim.

 

Enfants :

Catharina épouse de Jean-Adam Riehl, Kleinfrankenheim veuf de Catherine Quirin.

Brigitta épouse de Sebastien Weinling Pfettisheim (Dinsebür)

Maria que reprend la ferme.

 

3 filles survivantes de 12 enfants !

 

 

6e génération : Michel Riehl (1744)

 

Marié en 1771 avec MarieDossmann (1748-1831), héritičre de la ferme. Riehl est originaire de Kleinfrankenheim, fils de Jean Adam et de Catherine Quirin.

 

Enfants :

12 enfants dont Jacques Riehl qui reprend la succession.

Le dernier Riehl, François-Joseph (+1904) avait épousé en 1871 Joséphine Dossmann (1848-1912). Ce couple n’aura pas d’enfant et la ferme parviendra par héritage ŕ la famille Fix de Dossenheim et par transmission ŕ Albert Fix (1872-1947), puis ŕ ses descendants.

 

 



[1] Georges Fritsch, « Coutumes et familles du Kochersberg – Remarques sur la dévolution des fermes », Bulletin de la Société d'histoire et d'archéologie de Saverne et environs, 1959. Les éléments principaux de cet article ont été repris dans l’article de Jean-Marie Quelqueger, « les familles Dossmann de Pfettisheim », Kochersbari, no52, Octobre 2005, p61-66.

[2] Georges Fritsch, Ein uralter Bauernhof in Pfettisheim, der Hof Kieffer-Kuhn, ein Stimmungbild, Kochersbari, 1984,9, p16-18.

[3] Renouvellement d’un bien du couvent de Saint-Nicolas-aux-Ondes ŕ Pfettisheim en 1531, AMS VIII-44 – folio 82 et AMS VIII-38-11.

[4] Bertrand Jost, Renouvellement d’un bien du couvent de Saint-Nicolas-aux-Ondes ŕ Pfettisheim en 1531, www.bertrandjost.com.

[5] Renouvellement d’un bien du couvent de Saint-Nicolas-aux-Ondes ŕ Pfettisheim en 1531, AMS VIII-44 – folio 82 et AMS VIII-38-11.

[6] Le meunier est cité dans le préambule du terrier: « Lampertus Geruck molitor »

[7] Charles WITTMER, Le livre de bourgeoisie de la ville de Strasbourg, 1440-1530, 3 volumes, Strasbourg, 1961.

[8] AMS, Chambre des contrats KS43.

[9] Bertrand Jost, Les Weinling de Pfettisheim du XIVe au XVIe sičcle, www.bertrandjost.com

[10] AMS KS430; le registre porte la date de 1618 mais l’acte porte la date du 2 juillet 1619.

[11] ABR 6E36.2-70

[12] Jean-Marie Quelqueger, « les familles Dossmann de Pfettisheim », Kochersbari, no52, Octobre 2005, p61-66.

 

Ferme s'Jungeclaus

s'Jungeclaus












Jungeclause 1826

s'Jungeclaus en 1826