Les Schultheiß de Pfettisheim
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Depuis le haut
Moyen Age, les seigneurs territoriaux ecclésiastiques et
séculiers chargeaient un officier désigné sous le
nom de scultetus ou Schultheiß d’administrer les
fonctions judiciaires dans chacun des villages de leur
juridiction. Le schultheiss était donc toujours un
officier seigneurial nommé par le seigneur et il lui
jurait fidélité. Sa mission principale était de veiller
à ce que personne ne porta atteinte aux droits du
maître. Il convoquait aussi les sessions du tribunal
(« gericht ») et instituait les divers agents
choisis par les paysans. Comme juge, son rôle se bornait
à proclamer les sentences et à dicter les amendes en ce
conformant au verdict des échevins qui seuls avaient
qualité pour déclarer le droit. Il pouvait être choisi
parmi la noblesse ou parmi les paysans du village.
Quelquefois cet office devenait un fief héréditaire
comme à Andlau dans la famille des chevaliers d’Andlau.[1]
A Pfettisheim, le
maitre était depuis toujours l’évêque de Strasbourg
(d’abord en indivision avec l’empereur puis seul à
partir de 1350). A ce titre le schultheiss était nommé
par l’évêque. Dès la fin du XVe siècle, les Dossmann
(anciennement écrit Dossenheim ou Dosen) semblent avoir
tenu un quasi- monopole de cette fonction. Mais au début
du XVIe siècle, la famille Weinlin (Winlin) monte en
puissance au village. Ils sont tenanciers de plusieurs
biens d’importance (St Thomas, Grand Chapitre, Saint
Nicolas aux Ondes) et sont bourgeois de Strasbourg. A ce
titre, ils sont défendus par le magistrat contre
l’évêque comme l’atteste la querelle qui eut lieu en
1500 lorsque le Schultheiss de Pfettisheim Vix
Dossenheim ordonna la saisie des biens de Conrad Wile
(Winlin) qui ne pouvait plus payer ses dettes. Ce
dernier, bourgeois de Strasbourg, appela alors le
magistrat de Strasbourg à son aide qui porta sa cause
directement auprès de l’évêque Albert. Les Weinling
occupent plusieurs offices électifs (par les paysans du
lieu) au début du XVIe siècle (notamment Heimburger dès
1520). Mais ce n’est que vers 1570 qu’ils vont enfin
accéder à la fonction de Schultheiss. Ils garderont ce
poste jusqu’à la guerre de 30 ans. En 1637, au plus dur
de cette guerre, la famille Weinling s’était réfugiée à
Strasbourg et Sebastien Weinling VII meurt
prématurément. L’office de Schultheiss revient alors à
nouveau à la famille Dossman qui le conservera plus
d’une trentaine d’années. Lorsque Hans
Dossman meurt prématurément en 1670, la charge retourne
une nouvelle fois à la famille Weinling qui le
conservera cette fois pendant 80 ans. La famille Dossman
aura pourtant le dernier mot et à la faveur de la perte
d’influence de la famille Weinling au milieu du XVIIIe
siècle, elle reprendra une dernière fois le contrôle de
l’office de Schultheiss qu’elle conservera jusqu'à la
révolution.
Le schultheiss,
noble ou paysan, était exempt de la plupart des taxes et
avait droit à une part des amendes et à quelques
redevances. Le échevins sont
élus par les paysans et institués par le Schultheiß. Le
plus souvent on les prenait parmi les colons
héréditaires qui étaient les notables du village. Ils
étaient les assesseur du juge. Ils prêtaient serment au
seigneur de rendre la justice également aux pauvres et
aux riches. Comme on jugeait d’après la coutume, le
Schultheiss les invitaient à la déclarer. Leur nombre
variait grandement de 3 à 14.
Heimburger
Gericht de
1531 (Renouvellement de Saint Nicolas aux ondes)
L’absence des Dossenheim et Weinling
s’explique par le fait que Claus Dossenheim, Wilhelm
Winlin et Sebastien Weinling (I) venaient de décéder
et que leurs héritiers n’avaient pas encore été élus
au Gericht. [1] Les
seigneurs, les paysans et la propriété rurale en
Alsace au Moyen Age Charles Schmidt, Paris 1887. |
![]() Un Schultheiss au XVIe siecle ![]() Blason de Hans Weinling de Pfettisheim Grand armorial de France - ca1700 |