Une dynastie paysanne de 400 ans
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Situé
au N°3 de la rue du Village cette ferme tire son «
Hoftname » du prénom Valentin qui était porté par le
propriétaire de la ferme dans les années 1740. Il est à
noter que même si depuis le milieu du 17ème siècle les
patronymes CLAUS, SCHNEIDER, HOENEN et GOETZ se sont
succédés dans cette ferme il s’agit d’une seule et même
dynastie paysanne qui y aura œuvré dans cette
exploitation agricole pendant plus de 350 ans. Description de la ferme actuelle Le
promeneur qui déambule le long des rues rectilignes du
petit village de Hohatzenheim sera probablement surpris
par l’apparence de la ferme du no3 de la rue du village
mieux connue sous le nom de « s’Valdes ». En effet si
les familles successives qui ont habité ce lieu ont
souvent joué un rôle important dans le village, on ne
peut être qu’étonné de la structure décousue de cette
ensemble. Cette ferme s’articule autour de la maison
d’habitation construite le long de la rue du village
mais curieusement placée en retrait par rapport à cette
rue et de manière non parallèle au bas côté qui suit
pourtant fidèlement le ruisseau du village. Autre
curiosité, sur la gauche, une grille métallique de type
moderne donne accès à la cour. S’Valdes est en effet une
des rares fermes du village qui n’a pas de porche en
pierre. Lorsqu’on
pénètre dans la cour on reconnaît une structure plus
traditionnelle, avec des bâtiments disposés en « U ».
Toutefois on est surpris par l’hétérogénéité des ces
constructions. En effet au nord vers la rue du village
se trouve la maison à colombages datant probablement du
début du XIXe siècle ainsi qu’un petit entrepôt datant
du début du XXe siècle. Une grange construite vers 1930
occupe la partie ouest vers la rue du Renard. Celle-ci
contient la cave à vin et l’ancien pressoir. Au sud, un
hangar métallique récent longe la propriété s’Schultze.
Enfin à l’est, une grande étable moderne orientée
nord-sud « ferme » cet ensemble, juste à l’angle de la
rue du maire. La grange puis la nouvelle étable ont
successivement remplacé le premier puis le second jardin
qui existaient à côté de la ferme. Il peut paraître
difficile à première vue de discerner un fil conducteur
dans la structure de cet ensemble, tant cette ferme
semble avoir été remaniée au fil du temps. Ainsi l’un
des buts de cette étude, est d’essayer d’en retrouver la
logique et la chronologie. Première génération - Hans CLAUS dit « Claus
Hans » (ca1615-1662) Marié
vers 1640 avec Maria. Enfants : Anna
(ca1640 – mariée en 1665 avec Mathis Hatt de Conrat
Hatt) Hans
(22 mai 1644 à Strasbourg) Niclaus
(22 mai 1644 à Strasbourg) Hans-Adolf
(27 juillet 1650 à Hohatzenheim ; parrain en 1667: «
Hans-Adolf de Clausen Hansen gelorsten gerichthoffe sohn
») La
première trace de la famille date de 1644, et se trouve
à Strasbourg où celle-ci s’était réfugiée durant la
guerre de Trente ans. A cette époque il n’y avait plus
que deux habitants à Hohatzenheim et le village était
donc quasiment à l’abandon de même que Mittelhausen. La
famille Claus s’était installée avec quelques autres
familles de Hohatzenheim (notamment les familles Georg
Mathis, Lorentz Claus et Nicolas Bunthel) dans la
paroisse protestante de Saint Pierre le jeune. Il y
avait aussi là dès 1632 la famille de Georg Kapp, le
maire de Mittelhausen. Toutes ces familles sont dites «
de Hohatzenheim » ce qui prouve qu’elles étaient déjà
installées à Hohatzenheim dans les années 1620-1630,
avant leur exil. En
1644 à Strasbourg, Hans Claus et sa femme Maria ont donc
des jumeaux Hans et Niclaus. Il est possible que Niclaus
mourra en bas âge car il n’apparait pas dans les
registres de Hohatzenheim après la guerre. Les registres
paroissiaux de Mittelhausen et Hohatzenheim redémarrent
en 1649 et dès 1650 les familles de Hans Claus, Georg
Mathis et Lorentz Claus sont à nouveau à Hohatzenheim.
Les trois sont d’ailleurs voisins rue du maire: les deux
premiers côté ouest, et Lorentz côté est, à
l’emplacement de l’ancienne laiterie. Le 27 juillet
1650, Hans Claus et Maria ont un fils Hans-Adolf. Origine de la famille : A
cette époque, les noms de famille ne sont pas stabilisés
et changent aisément d’une génération à l’autre. Ainsi à
Strasbourg et sur le terrier de 1657, Hans Claus est
désigné sous cette forme avec Claus étant clairement le
patronyme. Par contre dans les registres paroissiaux, le
pasteur de Hohatzenheim le désigne toujours sous la
forme « Claus Hans » ; par contre son fils sera « Hans
Claus » ; on ne sait donc plus très bien lequel des deux
est le patronyme. Pour compliquer encore l’affaire,
aussi bien Hans que Claus sont des noms très communs à
l’époque. Il devient donc très difficile de percer le
mystère de l’origine de cette famille. Tout au plus
peut-on relever les éléments suivants qui penchent en
faveur d’une origine locale de longue date : -
s’Valdes est dès l’origine une des grandes fermes du
village et son propriétaire est un notable de premier
plan. Il est donc peu probable que Hans Claus soit un
inconnu immigré. -
On est surpris en consultant les registres de
Mittelhausen, du nombre d’étrangers établis dans ce
village durant ces années d’après guerre, surtout venus
de Suisse (calvinistes) et d’Allemagne (luthériens). On
note que ces immigrés semblent installés pour la plupart
a Mittelhausen ce qui suggère que Hohatzenheim ait été
repeuplé par une population locale. La famille Claus,
quant à elle est toujours mentionnée sans origine se qui
suggère qu’elle est native du village ou des environs. -
Lorentz Claus semble être un frère de Hans Claus :
ensemble à Strasbourg, ils sont installé sur des
propriétés attenantes à Hohatzenheim. -
Les registres font mention en 1651 et 1654 des mariages
d’Odile et Freyel, filles de Georg Claus de
Mittelhausen. Ce Georg pourrait être le père de Hans
Claus et Odile et Freyel des sœurs cadettes. -
Il n’existe pas de registres paroissiaux antérieurs à la
guerre de trente ans mais parmi la liste des villageois
de Hohatzenheim ayant demandé le droit de bourgeoisie
entre 1440 et 1530 on note pour l’année 1463, qu’un
certain « Martins Claus reçoit le droit de bourgeoisie
de son épouse Ennelin, fille de Buren, le forgeron
décédé le 5 décembre 1463. » Cela bien sûr ne prouve
rien surtout étant donné la fréquence de ce patronyme
dans la région. Ce n’est qu’une piste. La ferme Dans
l’état actuel des recherches la 1ère description de la
propriété se trouve dans le livre terrier de
Hohatzenheim établi le 16 févier 1657 : „Item
eine
behaubung, scheur, stall und gartten einseit neben dem
Allmendt, anderseit neben Georgen MATZen, hinden uf die
fuchsgas, vornen uf die hetzels gas.“ Une
habitation, grange, étable et jardin d’un côté le
communal de l’autre à côté de Georges MATHIS, derrière
sur la rue du Renard (Fuchsgass), devant sur la rue «
Hetzel ». La
rue Hetzel, c’est la rue du maire. Si le « devant »
était sur cette rue on peut raisonnablement penser que
l’entrée de la ferme était bien de ce côté à l’origine
et non sur la rue du village. Il est aussi probable que
la ferme avait là un porche en pierre similaire à la
ferme voisine s’Schultze. Le jardin était alors
probablement derrière sur la rue du renard. Nous avons
d’autre part un rapport de 1651 où sont notées les
dommages de guerre au village avec estimation de la
valeur des propriétés. La ferme s’Valdes n’y est pas ce
qui semble impliquer qu’elle ne fut pas sérieusement
endommagée. Toutefois sur cette liste on distingue
clairement deux types de fermes : les petites estimées
pour moins de 100R et les plus grandes estimée pour plus
de 100R. Comme on le vera par la suite, s’Valdes était
l’une des plus belles fermes du village. On en déduit
qu’au sortir de la guerre de trente ans sa valeur devait
s’élever entre 100 et 200R. Aubergiste En
feuilletant les registres du village, on est surpris de
constater qu’après la guerre dans les années 1650
plusieurs notables de premier plan exercent le métier
d’aubergiste (« Wirth » ou « Würth ») : Claußen Hanßen
das Wurths (1654-57), Lorentz Claus das Wurth (1657-59)
et Georg Mathis (1658). Ce sera encore le cas durant la
décennie suivante. Le terrier de 1657 indique qu’à cette
époque il y avait deux auberges désaffectées au village
(« Lehre Hoffwirt ») : l’une sur l’emplacement de
s’Lotte « das Plohn gennant » et l’autre chez s’Grode,
propriété du maire Lienhardt de Mittelhausen. Ces deux
établissements sont des reliques d’avant-guerre. Il
semble donc qu’au moment ou l’agriculture essayait
péniblement de redémarrer sur les terres laissées en
friche par la guerre le métier d’aubergiste permettait
d’offrir un appoint de revenus. Les clients de ces
nouvelles fermes auberges devaient être les émigrés
arrivés en masse d’Outre-Rhin et de Suisse. Fin de vie A
partir de 1661 Hans Claus est mentionné dans les actes
en temps qu’échevin (gerichtschöffe). Il décède le 27
décembre 1662 : « Claußen Hans gerichtschöffe zu
Hohenatzenheim 78 jahr alt. » L’acte dit qu’il était âgé
de 78 ans ce qui est très probablement une erreur, ce
qui est assez fréquent concernant les âges au décès.
Hans Claus était plus probablement âgé d’environ 50 ans,
60 ans maximum étant donné qu’il a eu un fils en 1650.
Le 18 décembre 1678 décéda sa femme Maria « Clausen
Hanßen gewesenen gerichtschoffe » (Maria femme du défunt
échevin Claus Hans). 2e Génération : Hans CLAUS (1644-1720) Né
à Strasbourg le 20 mai 1644, il épousa le 8 septembre
1663 à Hohatzenheim Eva KAPP fille de Georg KAPP : «
Hanßen Clauß burger zu ATZ, weiland Claußen Hanßen der
Gerichtschöffe sohn mit Eva Kapp, Georg Kapp Schultheiß
zu MTN tochter. » Le
fils Hans Claus se distingue donc du père Claus Hans
l’échevin par la remise dans l’ordre du prenom Hans
suivi du patronyme Clauß. Son beau-père l’ancien maire
de Mittelhausen Georg Kapp était à Strasbourg durant les
années 1630 mais il était peut-être de retour à
Mittelhausen dans les années 40 car la naissance d’Eva
n’apparait pas dans les registres de Saint-Pierre le
jeune. Enfants : -
Hans-Georg, né le 7 octobre 1666 à Hohatzenheim. Décédé
le 10 sept 1673 au village. -
Anna, née le 21 mars 1669 à Hohatzenheim. Elle épousa le
11 juin 1691 à Rumersheim Simon STOLL de
Mittelschaeffolsheim. -
Claus, né le 13 avril 1671 ; Bg zu Osthoffen, décède
avant 1729. -
Maria, née à Hohatzenheim le 8 janvier 1674 ; décédée à
Strasbourg le 15 septembre 1675. -
Eva née vers 1675; Elle épousa Georg KUBIUS, fils de
Andres KUBIUS et de Maria GEEBER vers mai 1718 et
s’installe dans sa ferme (ferme Muller-Kubius au coin
nord-ouest Fuchsgas/Herrengas). Elle est décédée sans
postérité en octobre 1744 à Hohatzenheim. -
Hans, dit « Hanß Clauß der Junge » né le 12 août 1676.
Décédé en 1714. Il épousa Aurélia ISCH, veuve de Philipp
Rieff le 28 août 1705 à Mittelhausen. Il s’installa dans
sa ferme (s’Schmetts). -
Catharina née le 20 nov 1679. Elle épousa Clauß
SCHNEIDER et s’installera dans la ferme. -
Barbara CLAUS, née le 11 juin 1682. Elle épousa le 30
janvier 1702 à Rumersheim Hanß KLEIN, Bg und Würth zu
Mittelschaeffolsheim. -
Jacob né le 13 février 1685. Décédé avant 1720. -
Anna-Maria ; Elle épousa Michel NESTELHUFS de Gimbrett,
fils de Mathis NESTELHUFF et de Margaretha DIEBOLT -
PETER vers février 1712. Elle est décédée à Gingsheim. Note
: le prénom du bébé né le 12 août 1676 est illisible. On
ne distingue qu’un « H » donc probablement Hans. Mais il
se peut que ce soit aussi Eva dont la date de naissance
entre Claus et Catharina est manquante. Position sociale: Hans
Claus prit possession de la ferme familiale à la mort de
son père c'est-à-dire à 18 ans. Pour la gérer, il dut
donc se marier rapidement ce qu’il fit l’année suivante.
A partir de là il allait faire prospérer l’exploitation
pendant plus de 40ans après quoi il la passerait à la
génération suivante. Comme son père, Hans Claus gravit
plusieurs échelons de la hiérarchie communale. Après son
mariage (1666) il n’est que « Burger ». En 1669 il est
Heimburger c'est-à-dire trésorier du village chargé des
finances de la communauté. Cette fonction est un mandat
annuel voté en assemblée par les bourgeois du village.
En 1671 il est appelé « Wurth » ce qui signifie que
comme son père il eut recours au revenu additionnel
d’aubergiste, peut-être à cause d’années difficiles
(guerre de Hollande). En 1673 il a plusieurs émigrés
suisses qui travaillent chez lui : «
Thurs Sanger aus der Schweiz, Berne Gebirts, nunc
orthodoxia una religioni addictg, bey Hansen Clausen in
dienst. » «
Herman (vulgo Gyrman) Grüter, ein Schweitzer bey Hanßen
Claußen. » Le
second déclarait cette année-là la naissance de son fils
Michel ce qui suggère que Hans Claus employait le
couple. En 1681 encore il y a une mention du baptême
d’un Michel, fils de Michel Oberlé employé chez Hans
Claus. A partir de 1674 Hans Claus est garde champêtre
(Marckschöffe) et cette mention lui est systématiquement
attachée jusqu’à la fin des registres en 1685. En 1705
Hans Claus est échevin (« Gerichtschöffe ») poste qu’il
garde jusqu’à sa mort en 1720. Religion de Hans Claus et sa famille En
1687, la majorité des habitants du village se convertit
au catholicisme, probablement sous la pression de
l’administration royale. On note que parmi les familles
qui refusent d’abjurer le protestantisme on trouve
surtout les familles les plus aisées du village, issues
d’ailleurs pour la plupart de la notabilité de
Mittelhausen : ainsi la famille Schmidt de l’ancien
Schultheiss liée à la famille Lienhard, schultheiß de
Mittelhausen, la famille Hatt et la famille Reiff issue
aussi de Mittelhausen restent notamment protestants. Le
cas de la famille Claus, famille peut-être issue des
Claus de Mittelhausen et en tout cas alliée à la famille
Kapp de Mittelhausen semble plus ambigu. Hans Claus
s’est-il converti ou non ? Parmi ses enfants, Anna se
marie en 1691 avec un catholique (Rumersheim), Claus
déménage dans un village catholique (Osthoffen), Barbara
se marie en 1702 avec un catholique de
Mittelschaeffolsheim et Catherine se marie en 1706 avec
un catholique de Truchtersheim. Par contre Hans le jeune
fait un mariage protestant en 1705 à Mittelhausen avec
la veuve protestante de Philip Reiff et Anna-Maria se
marie aussi dans un village protestant (Gimbrett) en
1712. Néanmoins comme le décès de Hans Claus n’est pas
dans les registres protestants de Mittelhausen et comme
il donnera sa ferme à un catholique on peut penser qu’il
est très probable que Hans Claus se soit en effet
converti. La ferme L’inventaire
après décès de Hans Claus donne l’état de la ferme en
1720 : „Item
eine behaubung, Hoff, scheuer, Stall, trodt, trodthaub
und garthen sambt aller übrigen zugehördt, recht undt
gerechtigkeith, oben im Dorf zur Hohatzenheim gelegen,
einseit neben Peter FREUNDT, anderseith neben dem
Allmendt, vornen auf das Hetzellgabell und hinten auf
die Fuchsgab. Vermog
hievor
………Eheberedung durch den verstorbener angeschlagen
worden ad 1100 R (Gulden)“ «
De même une habitation, cour, grange, étable, pressoir
avec une maison à pressoir et un jardin y compris toutes
les dépendances, droits et propriétés situés en haut
dans le village de Hohatzenheim. D’un côté Pierre
FREUNDT, de l’autre à côté du communal, devant la ruelle
Heztzel et derrière sur la rue du Renard. La valeur
agrégée des biens ci-devant a été estimé par le défunt à
1100 florins. » L’entrée
est donc toujours sur la rue du Maire. On note que
l’exploitation s’est enrichie d’un local à pressoir. La
première mention d’un pressoir au village date de 1705
(ferme Diebolt) ou l’acte mentionne : « ein Stuckh Trott
holtz und ein Trott schraub begriffen » (un morceau de
bois de pressoir et une vis à pressoir) ce qui suggère
une installation vinicole bien antérieure. Le
redémarrage du vignoble qui nécessite un entretien
conséquent et donc une certaine stabilité politique a
probablement commencé dans les années 1660 mais a du
surtout prendre de l’ampleur après la guerre de Hollande
dans les années 1680 car trois édits de défrichements
furent proclamés en Basse Alsace à cette époque (1682,
1685 et 1687). L’ordre d’énumération des éléments de la
ferme nous donne peut-être une indication sur leur
localisation : l’acte mentionne d’abord « une
habitation, cour, grange » puis « l’étable, local à
pressoir » et enfin « le jardin. » Il semble donc qu’à
partir de l’entrée, rue du Maire, avec probablement un
porche, on a d’abord la maison, cour et grange qui donne
sur cette rue, derrière l’étable et le local à pressoir
et enfin à l’arrière, sur la rue du renard le jardin.
L’emplacement du jardin semble alors conforme à la photo
de 1914 qui montre que la partie ouest de la propriété
(sur la rue du Renard) est clairement arborée.
L’emplacement du pressoir serait aussi consistant avec
le lieu du pressoir actuel au coin nord-ouest de la
cour. Mais ce qui étonne le plus dans la description de
la ferme s’est sa valeur : 1100R ; si cette valeur est
correcte (on ne sait pas comment cette estimation a été
faite) cela en faisait alors de très loin la plus belle
ferme du village. A côté, les fermes s’Baelers (700R),
s’Schultze (600R), et s’Mortze (500R) font pâle figure.
Cette valeur devait sans nul doute être liée aux «
dépendances, droits et propriétés situés en haut dans le
village de Hohatzenheim ». On sait que Valdes possédait
plusieurs vergers dans le village mais aucune autre
propriété bâtie ne nous est connue. Hans
CLAUS décède donc le 25 juin 1720 à Hohatzenheim. Dans
son inventaire après décès daté du 10 juillet 1720, il
est cité comme Burger et Echevin (Gerichtschoeffen)
décédé il y 14 jours. On note également que Eva KAPP son
épouse est assistée de Andreas KAPP de Mittelhausen, «
ihrem Vetteren ». Eva KAPP rédige un testament
(Vermächtnub) le 9 juin 1728. Le 17 mai 1729 à
Hohatzenheim est dressé son inventaire après décès
(n°18) où elle est dite décédée il y à 11 semaines. 3e Génération : Clauβ SCHNEIDER (ca1682-1739) Fils
de Martin SCHNEIDER et de Magaretha KIEFFER, Clauβ SCHNEIDER est né vers 1682 à
Truchtersheim. Il
épousa en mai 1706 Catharina CLAUS, héritière de la
ferme, fille de Hans CLAUS et Eva KAPP. Enfants : -
Anna SCHNEIDER, née Hohatzenheim, épousa Hannβ GRASSER, fils de Michael GRASSER et de
Maria WECKEL le 20 février 1730 à Rumersheim. -
Eva SCHNEIDER, née Hohatzenheim. Elle épousa en première
noce vers février 1736 Claus ROSS de Griesheim, fils de
Hanβ ROSS et en seconde noce (avant 1748)
Claus MITTELHAUSSER bg zu Gingsheim. -
Claus SCHNEIDER, né vers 1719 à Hohatzenheim. Il est
célibataire en 1739. Il décède avant 1748. -
Veltin (Valentin) SCHNEIDER, né vers 1723 à
Hohatzenheim, en 1739 il a pour tuteur Hans Jacob GRAD
qui exerce la profession de cordonnier. Héritage Hans
Claus avait deux fils qui ont atteint l’âge adulte :
Claus et Hans. L’ainé Claus, s’est établi à Osthoffen
probablement à la suite d’un mariage avantageux. La
ferme familiale devait donc être destinée au second.
Mais en 1705, celui-ci fait un mariage protestant avec
la veuve de la ferme s’Schmetts, une belle ferme rue
Laugel où il irait s’établir (il est possible que
l’héritage lui ait été refusé par son père du fait de
santé fragile puisqu’il mourut peu de temps après en
1714). Valdes cherchait donc un nouvel héritier. C’est
probablement avec une promesse d’héritage, que Catharina
put épouser Clauß Schneider, fils de geritchtschöffe et
issu par sa mère d’une lignée très ancienne de bourgeois
paysans, les fameux Herrebüre, qui à Pfettisheim et
Truchtersheim remontent au moins jusqu’au XVe siècle,
car le statut de Schneider dénote singulièrement avec
les autres maris des filles Claus de condition bien plus
modeste. Prise de pouvoir catholique Dès
l’intégration de l’Alsace à la France en 1648, le roi de
France essaya de favoriser la religion catholique dans
la province notamment en promouvant des hauts
fonctionnaires catholiques. Mais à l’époque le besoin
important d’immigrés pour repeupler les villages en
ruine le força à être peu regardant sur la religion des
arrivants. Par contre après la guerre de Hollande
(1672-1679) qui vit à nouveau les destructions et les
armées parcourir l’Alsace en tout sens, il semble que la
pression royale fut plus prononcée. Ainsi l’une
prérogatives royales était que dans chaque village le
prévôt (Schultsheiss) devait être catholique. Les
villages protestants réagirent alors en changeant leur
Shultheiß en Stabhalter (celui qui tient le bâton,
c'est-à-dire l’autorité) et en nommant un Schultheiß
fantoche parmi les catholiques. A Hohatzenheim, le
Schultheiß de l’époque, Hans-Georg Schmitt est qualifié
pour la première fois de Stabhalter en 1680. Schmitt
décède en 1684 et en 1687 une majorité de villageois se
convertit au catholicisme en séance publique,
probablement sous la pression royale. Or les actes
notariés rédigés après cette date montrent que malgré la
conversion des villageois, le pouvoir est resté aux
mains des protestants et plus précisément aux mains du
Stabhalter de Reitwiller, signe que les villageois ne
purent se mettre d’accord sur la nomination d’un notable
du village. Ainsi en 1698 et 1705, les actes sont signés
par Hans Michel Stabhalter zu Reitwiller (également
appelé occasionnellement Schultheiß). Le comté
protestant de Hanau-Lichtenberg était donc en mesure de
résister aux pressions catholiques. Parmi les échevins
il y avait alors Léonard Schmitt, protestant fils de
l’ancien maire, Hans Claus et Hans Niclaus Haber des
catholiques. A partir de 1713, les documents sont signés
par Diebold Urban « des Stabhalter zu Reitwiller und
Hohenatzenheim ». Schmitt est toujours échevin ainsi que
deux catholiques Hans Bläs et Peter Freund. Il y a donc
un partage parfait entre catholiques et protestants mais
l’autorité suprême reste aux mains des protestants. En
1720 Hans Bläs est mentionné en tant que Burgermeister
mais c’est toujours clairement Diebold Urban qui détient
l’autorité suprême. Cette situation va durer jusqu’en
1727, soit 40 ans après la conversion de la majorité des
villageois. Après cette date Claus Schneider apparait
dans les actes comme Schultheiß et c’est lui qui signe
les actes. Il n’y a plus de Stabhalter au village. Les
catholiques ont pris définitivement le pouvoir et ne le
lâcheront plus jusqu’à la révolution. Dans l’acte de
décès il est mentionné que Claus Schneider était en fait
« Schultheiss des Stabs Reitwiller ». Il devait donc
aussi remplir la fonction purement honorifique de
Schultheiß à côté du Stabhalter de Reitwiller mais à
Hohatzenheim plus aucun stabhalter n’est mentionné après
1727. Claus
SCHNEIDER décède vers mars 1739 à Hohatzenheim. Le 1er
juillet 1739 est établi l’inventaire après décès (n°28)
il est dit décédé il y a environ 15 semaines, "gewester
Schultheiß des Stabs Reithweyler und bürgerlicher
inwohner dahier zu Hohazenheim". Lors de l’inventaire
son épouse Catharina CLAUß est assistée de « Hanß KLEIN
bg zu Mittelschaeffolsheim, ihres Schwagers »
(beau-frère). Dans
l’inventaire on trouve également copie du contrat de
mariage du 22.04.1706 à Hohatzenheim de Clauß SCHNEIDER
fils de Martin SCHNEIDER, bg und Gerichtschöff zu
Truchtersheim et de Margaretha KIEFFER avec Catharina
CLAUß fille de Hanß CLAUß, bg und Gerichtschöff et de
Eva KAPP Page
20 et 21 on retrouve une description du corps de ferme
toujours estimée à 1100R: «
Item eine behaubung Hoff, Scheuer, Stallung, Trott und
Trotthauß, wie auch Koch gärthel, mit übriger zu gehör
rechten und gerechtigkeiten, oben im Dorf zu
Hohatzenheim, einseit neben Peter FREUNDT und anderseit
neben dem Allmend vornen auff das Hezelgäbel und hinten
auff der Fuchsgab, ist vermög der hiervor inserirt
Eheberedung angschlagen vor und um Eylft hundert Gulden
2/3 tel 733R 3ß 4δ. Son
épouse Catharina CLAUS décède presque 10 ans plus tard
vers avril 1748. Le 21 octobre 1748 est dressé son
inventaire après décès (n°37), elle est dite décédée
depuis une demie année. Page 9 et 10 de l’inventaire on
retrouve la description de la ferme mais surprise
celle-ci ne vaut plus que 450R: «
Item eine behaubung, hoff, Scheuer, Stallung, Trott und
Trotthaus, wie auch Koch gärtel mit übriger zugehör
Rechten und gerechtigkeiten, oben im Dorf zu
Hohatzenheim, einseit neben Peter FREUNDen, modo Georg
FREUND der Schultheiß, vornen auff das Hetzel gäßel und
hinten auf die Fuchsgas. Angeschlagen
pro
Vier hundert funffzig Gulden ad 2/3 300R »
4e Génération : Veltin (Valentin) SCHNEIDER
(ca1723-ap1787) Valentin
Schneider est né vers 1723 à Hohatzenheim. Il épousa
Catharina ROOS vers juillet 1740 à Hohatzenheim. C’est
son prénom qui donna son nom à la ferme. Enfants : 1)
Franscica SCHNEIDER, née Hohatzenheim. Elle épousa
Nicolaus GILLI - ILLY – JELY journalier de Gingsheim
fils de Nicolaus GILLI et de Odilia LOTZ le 3 janvier
1780 à Hohatzenheim 2)
Catharina SCHNEIDER, née à Hohatzenheim. Célibataire en
1787. 3)
Johannes SCHNEIDER, né à Hohatzenheim. Bg
und
Webermeister in Strasburg en 1787. 4)
Nicolas SCHNEIDER, né le 12 juillet 1744 à Hohatzenheim.
Baptisé le lendemain au même lieu. Il épousa Maria
WOLFF, fille de Johannes WOLFF et de Catharina STRAUB le
29 août 1774 à Gougenheim. Il était journalier. 5)
Laurent SCHNEIDER, né le 24 septembre 1755 à
Hohatzenheim. (mort en 1787 ?) 6)
Marie Madeleine SCHNEIDER, née en 1760 à Hohatzenheim.
Elle épousa Nicolas HOENEN de Baumgarten (Donnenheim). La succession A
la mort de son père, Veltin avait environ 17 ans. Il se
trouva alors brutalement propulsé à la tête de
l’exploitation familiale probablement du fait de la
santé fragile de son frère aîné Claus. D’ailleurs ce
dernier mourra peu après. Veltin était donc dans la
situation de son grand-père Hans Claus, lui aussi
héritier à 18 ans. Les décès précoces furent d’ailleurs
l’une des malédictions qui affligeront cette dynastie
paysanne tout au long de son histoire. Malheureusement
comme nous le verrons le bilan de Veltin fut moins
brillant que celui de son grand-père. Situation économique Lorsqu’il
hérite de la ferme en 1739, Valentin se trouve dans une
situation difficile. Chef de famille à moins de 17 ans,
il ne peut guère compter que sur lui-même pour gérer
l’exploitation. Ses deux sœurs mariées ont quitté le
village. Il ne reste donc à la ferme que son frère aîné
dont il est fort à parier que sa santé était fragile, et
sa mère. Valentin se marie donc rapidement, dès l’année
suivante avec une fille de Gingsheim (contrat de mariage
du 17.07.1740). En plus de son inexpérience, Valentin
doit affronter d’emblée une situation économique
difficile. Après une première crise passagère en 1735/36
due à une épidémie de fièvre miliaire, se déclare en
1740/42 une seconde crise, due aux épidémies d’un hiver
désastreux accentuée par la guerre (celle de succession
d’Autriche). Cette situation crée une inflation latente
qui ne semble pas vouloir se résorber et durera jusqu’en
1750. En plus de ces maux, en 1744 l’Alsace est envahie
pour la première fois depuis la guerre de Hollande. Les
pandours, mercenaires à la solde de l’armée impériale,
passent à Hohatzenheim où ils occasionnent quelques
dégâts. Si l’invasion sera brève, la guerre et ses maux
durera jusqu’en 1748. Durant cette décennie morose, le
frère et la mère de Valentin décèdent. Valentin et sa
femme continuent donc à gérer seuls l’exploitation
familiale. La ferme au milieu du XVIIIe siècle La
crise des années 1740, accentuée probablement par
l’inexpérience du jeune Valentin semble avoir porté un
coup dur à l’exploitation puisqu’entre 1739 et 1748, la
valeur de la ferme passe de 1100 à 450 florins soit 60%
de perte. Ces données sont néanmoins à prendre avec
prudence car rien ne dit que l’estimation de 1100R était
correcte. D’autre part s’il y a eu effectivement perte
de valeur celle-ci eut sans doute lieu sur une période
plus longue car la valeur de 1100R semble avoir
longtemps été reportée d’inventaire en inventaire sans
nouvelle estimation indépendante. Pourtant en dépit de
ces réserves, certains signes pointent malgré tout vers
une détérioration de l’exploitation familiale durant la
gestion de Valentin et il est fort à parier qu’aucun
nouveau bâtiment ne fut construit à cette époque.
L’inventaire de 1748 indique qu’en plus de la ferme, et
quelques ustensiles variés (draps, couvertures et
vaisselle), Catherine Claus léguait aussi à ses
héritiers 12 parcelles de terres. Celles-ci sont
exprimées en acres (acker) et ses subdivisions (vierzel,
drittel and zweitel). Au total, les terres représentent
7 acres soit en prenant la valeur la plus courante de 20
ares par acre, 1.4ha. L’ensemble des terres est valorisé
à 158R 5ß, soit environ 22R/acre. Malheureusement pour
Valentin ces terres sont divisées en trois parts et
Valentin ne récupère au total que 2.25 acres dont un
jardin en face de sa ferme. Il est possible qu’il avait
déjà hérité de quelques terres en 1740 à la mort de son
père mais malgré tout la perte de revenu est
substantielle. En 1787, L’inventaire après décès de
Catherine Roos donne une description de la ferme mais
sans valeur : «
Haus, Hof, Scheuer, Stall, Trott und Trotthaus, Garten,
einseit neben dem Allmend, anderseit neben Georg FREUND,
hinten auf die Fuchsgas, vornen auf Haßlergäßel» On
y apprend donc rien de nouveau si ce n’est que le
pressoir était toujours là attestant de la continuation
de la culture de la vigne. Un plan d’assemblage du ban
de Hohatzenheim datant de 1760 montre que la vigne
occupait alors 49 arpens soit 14% des terres cultivées à
Hohatzenheim. Ces vignes ont disparues pour la plupart
et il ne reste aujourd’hui que quelques parcelles
témoignant de cette activité passée.
Evolution de la position sociale de la
famille Il
semble que Valentin Schneider n’ait jamais réussi à
faire prospérer l’exploitation à la mesure de ce
qu’avaient fait ses ancêtres. Dès 1740, la famille perd
la prévôté au profit de la ferme voisine, concurrents
catholiques de longue date de la famille Claus, où
habite dorénavant la famille Freund. (Pierre Freund
était échevin du temps de la prévôté de Claus Schneider,
son beau-père Jean-Georges Schmidt était prévôt avant
Claus, et son fils Jean Georges Freund hérite de cette
charge à la mort de Claus). Cette famille conservera
cette charge pendant plus de 25ans méritant pour la
première fois son surnom de s’Schultze. Mais
l’ascendance des Freund n’explique pas tout. D’abord,
Valentin n’exerça aucune fonction communale. Une
première dans cette famille où chaque génération était
soit markschöffe, gerichtschöffe ou Schultheiß. Ensuite
ses enfants se firent des situations médiocres : Niclaus
devint journalier à Gougenheim, Hans tisserand à
Neubourg (Strasbourg) et Laurent n’est plus cité dans
l’acte de 1787. Aucun donc ne devint propriétaire
terrien. De ses trois filles, Francisca se marie à un
journalier de Ginsheim, Catharina est restée célibataire
et seule Marie-Madeleine, la cadette, améliore quelques
peu le tableau en se mariant avec Nicolas Hoenen, fils
du régisseur de la vieille ferme dimère de Baumgarten à
côté de Wingersheim; mais à cette époque cette ferme est
très délabrée (elle disparut du temps de la révolution)
et de toute façon Nicolas non plus n’est pas
propriétaire puisque la ferme de Baumgarten échoit à son
frère Laurent Hoenen. Au final bien qu’ayant donné son
nom à la ferme après 50 ans de gestion, Veltin lègue à
la génération suivante une exploitation et une situation
très dégradée par rapport à la génération précédente et
Valdes n’est alors plus qu’une famille de paysans comme
les autres. Catharina
ROOS décède le 28 janvier 1783 à Hohatzenheim. Son
inventaire après décès (n°79) est établi le 19 septembre
1787. Elle y est dite décédée il y environ 4 ans et son
mari Valentin SCHNEIDER, bg und Ackermann zu
Hohatzenheim est encore vivant. Dans l’inventaire sont
cités les documents suivants : -
Contrat de mariage du 19.08.1740 de Valentin SCHNEIDER
avec Catharina ROOS -
Contrat de mariage du 19.12.1782 déposé le 25 juin 1783 Dans
cet inventaire, Valentin (64 ans) semble avoir déjà
passé les rênes à son gendre Nicolas Hoenen présenté
comme Hofbeständer. Il est curieux que de ses trois
fils, Valentin n’en ait choisi aucun pour lui succéder.
Peut-être Laurent était-il censé reprendre la charge
avant un décès prématuré. En tout état de cause il
semble que le choix final ait été influencé comme pour
son grand-père Hans Claus par les capacités et le
dynamisme des candidats potentiels. C’est dont le fils
du régisseur (meyer) de l’ancienne ferme abbatiale de
Baumgarten qui hérita de la ferme maintenant appelée
s’Valdes. 5e Génération : Nicolas HOENEN le vieux
(ca1757-1833) Né
vers 1757 à Baumgarten (Donnenheim) fils de Georg HOENEN
et de Catharina BAUMGARTNER. Le 7 février 1783 à
Hohatzenheim il épouse Marie Madeleine SCHNEIDER née
vers 1760 à Hohatzenheim, elle décède le 12 novembre
1818 à Hohatzenheim. Laboureur, Nicolas HOENEN hérite de
la ferme de son beau-père (Hofbeständer). Il décède le
24 mars 1833 à Hohatzenheim. Enfants : 1)
Catharina HOENEN, née le 3 novembre 1783 à Hohatzenheim.
Elle est décédée le 1er janvier 1784 à Hohatzenheim. 2)
Maria Magdalena HOENEN, née le 19 avril 1786 à
Hohatzenheim. 3)
Marguerite HOENEN, née le 10 janvier 1788 à
Hohatzenheim. Elle épousa Joseph PAULUS menuisier, né le
19 mars 1780 à Bilwisheim fils de Peter PAULUS et de
Marie STOECKEL le 20 mai 1813 à Bilwisheim. Elle est
décédée après 1748 et lui il décède le 27 juillet 1839 à
Bilwisheim. 4)
Nicolas HOEHNEN, né le 21 février 1790 à Hohatzenheim. 5)
Pierre HOENEN, sellier et journalier, né le 16 avril
1792 à Hohatzenheim. A son retour du service
militaire, il épousa en première noce le 29
octobre 1816 à Hohatzenheim Anna Maria DEBES née entre
1786 et 1792 à Gingsheim et fille de Jacques DEBES et de
Anne Marie ALLGEYER. Anna Maria DEBES était veuve de
Melchior MUSTER. En seconde noce Pierre HOENEN épousa le
13 juin 1819 à Hohatzenheim Salomé RUNTZ née le 5
germinal de l’an 03 à Rumersheim, fille de Johannes
RUNTZ et de Salomé ESCHENLAUER. Pierre Hoenen va
s’installer dans la ferme s’Ruxers. 6)
Laurent HOENEN, né le 12 janvier 1800 à Hohatzenheim. Il
épousa le 8 novembre 1828 à Hohatzenheim Marie Catherine
TOBIAS née le 6 germinal an 7 à Wingersheim fille de
Joseph TOBIAS et de Anne Marie DENNIGER. Garçon
laboureur en 1828 on le retrouve par la suite exerçant
la profession de laboureur. Il est décédé après 1860 à
Wingersheim. Origine de la famille Hoenen La
famille Hoenen gérait la ferme abbatiale de Baumgarten
au moins depuis la guerre de trente ans c’est à dire
trois générations remontant au milieu du XVIIe siècle.
Cette ferme située près de Donnenheim était propriété de
l’Abbaye de Neubourg et tirait sans doute son origine de
la commanderie des templiers qui existait là au XIIIe
siècle. Cette ferme comportait notamment une grange
dimère et une chapelle. Le régisseur, (« Meyer » ou
Villicus en latin) veillait à la prospérité du domaine
et en était aussi le maire-dimier. Laurent, le frère de
Nicolas et aîné de la famille, hérita de la ferme de
leur père Georges qui mourut en 1764. Toutefois, au
XVIIIe siècle la prospérité de ce domaine déclina. A
l’époque du mariage de Nicolas en 1783, cette ferme est
probablement déjà délabrée car le site de Baumgarten
semble abandonné avant la fin du siècle. Les villageois
de Donnenheim utilisaient la chapelle du domaine pour le
culte et lorsqu’une église fut construite à Donnenheim
en 1801, certains éléments de la chapelle y furent
transférés. Aujourd’hui il ne reste rien du domaine de
Baumgarten. En 1783, L’héritage paternel devait donc
présenter un intérêt limité pour Nicolas qui en venant à
Hohatzenheim héritait de l’une des fermes principales du
village. Position sociale Nicolas
Hoenen comme Valentin son prédécesseur, n’exerça pas de
fonction communale. Toutefois il semble avoir acquis une
certaine réputation au sein du village car il fut assez
souvent choisi comme témoin aux évènements de la
paroisse, et cela jusqu’à un âge avancé. Ainsi lors
d’une naissance qui eut lieu en 1817, un des témoins
était « Nicolas Hoenen âgé de 61 ans ». Au sein de la
famille aussi, Nicolas semble avoir joué un rôle
central. Ainsi par exemple il est préféré à son frère
aîné comme témoin du mariage de leur frère Georges en
1784. Cet acte témoigne d’ailleurs du déménagement de
Nicolas à Hohatzenheim juste après son mariage. Nicolas
est aussi choisi par sa nièce Catherine Schneider comme
témoin à son mariage à Gougenheim, au détriment des
autres fils de Valentin. La terreur révolutionnaire En
1791, la royauté est renversée et l’Alsace accueille
d’abord plutôt bien le nouveau régime républicain.
Pourtant à partir de 1793, le régime aux abois menacé de
l’intérieur (vendée et royalistes) et de l’extérieur
(toutes les monarchies européennes), rétorque par une
répression implacable. Rapidement la terreur s’installe
dans les villes et villages de France. A Hohatzenheim,
le maire Nicolas Blaise est dénoncé comme royaliste. Il
est rapidement emprisonné et décapité par les services
d’Euloge Schneider, le fonctionnaire zélé de la
république qui terminera lui-même sur l’échafaud.
L’église de Hohatzenheim est fermée et son curé, le Père
Ohlman est pourchassé. Il se cachera à Wingersheim où la
légende rapporte qu’il échappa à la police en se
déguisant en servante. Quand à Nicolas Hoenen, il
émigrera avec son frère Georges qui habitait toujours à
Donnenheim. Lorsqu’en 1794 Georges mourut à Renchen,
dans le pays de Bade, Nicolas Hoenen décida de rentrer
chez lui. Il sera alors arrêté et jugé par les
autorités. Grâce à des villageois qui fourniront des
témoignages en sa faveur il sera finalement libéré (cf article séparé sur
cette affaire). La ferme En
l’an VI (1798) est établi un premier état de section.
Dans la section B der Brandgarthen au n° 87 on lit :
"HOHNEN Niclauß Hauß und Platz ein Pfemmert, Hoff und
Gebauplatz ein Viertzel". On
trouve également aux archives un état de section établi
entre 1815 et 1822. Dans la section B Dorf und Wingarten
on lit au n° 21 : Nicolas HOENNEN Hauß Hoffplatz und
Garten, ein Acker, Eigen. Dans
cette nouvelle description de la ferme, on perd
l’information sur l’orientation. L’entrée était-elle
toujours sur la rue du maire ou déjà sur la rue du
village ? Je pense que la transformation de la cour de
ferme débuta au début du XIXe siècle avec peut-être la
reconstruction d’un bâtiment annexe et le décalage de la
cour vers l’arrière. La maison actuelle a probablement
été construite par Nicolas Hoenen le vieux et son fils
dans le premier quart du XIXe siècle.
6e Génération : Nicolas HOENEN le jeune
(1790-1865) Fils
de Nicolas HOENEN et de Marie Madeleine SCHNEIDER,
Nicolas HOEHNEN est né le 21 février 1790 à
Hohatzenheim. Il épousa Geneviève ADAM le 28 janvier
1812 à Hohatzenheim. Il était cultivateur. Geneviève
ADAM est née le 19 novembre 1786 à Bossendorf, fille de
Antoine ADAM et de Anne Marie ZOELLER. Elle décède le 9
avril 1838 à Hohatzenheim. Enfants : -
Jean HOENEN cultivateur, né le 23 décembre 1812 à
Hohatzenheim. Il épousa le 20 mai 1841 à Wittersheim
Catherine STEINMETZ -
Anne Marie HOENEN, née le 16 juin 1815 à Hohatzenheim.
Elle épousa Antoine MOSTER, fils de Nicolas MOSTER et de
Marie OSWALD le 30 avril 1839 à Mittelschaeffolsheim. -
Catherine HOENEN, née le 19 novembre 1817 à
Hohatzenheim. Elle épousa Bernard HOENEN, fils de André
HOENEN et de Marie Catherine THAL le 2 juin 1840 à
Hohatzenheim. Elle était "laboureuse". -
Geneviève HOEHNEN, née le 17 juin 1822 à Hohatzenheim.
Elle épousa Peter PAULUS né le 19 novembre 1819 à
Bilwisheim, fils de Joseph PAULUS et de Marguerite
HOENEN le 6 mars 1848 à Bilwisheim. De leur union
naquirent 3 enfants. Service militaire : Conscrit
de la classe 1810 Nicolas fut appelé au conseil de
révision militaire en 1809. Il demanda à être réformé
pour « goitre » mais fut déclaré apte lors de la visite
médicale. Heureusement pour lui, lors de l’épreuve du
tirage au sort, il tira le numéro 142 sur 148 ; un très
bon numéro qui lui évita d’être appelé. Son jeune frère
Pierre n’eut pas la même chance. Il fut incorporé
en 1811 dans un régiment du train et participa à la
campagne de 1813. Dans une lettre écrite en 1850 il
raconte : « Par suite des batailles j’ai reçu une
mauvaise rupture; à cause d’elle on m’a transporté à
l’hôpital de Metz où mon propre frère [Nicolas] m’a
conduit à la maison sur une charrette et sur laquelle
j’ai perdu tous mes papiers (arrivé à la maison au mois
de décembre 1814). » Position sociale Nicolas
se marie relativement jeune (22ans) probablement pour
éviter l’enrôlement dans l’armée qui vers 1812-1813
devient de plus en plus systématique, au fur et à
mesures des défaites napoléoniennes. Comme son père
Nicolas le vieux, Nicolas le jeune n’exerça aucune
fonction communale. Pourtant comme son père, en tant
qu’exploitant d’une des fermes les plus importantes du
village, il bénéfice d’une réputation certaine dans la
communauté. Ainsi en 1813, âgé de 23 ans, il apparaît
déjà comme témoin d’actes de naissances. Peu à peu il
remplace son père comme témoin dans le village et dans
les années 1820 il témoigne de presque tous les actes en
compagnie soit de Nicolas Blaise, le fils du maire
assassiné, soit de Georges Freund (le maire du village).
Pourtant on est surpris que les recensements de 1836 et
1841 ne font état d’aucun domestique vivant à la ferme
pour aider aux travaux surtout pendant les années 1830
où le fils Jean était au service militaire. Nicolas
avait sa femme et trois filles pour l’aider. Peut-être
utilisait-il aussi des journaliers du village. Le clan familial Une
des tendances marquantes de la famille Hoenen au courant
des année 1830-40, tient à aux liens forts que Nicolas
le jeune entretient avec ses cousins de Donnenheim et
Bilwisheim. Ainsi sur ses quatre enfants, deux se
marieront avec des cousins Hoenen. Sa fille Geneviève
épousera Peter Paulus, son cousin et le fils de sa tante
Marguerite Hoenen de Bilwisheim. Quant à Catherine, elle
se mariera avec Bernard Hoenen, laboureur à Donnenheim
et petit fils de Joseph, le troisième frère de Nicolas
Hoenen le vieux. Au moment de leur mariage en 1840, la
ferme schleiers, en face de la ferme Valdes est
probablement à vendre et Bernhard Hoenen s’y installe
avec sa femme. Il est possible que Nicolas le jeune,
aida son arrière petit neuveu et nouveau gendre à
s’installer en face de chez lui. Catharina apporta
peu-être même quelques terres en dot. Cet établissement
crée le premier lien familial entre les fermes
s’Schleiers et s’Valdes, et étend considérablement
l’influence de la famille dans le village. La ferme Le
plan détaillé des sections du cadastre de 1828 a disparu
mais grâce au plan d’assemblage de 1826, nous avons pour
la première fois confirmation du tracé de la cour de
ferme qui est très proche du tracé du début du XXe
siècle. La maison semble être au même endroit que la
maison actuelle. L’architecture de celle-ci (style du
balcon, bas de plafond, vieil escalier) semble confirmer
qu’elle date bien du début du XIXe siècle. Le plan
d’assemblage représenterait donc la maison actuelle en
retrait par rapport à la rue du Maire avec probablement
une entrée sur la rue du village. En prolongement de la
maison à l’ouest, se trouve sans doute le petit entrepôt
actuel. Perpendiculairement à cet entrepôt il y aurait
alors la vieille grange détruite au début du XXe siècle
et en face de la maison l’étable historique. Le plan
d’assemblage montre aussi clairement que la ferme est
encadrée de deux parcelles non construites : a l’ouest
une petite parcelle qui donne sur la rue du Renard et à
l’est une parcelle plus grande qui donne sur la rue du
Maire. La matrice cadastrale donne plus de détail : Au
folio n°115 nous notons HOENNEN Nicolas, le jeune comme
propriétaire au lieu dit "Village", section C, des
parcelles suivantes : -
parcelle n°40, un verger, surface 10,60 ares provenant
de la parcelle N° 21 -
parcelle n°41, sol de maison et maison sur une surface
de 5,40 ares. La maison de classe 3 comportant 2 portes
cochères et 16 ouvertures. -
et la parcelle n°42, un jardin de 3,25 ares. La
parcelle 42 serait donc le jardin historique
traditionnellement situé à côté ou derrière les fermes.
Le verger qui provient de la parcelle 21 et qui donne
sur la rue du maire devait être à mon avis l’emplacement
de l’ancienne maison détruite et finalement remplacée
par un verger qui serait finalement transformé en jardin
potager encore présent au début du XXe siècle. Je pense
donc que Nicolas Hoenen a construit la maison actuelle
(peut-être vers 1820-25) et a détruit les vieilles
structures probablement en ruine qui donnaient sur la
rue du Maire (porche, maison et peut-être une grange).
7e Génération : Jean HOENEN (1812-1890) Fils
de Nicolas HOEHNEN et de Geneviève ADAM. Jean HOENEN est
né le 23 décembre 1812 à Hohatzenheim. Le 20 mai 1841 il
épousa à Wittersheim Catherine STEINMETZ née le 1er
brumaire de l’an 14 à Wittersheim fille de Sébastien
STEINMETZ et de Odile BOSS. Il était cultivateur et elle
cultivatrice. Il décède en 1890 et elle en 1885. Enfants : -
Nicolas HOENEN, né le 11 mars 1842 à Hohatzenheim. -
François Antoine HOENEN, né le 17 décembre 1843 à
Hohatzenheim. Il épousa Magdalena WINLING, fille de
Anton WINLING et de Apollonia WEBER le 31 mai 1877 à
Hohatzenheim, 67. Il était cultivateur. -
Hieronymus HOENEN cultivateur, né le 30 mars 1846 à
Hohatzenheim. Il épousa le 8 octobre 1890 à Hohatzenheim
Maria Catharina HUBER. Il est décédé en 1899 à
Hohatzenheim. De son union avec Maria Catharina HUBER
naquirent 3 enfants. Maria Catharina HUBER née le 16
mars 1869 à Wingersheim, fille de Joseph HUBER et de
Magdalena FRITSCH épousa en seconde noce en 1900 Louis
JOST, fils de Anton JOST et de Brigitte DAUL. Service militaire Conscrit
de la classe 1832, Jean Hoenen eut la malchance de tirer
un mauvais numéro comme son oncle Pierre et effectua
environ sept ans de service. Le recensement de 1836
indique qu’il est absent et servant au 3e carabinier
mais il n’y avait à l’époque que deux régiments de
carabiniers. Le jeune soldat est probablement de retour
à la ferme vers 1839. Il se marie deux ans plus tard. La ferme Jean
hérite de la ferme en 1844 puisque c’est à cette date
que le cadastre indique le changement de propriété : «
HOENEN Jean, Cultivateur » (folio 301). Il la conservera
jusqu’en 1876 data à laquelle il la passera à son fils : «
HOENEN Nikolaus, Ackerer » (folio 372). Jean Hoenen
construisit peut-être l’un des bâtiments annexe de la
ferme (grange ou étable). Position sociale Il
semble que Jean Hoenen ait été moins actif que son père
au sein de la communauté. En effet il est rarement
choisi comme témoin, à peine quelques mentions vers
1860. Pourtant contrairement à son père il va employer
plusieurs domestiques qui vivent alors à la ferme. Les
recensements mentionnent les domestiques suivants : 1851:
André Freyhuber domestique attaché à l’exploitation, 15
ans et Thérèse Denu domestique 19 ans. 1856:
un domestique: Catherine Spitzer, 20 ans 1861:
un domestique: Marie-Anne Seger 22 ans 1866:
1 domestique: Thérèse Spitzer, 27 ans Il
va aussi réussir à établir ses trois fils dans le
village comme cultivateur. Ainsi en 1876, a l’âge de 64
ans, il prend sa retraite et passe l’exploitation à son
fils aîné Nicolas. Un an plus tard, François Antoine se
marie et s’établit lui aussi comme cultivateur à
Hohatzenheim. Enfin vers 1890, Jérôme, son troisième
fils reprendra l’exploitation de son oncle Bernard
Hoenen, qui était resté sans enfant. Cette passation
représente la seconde alliance familiale entre les
fermes Valdes et Schleiers. 8e Génération : Nicolas HOENEN troisième du
nom (1842-1906) Né
le 11 mars 1842 à Hohatzenheim. Il épousa le 7 octobre
1873 à Hohatzenheim Rosalie LANG née le 21 novembre 1850
à Schnersheim fille de François Antoine LANG et de Maria
Anna SCHWARTZ. Il était cultivateur et décède le 10 mars
1906 à Hohatzenheim. Enfants : -
Catharina HOENEN, née le 28 juillet 1874 à Hohatzenheim. -
Marie Eugénie HOENEN, née le 26 août 1875 à Hohatzenheim -
Marie Rosalie HOENEN, née le 23 août 1876 à
Hohatzenheim. Décédée à Schnersheim le 27 avril 1955. -
Joséphine HOENEN, née le 1er avril 1878 à Hohatzenheim. -
Marie-Eugénie HOENEN, née le 8 janvier 1881 à
Hohatzenheim. -
Franz Anton HOENEN, né le 9 juin 1882 à Hohatzenheim -
Joseph HOENEN, né le 30 mars 1888 à Hohatzenheim.
Célibataire, il était cultivateur. Il est décédé le 18
janvier 1951 à Hohatzenheim au N° 11. Service militaire Conscrit
de la classe 1862, Nicolas eut la malchance d’être
désigné par le sort pour servir la patrie comme les deux
générations précédentes. Il fut affecté au 35e régiment
d’infanterie : « parti le 22 août 1863, arrivé au corps
le 23 août. » A cette époque le service militaire
n’était plus que de 5 ans mais il est possible qu’il fut
maintenu sous les drapeaux car il ne réapparait au
village qu’après la guerre 1870-71. L’Alsace devient allemande Il
est intéressant de noter qu’au début des années 1870,
alors que l’Alsace venait juste d’intégrer le Reich
allemand, Nicolas Hoenen, signe parfois en français («
Nicolas Hoenen » écriture standard) parfois en allemand
(« Niclaus Hoenen » écriture gothique). Celui-ci
maîtrisait donc assez bien les deux langues. La ferme du XIXe siècle Nicolas
III hérite de la ferme paternelle trois ans après son
mariage en 1876 comme l’atteste le cadastre : «
HOENEN Nikolaus, Ackerer »(folio 372). En
1901 nous avons un nouvel état de section : HOENEN
Nicolas, cultivateur (folio 372) comme propriétaire dans
la section C des parcelles suivantes : -
parcelle n°40, Garten, 10,60 ares -
parcelle n°41bis, Haus n° 12, 5,40 ares. -
parcelle n°42, Hof, 3,25 ares. La
parcelle 40 s’est donc transformée en jardin et l’ancien
jardin à l’arrière fait maintenant partie de la ferme :
« Hof ». Mais une grange occupant tout cet espace ne
sera construit que plus tard. Dans la maison, la cuisine
est agrandie par une petite avancée, sorte de niche, qui
donne sur la rue du village. L’étable est agrandie vers
l’est (ce qui deviendra plus tard la cave a betteraves),
et un petit bâtiment lui est adjoint d’orientation
nord-sud (peut-être pour servir de porcherie ou de
remise). 9e Génération : Lorenz Michael GOETZ
(1873-1937) Fils
de Johann GOETZ et de Thérèse SCHMITT, Lorenz Michael
GOETZ est né le 8 septembre 1873 à Kleinfrankenheim. Il
était cultivateur. Il décède en 1937. Il
épousa le 10 novembre 1903 à Hohatzenheim Catharina
HOENEN née le 28 juillet 1874 à Hohatzenheim, fille de
Nicolas HOENEN et de Rosalia LANG. Catharina HOENEN
décède le 26 mars 1948 à Hohatzenheim. Enfants : Thérèse
GOETZ née à Hohatzenheim elle épousa Joseph Jost. Ils
s’installent à Strasbourg où Joseph crée une entreprise.
De leur union naquirent deux garçons. Alphonse
Laurent GOETZ, né en 1906 à Hohatzenheim. Il épouse en
1934 Anna Fisher. De leur union naquirent 5 enfants. Florentine
Goetz née en 1907. En 1934, elle épousa Eugène Jost,
frère de Joseph Jost et héritier de la ferme voisine
s’Schleiers. De leur unions naquirent 5 garçons.
La ferme du début du siècle Laurent
Goetz apportera à la ferme un très beau vignoble de son
village natal de Kleinfrankenheim qu’il va continuer à
exploiter de Hohatzenheim. En
1905 au folio n°615 on trouve comme propriétaire
l’épouse de GOETZ Michael Lorenz. En
1911 nouveau cadastre : Catharina HOENEN (folio 81)
mariée avec GOETZ Lorenz Michael est propriétaire à la
section 1 de la parcelle n°21, (Anc. 40, 41, 42), Maison
N°12, avec une surface totale de 19,65 ares. La matrice
cadastrale de 1911 est enfin accompagnée par des plans
détaillés au 1/500ème exécutés en 1913.
Service militaire et première guerre
mondiale – Le destin de Joseph Hoenen Laurent
Goetz effectua probablement ses deux années de service
militaire dans l’armée allemande de 1893 à 1895, donc
avant son arrivée à Hohatzenheim. En 1914 il a 41 ans.
Bien qu’en temps de guerre l’armée allemande se réserve
la possibilité d’incorporer tous les hommes de 17 à 45
ans, Laurent Goetz ne sera pas appelé. Son beau-frère
par contre aura un destin militaire tout différent. Né
en 1888, Joseph Hoenen, frère cadet de Catherine Hoenen
est un homme relativement grand et fort et du fait de sa
stature il est choisi pour servir dans la garde
impériale du Kaiser à Berlin. Incorporé le 15 octobre
1909, il servira pendant trois ans au lieu de deux pour
le service normal. A peine rentré, la guerre éclate et
il est rappelé sous les drapeaux le 7 août 1914. Il est
affecté à un régiment d’élite, le 1er
régiment de la garde et servira même dans la 1ère
compagnie (« Leibkompanie »), la plus
expérimentée. Ce régiment fait partie de la première
division de la garde qui se battra sur les fronts les
plus chauds. En
1914, la division servira en Belgique, sur la Marne et
dans les Flandres. En 1915, elle est en Champagne puis à
partir d’avril elle est envoyée en Russie où elle
participera à la grande offensive vers l’est. La 1ère
division commence l’offensive à Tarnov (à l’est de
Cracovie) et pousse vers le nord-est, direction de la
Pologne. Elle atteint Brest-Litovsk, puis se dirige vers
Kobryn puis
arrivera jusqu’à Pinsk où le front se stabilisera.
Joseph est blessé en juillet durant les combats autour
de Krasnoslav : « In das Reserve Lazarett
Beuthen-Schlesien - Weichteilschuss am rechten oberarm.»
A l’automne, la division retourne en France, en Artois
puis en 1916 sur la Somme. En 1917, la division se
battra sur le Chemin des dames où Joseph est blessé une
nouvelle fois : « Als Grenadier der Minen
Werfer Komp, 1. Garde Regiment zu Fuß in das Reserve
Feldlazarett Notre Dame de Liesse. Granatsplitter
Verletzung
rechte Oberschenkel, linke Brustwand. » Les services secrets français écrivent en 1917
à propos de cette division : « Cette division
peut être considérée comme l’une des toutes meilleures
divisions allemandes. Excellente conduite sous le feu.
Elle montra sur l’Aisne et la Somme énergie et
détermination bien que sur la défensive. Parmi ses
lourdes pertes, il y avait très peu de
prisonniers. » La division se battra également
énormément en 1918 : Somme, Aisne, Marne, Argonne
et Champagne. Les services secrets américains écrivirent
en 1918 : « Durant toute la guerre cette
division fut notée comme l’une des meilleures divisions
allemandes de choc. Durant la dernière année elle se
battit beaucoup et jusqu’aux derniers épisodes de la
guerre de très belle manière. Elle souffrit de lourdes
pertes, et finalement du fait d’un déficit d’effectif,
il fut impossible de combler les rangs dégarnis. A la
fin, son moral se détériora et elle ne combattit plus de
manière satisfaisante. » En
1918, la guerre prend fin avec la défaite allemande et
l’Alsace redevient française. La petite Florentine Goetz
alors âgée de 11 ans se rappelle l’arrivée des troupes
françaises à Hohatzenheim. Un soldat lui offre un
morceau de chocolat, friandise qu’elle voyait pour la
première fois. A
son retour de la guerre Joseph restera célibataire. Il a
sa chambre au premier étage de la maison familiale et
travaillera comme surveillant à l’asile psychiatrique de
Hoerdt. Un jour, trois pensionnaires s’évadent et il
décide alors de quitter son poste. Comme il a gagné une
forte somme à la loterie, il décide de se retirer chez
lui et de vivre de ses économies. Malheureusement la
crise de 1929 survient et du fait de l’inflation qui en
découle, ses économies fondent comme neige au soleil. Le
héro de guerre devient alors financièrement dépendant de
sa sœur et de son beau-frère. Dans le village le «
Valdes Onkel » est l’homme aux deux chapeaux : un
chapeau de paille qu’il portait en été et un feutre
qu’il ne mettait que l’hiver. L’entre deux guerre Durant
la période de l’entre-deux guerres la ferme connaît
quelques modifications dues à l’accroissement de son
activité. Ainsi en 1927 l’ancienne grange qui abritait
probablement le pressoir, est arrachée et un nouveau
bâtiment est construit à la place du jardin qui ira
jusqu’à la rue du renard. La nouvelle grange, plus
vaste, contient au sud une remise pour le matériel
agricole et au nord le pressoir placé au-dessus d’une
cave à vin. C’est dans cette grange qu’aura lieu en 1934
la réception d’un double mariage : Alphonse Goetz épouse
Anna Fischer et Florentine Goetz épouse Eugène Jost. Le
mariage Goetz-Jost confirme presqu’un siècle après
l’établissement de Bernard Hoenen à la ferme Schleiers,
la longue alliance entre les fermes s’Schleiers et
s’Valdes (les deux familles étaient en fait très proches
puisque les deux filles Goetz épousent les deux fils
Jost). L’entrepôt attenant à la maison est reconstruit.
A l’est, le bâtiment nord-sud est remplacé par un
bâtiment plus grand contenant la porcherie ainsi qu’une
remise où est placé l’alambic pour distiller. Le jardin
est déplacé à la place du verger, le long de la rue du
Maire. A la veille de la seconde guerre mondiale,
s’Valdes est l’une des plus belles fermes du village
avec une douzaine d’hectares de terres en propriété dont
le vignoble de Kleinfrankenheim, une paire de chevaux,
et 7 ou 8 vaches. Fin de vie Un
jour, Laurent Goetz manipulait un réservoir de purin qui
était hissé avec un palan et des chaines sur une
remorque. Le palan a cédé et le réservoir lui est tombé
dessus. Il a été sérieusement blessé et ne s’en est
jamais vraiment remis. Il est mort peut après en 1937.
La propriété a alors été transmise à son fils Laurent
Alphonse (folio 380). 10e Génération : Laurent Alphonse GOETZ
(1906-1986) Fils
de Lorenz Michael GOETZ et de Catharina HOENEN, est né
en 1906 à Hohatzenheim. Il était cultivateur. Il épousa
en 1934 à Hohatzenheim Anna Fischer. De leur union
naquirent un fils Gérard et quatre filles Jeanne-Marie,
Lilly, Lucie et Colette. La guerre Alphonse
effectue son service militaire vers 1927. Plus tard
durant ses vieux jours il évoquera souvent ce temps
heureux, période nostalgique de découvertes et de
fraternisation. En 1938, durant la crise des Sudètes,
Alphonse est remobilisé temporairement puis renvoyé chez
lui après la signature des accords de Munich. En 1939 il
est à nouveau mobilisé et participera aux combats de
Mai-juin 1940 dans les Vosges du Nord. Durant la période
allemande, trop vieux, il n’est pas incorporé
(l’incorporation s’arrête en 1944 à la classe 1908). A
la libération la ferme abritera l’intendance de l’unité
de l’armée américaine basée à Hohatzenheim. La ferme a
gardé quelques petits ustensiles de l’US Army. Anecdote : Le vignoble de s’Valdes était réputé. En
1944, l’instituteur Marius Meyer incorporé dans la
Wehrmacht obtient une permission contre la promesse de
se procurer du vin pour la fête clôturant la formation
militaire. Il se rend alors chez Laurent Goetz comme il
le mentionne dans ses mémoires : «
A la fin du stage de la formation « Ausbildung » on
organisait une soirée récréative. J’étais chargé de
procurer des poissons en participant à une pêche sur un
lac de la région avec péniches et filets. Pour la
boisson on était trois Alsaciens, Marcel Klock, [Stotz]
et moi-même pour assurer le ravitaillement grâce à une
permission exceptionnelle. Je devais remplir une
bonbonne de vin, Klock et [Stotz] le schnaps. C’est
ainsi que je me trouvais dans la cave de M. Alphonse
Goetz qui avait un vignoble à Kleinfrankenheim. Il
remplissait la bonbonne de 30l et dans la cave il me fit
goûter les différents crus avec un morceau de pain
paysan. Je n’avais pas l’habitude de l’alcool et lorsque
je sortis de la cave à l’air frais j’avais l’impression
de me plus avoir de jambes… Dans la nuit, longeant le
fossé du village « Dorfgraben » on porta la bonbonne à
l’école. Et là on continuait avec du schnaps. M. Goetz
habitué à de telles soirées rentrait sans grand
problèmes tandis que moi je n’arrivais plus à ôter les
bottes et je m’endormais en haut de l’escalier jusqu’au
moment où ma femme, déjà au lit, me réveilla et m’aida à
me déshabiller…. » L’exploitation d’après guerre Lorsqu’
Alphonse prend les commandes de l’exploitation familiale
en 1937, s’Valdes est l’une des fermes les plus
importantes du village en terme de terres en propriété.
Cett atout permet à l’exploitation d’éviter
l’endettement auquel beaucoup d’autres agriculteurs ont
recours pour augmenter leur rendement. Laurent Goetz va
utiliser ses revenus supplémentaires pour louer des
terres et augmenter la surface cultivée. Cette
amplifications des ressources en effet est nécessaire
pour survivre car l’économie agricole d’après guerre est
dominée par la dégradation constante des prix
céréaliers. Ainsi en Alsace les cultures classiques
comme le blé, l’orge et le maïs furent progressivement
réduites au profit de cultures plus rentables comme le
tabac et surtout le houblon. En 1958, Laurent Goetz
achète son premier tracteur. En 1964 il achète un Massey
Ferguson 145. De plus, au début des années 60 les fermes
Valdes, Schleiers, Scheulis et Grode achètent en commun
une machine à effeuiller le houblon qui sera placée chez
les Zahn (Scheulis). En
1964 le malheur frappera la famille Goetz. Anna Fischer
décède prématurément. Peu à peu les quatres filles se
marient et quittent le village laissant Alphonse et son
fils Gérard seuls pour exploiter la ferme.
11e Génération : Gérard GOETZ (1942) Gérard
Goetz est né en 1942. Il se marie vers 1980 avec
Marie-Thérèse … De leur union naquit trois filles
Estelle, Patricia et Fabienne. La ferme moderne Dès
les années 70, Gérard Goetz va continuer à agrandir
l’exploitation comme l’avait fait son père en augmentant
le nombre de terres louées. Il va ainsi progressivement
exploiter jusqu’à 45ha, un exploit pour un agriculteur
qui ne peut compter que sur l’aide de son père. Dans les
années 80 il va acheter un tracteur David Brown 1212 qui
sera alors le plus puissant du village. En
plus des cultures, l’autre grande activité agricole
alsacienne est l’industrie laitière. Durant les années
60 et 70 s’Valdes avait une dizaine de vaches qui au
printemps et en été étaient amenées tous les jours au
pâturage. On cultivait un peu de trèfle pour servir de
nourriture d’appoint. Peu à peu, la nécessité
d’améliorer le rendement de la terre et surtout
l’augmentation du nombre de bêtes met un point final à
cette pratique. La tendance est alors à l’accroissement
et la rationalisation de la production laitière car
cette activité présente le gros avantage d’offrir des
revenus fixes tout au long de l’année. Ainsi à
Hohatzenheim les plus grandes fermes du village (six au
total) vont investir lourdement dans leur infrastructure
bovine en construisant de grandes étables d’une capacité
de 40 vaches et plus. Désormais les vaches restent de
manière permanente dans ces nouvelles étables
constituées de deux longues rangées d’animaux face à
face gérées presque comme des chaînes d’usine. Gérard
Goetz est l’un de ceux à faire cet investissement en
1981 ou 1983. La nouvelle étable est construite à la
place du jardin, de la porcherie et de la remise à
distillation. Dans cette nouvelle étable Gérard comptera
rapidement près d’une quarantaine de vaches. Au
début des années 90, François Zahn (Scheulis) prend sa
retraite sans succession et comme Jean-Louis Jost
(Schleiers) fait de lourds investissements houblonniers,
Gérard Goetz hérite de la machine à houblon commune.
Pour l’abriter dans sa ferme il fait arracher l’ancienne
étable et construit à sa place un hangar métallique. La
construction de la nouvelle étable et du hangar
métallique a nécessité la destruction complète des
anciens bâtiments agricoles. Au début du XXIe siècle il
ne reste donc des bâtiments « historiques » que la
maison, le petit entrepôt qui lui est attenant et la
grange construite vers 1930. Durant
les années 80 la construction d’un lotissement ou «
village nouveau » est décidée à Hohatzenheim. Cet
accroissement est localisé à l’entrée du village en
venant de Wingersheim. Gérard Goetz est forcé de vendre
une parcelle qu’il possède dans cette zone. En
2001, un nouveau malheur frappe la famille Goetz avec le
décès de Marie-Thérèse après une longue maladie. Un an
plus tard Gérard prend sa retraite sans succession. Il
vend alors tous ses animaux. Ainsi s’achève l’histoire
de s’Valdes, grande ferme historique du village, gérée
pendant plus de 350 ans par une même dynastie paysanne.
___________________ Sources
: -
Terrier de 1657 ABR -
Etat de section de 1828 ABR -
Etat de section et nomenclature de 1901 ABR -
Matrice cadastrale, etat de section et nomenclature de
1911 ABR -
Inventaires après décès de Hohatzenheim ABR -
Contrats de mariages Hohatzenheim ABR -
Registres paroissiaux Hohatzenheim et Mittelhausen ABR -
Etat civil Mairie de Hohatzenheim -
Archives des familles GOETZ et JOST |
![]() Catherine Hoenen devant la ferme ![]() Ferme Valdes ![]() Ancienne etable ![]() Cour de ferme moderne ![]() Cour de ferme. Sur l'abreuvoir est ecrit: "NH 1871" ![]() Famille Goetz Florentine, Catherine, Laurent pere et fils ![]() Florentine Goetz, Joseph Hoenen Eugene et Joseph Jost, Laurent Goetz et Anna Fischer ![]() Laurent Goetz et Anna Fischer ![]() Laurent Goetz devant la grange de 1927 ![]() Fourchettes US Army |