Vicissitudes Militaires

1809-1959

Sept générations de conscrits d’une famille alsacienne aux armées de cinq empires

Tome second – Le Prix de la Liberté 1815-1870
   

    Avec la fin du premier Empire et la restauration de la monarchie, on aurait pu croire au retour de la paix, et la famille Knobloch l’aurait souhaitée ardemment, après avoir versé un lourd tribut aux aventures impériales. Hélas, à la fin de l’année 1832, Sigismond Knobloch et Michel Woehrel se retrouvèrent tous les deux sous l’uniforme, quoique pour des raisons différentes.



Ce nouveau tome de la série « Vicissitudes militaires » nous propose de vivre, du côté des simples soldats, la conquête de l’Algérie, les multiples guerres du Second Empire et sa chute, qui offrit l’Alsace-Lorraine au nouvel Empire allemand. De la chute de Napoléon Ier à celle de Napélon III, Bertrand Jost poursuit sa chronique détaillée du parcours d’une famille, la sienne, au gré des conflits européens. Le prix de la liberté c’est d’abord l’histoire de ces marchands d’hommes, agents sans scrupules qui marchandaient la liberté des conscrits en leur trouvant des remplaçant bien naifs, près à vendre leur liberté à des conditions moins qu’avantageuses…

 

« « Il faut redoubler d’efforts, la concurrence s’agite » écrivait Gélin, un « démarcheur » notoire, en octobre 1827.  Lorsqu’ils trouvaient un candidat potentiel, ils étaient peu avares en belles promesses. Il est vrai qu’ils ne manquaient pas d’arguments. En cette année 1828, le remplaçant se négociait entre 1400 et 1500 francs par tête dans une grande ville demandeuse comme Bordeaux. Pour un journalier ou un artisan qui touchait 1.50 F ou 2 F par jour cette offre était assez alléchante. Elle représentait plus de deux ans de salaire ! »

 

Ce livre traite aussi de la société militaire du « juste milieu », le régime de Louis-Philippe… ….

 

« A cette époque, dans les garnisons de France, il y avait principalement trois sortes de soldats. Au sommet de la hiérarchie, les officiers supérieurs étaient des hommes vieillissants et usés, asséchés des dernières gouttes de l’idéalisme de leur jeunesse, dont l’activité principale était de faire la cour aux notables de la ville où ils étaient basés afin d’obtenir des avancements ou autre avantages financiers. Tout leur était bon pour remplir cet objectif : députés, aristocrates, bourgeois influents, rien n’était épargné pour tirer grand avantage de ce régime de compromission et d’hypocrisie, à l’image de la société bourgeoise dont le modèle serait bientôt façonné outre-manche par la Reine Victoria. Le régime de Louis-Philippe, baptisé par ses détracteurs le régime « des juste-milieu »  se voulait en effet le régime de l’apaisement et du compromis entre les différentes factions politiques françaises, mais en dépit des efforts du gouvernement, il trouvait bien peu de vrais partisans dans la société. Ainsi comme tous les ambitieux, à défaut de servir leurs convictions, les officiers supérieurs pensaient à leurs vieux jours et travaillaient à leur profit personnel. De temps en temps, dans un moment de faiblesse ou de nostalgie, ils se rappelaient bien leur jeunesse, lorsque, intransigeants sur leurs principes, ils allaient affronter les princes d’Europe au nom de la République et de la Liberté. Par la suite l’intransigeance avait accepté quelques concessions en échange de la fierté de combattre pour le plus grand général d’Europe. Quelles années ils avaient alors vécues à charger l’ennemi à travers toute l’Europe ! C’était à cette époque qu’ils avaient reçu telle cicatrice, souffert telle blessure. Mais comme disait Stendhal il valait mieux « chasser bien vite tous ces souvenirs qui pouvaient mener à des imprudences. »  »

 

Comme dans le volume précédent, le prix de la liberté nous parle d’une terrible retraite, celle de l’expédition de Constantine…

 

« Après des heures interminables, sans sommeil, la lueur de jour apparut enfin à l’horizon. Tel des spectres, ici et là des hommes hagards apparaissaient au milieu de la neige. Puis, leur nombre augmenta jusqu’à reformer les colonnes de l’armée. Beaucoup parmi ceux qui s’étaient redressés se trouvèrent incapables de marcher. Certains ne purent même se lever. On retrouva aussi dix-sept cadavres gelés de soldats morts de froid durant cette nuit terrible. On apprit que deux soldats s’étaient même poignardés avec leur baïonnette pour abréger leurs souffrances. Nombre de soldats et quelques officiers avaient les extrémités gelées. Le visage des plus vaillants était douloureusement affecté comme pris par la maladie. Les chevaux n’étaient pas en meilleure forme. A moitié gelés et affamés, leurs jarrets tremblaient sous les cavaliers. Même pour un vétéran de la campagne de Russie comme le baron Baude cette nuit du 20 novembre fut sans conteste l’une des plus atroces qu’il ait connus:

« A six heures et demi commence une pluie battante mêlée de neige, qui dure toute la nuit. Depuis trois jours, nous n’avons pas un brin de bois, et le plateau maudit n’offre pas un abri, pas une herbe, pour faire du feu. Epuisés de lassitude, les soldats se couchent dans la boue glacée, et le matin huit hommes y restent morts de fatigue et de froid. Des malades nombreux encombrent l’ambulance ; les chevaux commencent à périr de misère et de faim ; ceux d’entre nous qui sont revenus de Moscou, par un froid de vingt degrés tempérés, il est vrai, par des feux de sapin, prétendent n’avoir jamais autant souffert qu’à cet horrible bivouac. »».

 

On suit l’histoire de notre famille à travers les évènements du XIXe siècle jusqu’à la guerre de 1870 qui après un siège destructeur de la capitale alsacienne, verra la France perdre ses provinces d’Alsace et de Moselle…

 

« A peine Laurent avait-il quitté l’Alsace, que les premières bombes tombèrent sur Strasbourg créant une frayeur épouvantable parmi la population.  Au camp de Châlons, Napoléon III, vieilli et malade venait de donnait le commandement en chef de l’armée du Rhin au maréchal Bazaine qui se dirigea immédiatement vers Metz pour tenter de redresser la situation. A Strasbourg, le 15 août, le général von Werder avait pris le commandement des opérations du siège avec 60.000 hommes sous ses ordres et une cinquantaine de batteries de siège. Il accentua immédiatement la pression sur la ville : « Dans la nuit du 15 au 16 août, nous essuyons un premier bombardement, grande frayeur, quelques bombes rue du Sanglier, peu de mal. Les Prussiens selon leur expression nous servent un feu d’artifice que nous souhaitons ne jamais revoir. Il y a eu bien des accidents (de morts et de blessés). »»

 
            Comme pour le volume précédent, il aura fallu un an de recherches à l’auteur pour réunir les éléments de cette fresque militaire qui court sur un demi-siècle. Une autre année fut nécessaire pour le dépouillage et l’écriture.







Retraite de Constantine

La retraite de Constantine (1836)



Soldat 1832

Soldats coloniaux vers 1832


Julie Woehrel

Julie Woehrel dont le père participa à la retraite de Constantine subira, elle, le siège et le bombardement de Strasbourg