Ci-dessous mes
livres centrés sur l’histoire de
l’Alsace
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A paraitre prochainement mon premier
roman historique...
Les Mécréants ou la malédiction du
petit roi
Mars 1314. Le roi Philippe le bel condamne le grand
maitre des templiers au bucher et de par ce
sacrilège attire sur son royaume et la papauté les
foudres divines qui conduiront à la fin de sa
lignée, à des décennies de misères et de chaos pour
son royaume et au délitement progressif des sociétés
française et européenne. Pourtant dans sa grande
miséricorde, le Père Eternel daigna sauver du
désastre un petit roi, rejeton ultime de la lignée
maudite qui préserverait la lignée royale au cours
des siècles obscurs jusqu’au jour fatidique où la
France aura atteint un niveau d’effondrement tel que
le Père Céleste ordonnera à l’héritier royal de
sortir de l’oubli, pour recouvrer son trône et
rétablir la bannière de la chrétienté sur le royaume
déchu de Clovis, sur l’Europe et jusqu’au tombeau du
Christ.
Cependant, au cœur du petit
village alsacien d’Altendorf, une vieille famille de
notables locaux ne se doute pas que sa prospérité
insolente accumulée au fil des siècles grâce à de
nombreuses acquisitions de domaines viticoles est en
réalité bâtie sur un secret inavouable, perdu au
fond des temps, au cœur de ce XIVe siècle qui vit la
France dévastée en tous sens par les grandes
compagnies, d’ignobles bandes de routiers, mécréants
sans foi ni loi qui pillaient et brûlaient tout pour
leur seul profit. Mais en ce début de XXIe siècle,
l’Héritier du domaine, Arnaud, ne pense qu’à
accroitre son opulence à grand renfort de corruption
et de coup tordus alors que son cadet Edouard,
ingénieur financier, jongle avec les millions de la
bulle financière créée par l’arrivée d’internet. Dès
lors, le vieux prêtre d’Altendorf aura fort à faire
pour déjouer les tours du malin et au travers d’une
enquête minutieuse percer le vieux secret du village
et coïncidemment retrouver le fil perdu de la
malédiction du petit roi.
Semaine de
Promotion en Alsace
Rencontre avec les lecteurs
"Replacer nos ancêtres au cœur de
l’Histoire"
Pfettisheim - 25 octobre 2021
Vicissitudes Militaires -
Tome 6 : Séjour
au crépuscule du dernier empire
Ceci est le 6e et dernier volume de ma saga
familiale : « Vicissitudes Militaires – Sept
générations de conscrits d’une famille alsacienne
aux armées de cinq empires ».
Ce dernier épisode intitulé « Séjour au crépuscule
du dernier empire » est aussi le plus personnel
puisque j’utilise mes souvenirs d’enfance pour
dérouler l’histoire de quelques fermes du village
familial au cours des siècles. Comme à mon
habitude, je raconte aussi l’histoire de
militaires de la famille avec en point d’orgue
l’aventure de mon oncle Philibert en Algérie de
1957 à 1959 dans le contexte du déclin global de
la conscription militaire et de l’empire colonial.
Avec ce dernier volume je clos une aventure de 17
ans puisque c’est en 2004 que j’ai débuté les
premières recherches dans les archives nationales,
départementales et familiales de ce projet de
longue haleine.
1er extrait :
« La vieille cour de ferme jadis si vivante et
riche d’odeurs animales et végétales est
aujourd’hui bien morne, neutre et triste. Dès
l’après-guerre, lorsque débuta la mécanisation,
Eugène et après lui Philibert avait initié « la
sortie d’exploitation » qui préfigurait l’avenir,
c'est-à-dire la transplantation de toute
l’activité agricole hors de la cour de ferme
traditionnelle pour permettre la mécanisation
systématique et la rationalisation de l’activité à
grande échelle. Cette évolution s’accompagnerait
de l’abandon progressif de toutes les activités
artisanales non rentables comme les pommes de
terre ou les vergers. En 1950, Eugène récupéra un
grand hangar stocké à Strasbourg en pièces
détachées depuis dix ans. Il avait été construit
par les Allemands après la débâcle pour les
Alsaciens victimes des bombardements et n’avait
jamais été utilisé. Eugène l’acheta et le remonta
derrière sa ferme pour y entreposer ses nouvelles
machines et la réserve de paille. Nous adorions y
jouer avec mon frère et mon cousin malgré les
mises en garde des adultes : « attention, il y a
des martres dans la paille ! » Nous n’en avions
cure. Un fois, on y creusa une cabane en alignant
des rondins de bois en guise de toit qu’on couvrit
de bottes de paille. Mal nous en prit ; Eugène eut
la mauvaise idée de se promener sur ce toit de
fortune et tomba au travers se blessant à la
jambe. Mon cousin en fut quitte pour une (légère)
correction. A côté de cet entrepôt, se trouvait le
verger avec au milieu le poulailler. Quand j’y
entrai, je pouvais à peine ouvrir les yeux
tellement il y avait d’insectes en tout genre qui
grouillaient à travers tout l’espace. C’était le
royaume de la vermine ! Nous y allions pour monter
sur le toit d’où nous avions une vue imprenable
sur les environs.
Je ne pourrais terminer ce petit descriptif de la
ferme de mon enfance sans mentionner une anecdote
qui eut lieu au milieu de la cour, un jour que
nous jouions tranquillement au ballon comme
d’habitude. Eugène arriva en tirant un veau au
bout d’une corde. De l’autre main il portait une
hache. Il avait aussi un énorme couteau dans la
ceinture. Il tendit la corde à un tiers et prit la
hache à deux mains. Il la brandit, et avec le dos
de l’outil, il asséna un énorme coup sur la tête
du veau qui se mit à tituber aussitôt. Ne lui
laissant aucun répit, Eugène se saisit du couteau
et se mit à lui couper la tête à l’encolure.
Celle-ci se détacha rapidement et alors, quelle ne
fut pas ma surprise de voir le corps sans tête de
l’animal s’enfuir à quatre pattes et courir à
travers toute la cour. Le sang giclait fortement
au travers de son cou décharné en dessinant des
cercles rouges sur le sol. Après quelques
circonvolutions, l’animal s’écroula enfin, mort
pour de bon. Il ne restait comme seule trace de
l’épisode qu’une immense spirale de sang sur le
sol cabossé de la vieille cour.»
2e Extrait:
« Colomb-Béchar, 1958. Un convoi de camions bâchés
vient de traverser l’Algérie du nord-est au
sud-ouest. Mille kilomètres en ne s’arrêtant que
pour se ravitailler :
« C’était vers le mois de janvier. Quand je suis
arrivé il neigeait, la première neige de la
saison. C’était assez rare. Il a neigé toute une
journée. On est arrivé dans un camp sommaire de 80
soldats commandés par un capitaine, un ancien
pilote. Il n’y avait pas un seul bâtiment, que des
tentes. Pour dormir aussi bien que pour faire la
cuisine. 20 soldats par tente. Les tentes se sont
donc retrouvées sous la neige. On est arrivé la
nuit et je me dis : mais où on est là, j’entends
parler allemand. Je demande à un soldat : on est
encore en Algérie ? Il me dit : pourquoi tu
demandes ça ? Ils parlent tous allemand, à côté.
Ah, ça ce sont des légionnaires. Légionnaires ?
C’est quoi un légionnaire ? J’avais 20 ans, je
n’avais jamais entendu parler de légionnaires et
je ne savais pas ce que c’était. Ils avaient leur
camp à proximité, en dur, avec des baraquements
qu’ils avaient construits eux-mêmes. Ils avaient
aussi un élevage de cochons.
Les légionnaires venaient nous voir quelque fois
et quand ils m’ont entendu, ils ont tout de suite
su d’où je venais alors ils venaient me parler
parce que c’était des Allemands à quatre vingt dix
pour cent et j’étais le seul Alsacien. Je leur
parlai en alsacien. C’était de bons camarades. Ils
parlaient volontiers mais jamais d’eux-mêmes ou de
leur passé. Un légionnaire ne raconte pas sa vie.
»
Le légionnaire allemand Horst Roos qui fit une
brillante carrière de 40 ans dans la légion
confirme : « Je ne me souviens pas avoir raconté à
quelqu’un pourquoi j’étais venu à la Légion et
personne ne m’a jamais questionné à ce sujet. […]
On ne pose pas ce genre de question à la Légion.
»»
Revue
de Presse
Vicissitudes Militaires -
Tome 5 : Un
instituteur alsacien dans la tourmente
Instituteur en 1938, Marius Meyer est appelé par
l’armée française en 1939.
Démobilisé en 1940 il rentre en Alsace où en 1943 il
est incorporé de force dans la Wehrmacht.
Suivons Marius dans les méandres de l’armée
allemande, alors qu’il tente d’échapper au front
russe, à la propagande et à la terreur nazie…
Marius Meyer et ses
camarades incorporés de force en formation à
Kustrin en 1943
___________
Preface
de Georges Bischoff La carotte et le
bâton
Ce cinquième volume des
Vicissitudes militaires de Bertrand Jost est
le point d'orgue chronologique d’une série
dont le titre a de quoi intriguer le
lecteur. En effet, vicissitudes fait écho à
servitudes, et l’épithète qui l’accompagne
renvoie, évidemment, à Alfred de Vigny, dont
les Servitudes et grandeurs militaires
(1835) illustrent la fatalité des armes et
les déchirements de l’honneur.
Les personnages mis en scène à travers près
de deux siècles d’histoire-bataille ne sont
pas des héros reconnus, des acteurs trop
glorieux pour être vrais, des figurants
auxquels il ne manque pas un bouton de
guêtre, mais des sans-grade qui ont connu
l’ennui des garnisons, la boue des
tranchées, la peur et le sang qui sont
l’ordinaire des guerriers. Ce sont des
malgré-nous de l’aventure qu’ils ont subie
en vertu de l’impôt du sang, au service de
leur pays, s’ils étaient consentants, ou sur
l’ordre des maîtres du moment, s’ils ne
l’étaient pas.
L’adjectif et
le substantif « militaire » sont fortement
connotés : dans leur acception moderne, ils
se rapportent à des institutions d’Etat, qui
sont réglées par la loi et relèvent
d’obligations civiques. Aujourd’hui, les
mots « soldat » ou « combattant » n’ont pas
tout à fait le même sens : ils n’ont pas la
dimension collective et, pour ainsi dire
sacrée, inhérente à l’idée de « levée en
masse » inventée au moment de la Révolution
française et validée par la conscription en
vigueur entre 1798 et 1997. Les conscrits
des « conseils de révision » et des « messti
» n’étaient pas des professionnels de la
sécurité, loin de là, et n’avaient
d’ailleurs pas vocation à le devenir. En
endossant l’uniforme et en apprenant à se
battre, ils étaient censés s’identifier à la
Nation, en être les interprètes et,
éventuellement, la mémoire. Ce n’était pas
des mercenaires, des baroudeurs, et encore
moins les techniciens de l’ordre public ou
du désastre organisé à qui l’on sous-traite
des missions régaliennes- ce qui est le cas
de nos jours-, mais des civils à qui l’on
imposait de sacrifier leur jeunesse et, trop
souvent, leur vie.
Lorsqu’ils
avaient été saisis par la guerre, c’était
pour vivre une expérience terrible, non
seulement pour eux, entre hommes, mais
encore pour tous leurs proches, leurs
parents, leurs femmes, leurs fiancées, leurs
enfants.
Le travail
d’intelligibilité entrepris par Bertrand
Jost à travers la généalogie de sa famille
est à mes yeux, exceptionnel. Ces
Vicissitudes ne doivent pas être
comprises comme une saga à grand spectacle,
comme une fresque haute en couleur
mais comme des séquences que le lecteur est
libre de recomposer à sa guise, en y
projetant ses propres images. La méthode
adoptée par l’auteur relève de la meilleur
pédagogie possible, que je qualifierais ici
par la formule « la carotte et le bâton »,
mais en me gardant de lui attribuer le sens
qu’on lui donne généralement.
Et de fait, les
cinq volets des Vicissitudes militaires sont
comparables ce que les géologues nomment une
carotte, autrement dit un échantillon de
roche prélevé dans les profondeurs de la
terre pour en retrouver la stratigraphie et
pour en étudier les matériaux. Les sondages
ont été réalisés sur un terrain familier,
entre la plaine de l’Ill et les collines du
Kochersberg. Ils ont fait apparaître des
couches plutôt chahutées, avec des alluvions
ou des agrégats de provenance très
lointaine, comme si l’espace considéré avait
été exposé aux quatre vents de l’Histoire,
avec des morceaux de France, d’Allemagne,
d’Europe centrale, du Midi et d’ailleurs.
Et, pour un regard d’archéologue, combien de
fragments d’os, d’éclats d‘obus, de pièces
d’équipement, de tessons de souvenirs… En
réalité, mais on s’en doute, Bertrand Jost a
recueilli ces éléments grâce à sa curiosité
d’historien : il a interrogé les archives,
pour les périodes les plus anciennes, et il
a recueilli la mémoire, si fragile, restée
vivante chez les siens ou dans leur
environnement. Sa collecte est au cœur même
d’une enquête minutieuse à la rencontre
des sources, écrites, orales,
figurées, matérielles et du contexte
qu’elles éclairent et qui permet de les
comprendre.
Si j’ajoute le bâton à la carotte, c’est un
peu par archaïsme pédagogique, et par
tendresse pour les instituteurs d’autrefois,
comme Marius Meyer de Hohatzenheim, qui se
servait certainement de cet instrument pour
désigner le tableau noir ou la carte
accrochée au fond de sa classe. On pourrait
remplacer cette baguette par un pointeur
laser, mais le résultat serait le même.
Transmettre un savoir, ou aider à en
construire un nouveau, cela consiste à
montrer les choses pour mieux les observer
et pour les expliciter. C’est ce que fait
continuellement Bertrand Jost en s’éloignant
du document brut pour faire varier la
perspective. Ainsi, dans ce cinquième livre,
qui traite de la période la plus récente, et
donc de la plus difficile, les souvenirs
du grand père de l’auteur et les
autres pièces du dossier donnent lieu à une
véritable exégèse qui permet de les relier
aux événements généraux et, du coup, les
insère dans un récit cohérent. La gageure
est d’autant plus grande qu’on a affaire à
des cendres encore chaudes, à une mémoire
encore vive, plus sélective et moins
impersonnelle que celle des archives.
Peut-on considérer Marius Meyer comme le
portrait-robot de sa génération ou faut-il
le prendre dans toute sa singularité ? Son
profil pourrait être exemplaire, mais il
n’est pas exceptionnel : nombreux ceux qui
s’y retrouvent, de la mobilisation de
septembre 39 au lendemain de son mariage à
sa démobilisation comme aspirant FFI, fin
1944, après l’épreuve d’un premier retour au
pays, à l’automne 1940, la cure de
nazification subséquente et le reformatage
pédagogique de l’Umschulung, l’incorporation
de force dans la Wehrmacht, la désertion
sédentaire de l’été 44. Destin partagé, avec
ses ombres et ses faux semblants – car il
s’est trouvé de nombreux Alsaciens qui
croyaient servir l’Alsace en composant avec
un régime criminel -, en même temps qu’une
leçon d’espoir. Les carnets de
l’instit de Hohatzenheim témoignent de ce
qui fait le ressort de la vie, l’amour,
l’amitié, l’humour, la foi, l’imaginaire.
C’est peu et c’est beaucoup, et cela exige
une bienveillance de chaque instant.
Et si
l’Histoire est celle des vicissitudes, ou
des tribulations qui emportent les uns et
les autres, elle est aussi, quand elle est
apaisée, un magnifique outil d’intelligence
des hommes et du monde, au service de la
Vérité.
Revue
de Presse
Leon Meyer au Maroc vers 1926
Vicissitudes
Militaires - Tome 4 : Les
derniers Allemands
L’épopée de Léon
Meyer en Afrique en 1926 et durant la guerre 39-40.
C’était l’époque où beaucoup de jeunes alsaciens
ayant quitté l’école juste avant le retour à la
France de 1918, furent appelés au service militaire
par la France alors qu’ils ne connaissaient pas
trois mots de français…
Ils étaient les « derniers allemands » d’Alsace…
Extraits.... ____________________________________
Né à Friesenheim en 1905,
éduqué à l’école communale alors allemande, le
destin de Léon Meyer bifurque brutalement en 1918,
lorsque l’armée française reprenait possession de
sa province perdue, 48 ans après en avoir été
expulsée manu militari:
« Justement en cette fin novembre 1918, les frères
étaient déjà de retour et furent fêtés joyeusement
dans leurs fermes respectives. Ils ne se firent
pas priés pour jeter leurs hardes militaires,
vestiges de l’empire défunt et se glisser dans des
vêtements civils pour pouvoir eux-aussi accueillir
l’arrivée des soldats français dont les régiments
se succédaient le long du Rhin. Le 9 décembre une
compagnie du 1er bataillon du 25e Régiment
d’Infanterie arriva en cantonnement au village, et
il fallut se débrouiller comme on pouvait pour
communiquer. D’autres compagnies de ce régiment
seraient cantonnées dans les villages voisins de
Diebolsheim, Bindernheim, et Ebersmunster. Les
fermes Meyer reçurent elles aussi leur contingent
de soldats. Il reste d’ailleurs dans l’album
familial une photo prise lors d’une fête donnée à
la ferme de Charles Meyer, probablement en
décembre 1918. On y voit la famille, Charles,
Marie et le petit Bruno affublé d’un calot de
soldat français, deux des sœurs, Joséphine et
Antoinette et huit soldats en cantonnement. Tout
le monde pause l’air grave et sérieux, comme si
cette photo était amenée à prendre place dans un
musée de France pour témoigner de cette période
historique où l’armée de la république reprenait
possession de sa chère province rhénane que Louis
XIV avait jadis qualifié de « beau jardin ».»
Sept ans plus tard, Léon est
appelé au service militaire alors qu’il ne parle
pas trois mots de français. Aussitôt envoyé en
Algérie, il se retrouve isolé avec quelques
camarades dans la forteresse de Fort National en
Kabylie :
« «Fort National le 12.3. 1926
Cher oncle et tante,
Je voudrais vous dire que je ne suis plus à Alger.
Nous sommes affectés depuis le 27 à Fort-National,
très loin d’Alger. Mais ça ne me plait pas ici
parce que de là haut on a vraiment l’impression
d’être au bagne.
Un service à en tomber à la renverse et la
nourriture n’est pas non plus très bonne.
Fort-National se trouve très haut dans la montagne
et il fait assez froid ici des gelées du matin et
à midi soit de la brume soit de la pluie ; toute
la journée il a plu tout ce qui pouvait tomber du
ciel. J’ai commencé à écrire cette carte au Fort
National et je n’avais plus le temps de la finir
parce que nous devions partir. Et maintenant on
est de nouveau à Alger jusqu’à ce que nous allions
au Maroc. Je pourrais faire une chanson sur ce que
nous avons vécu ici jusqu’à maintenant. Léon. Le
bonjour du lointain. »
Et bientôt le voilà au Maroc, dans le Rif, cette
région montagneuse du nord où les rebelles sous le
commandement d’Abd-el-Krim défient les puissances
coloniales environnantes : la France et l’Espagne.
Là, il connaitra les privations, les
tranchées montagneuses et précaires mais aussi la
camaraderie entre soldats :
« Tanézrift le 25.4.26
Ma chère Léonie!
J’ai reçu ta chère lettre avec une grande joie et
je t’en remercie. Je suis encore en forme ce que
j’espère aussi pour toi. Comme je l’ai vu, tu
étais le dimanche de quasimodo* à Friesenheim et
tu t’es de nouveau bien amusée. Eh bien, j’ai de
nouveau fait défaut. Sinon ça aurait été encore
mieux. Mais ça ne fait rien car l’année prochaine
nous serons à la maison et alors nous nous
amuserons de nouveau bien avec toi.
Je n’aurai probablement pas de permission car à ce
qu’on dit nous devons rester là pendant six mois
et ensuite nous irons à Fez pour une période de
repos avant de retourner en campagne. Espérons que
ce ne soit pas le cas.
Nous campons ici depuis 4 jours et nous avons une
grosse chaleur. Il y avait là de grands combats
pendant 3 ou 4 mois».
En 1927, Léon Meyer rentre en France enfin libéré
du service. Mais douze ans plus tard, voilà une
nouvelle guerre contre l’ennemi héréditaire, son
ancienne patrie. Au sein du 154e RIF, Léon se
retrouve sur la ligne Maginot dans des tranchées
de béton flambant neuves qu'on disait
infranchissables:
« A 22h30 le soir du 13 l’ordre de départ fut
donné. Le 154e RIF quittait sans gloire et sans
combat la position qu’il occupait depuis le 25
août 1939. Après avoir brûlé tous les documents,
les trois bataillons se dirigèrent vers le sud en
ne laissant dans les casemates que de faibles
effectifs pour continuer à défendre la ligne
Maginot. Le capitaine Hubert qui commandait
les casemates du 2e bataillon (3e UEC) se sentait
alors bien seul pour affronter les divisions
allemandes qui ne tarderaient pas à fondre sur
lui:
« Le régiment avec ses troupes d’intervalle nous
quitte dans la soirée du 13 juin 1940. Il nous
laisse avec la mission : TENIR. Nous sommes seuls,
un silence absolu, un manque de vie nous émeuvent
dans l’étroite vallée de Rothembach. La longue
garde qui depuis le 25.8.39 n’a cessé d’être
vigilante, surtout vers le « no man’s land »
deviendra plus attentive sur nos arrières et
jusqu’à l’espoir suprême nous allons vivre d’une
angoisse faite à la fois de crainte et d’audace. »
L’histoire de Léon Meyer est celle des derniers
Allemands d’Alsace, ces Alsaciens germanophones
qui durent s’adapter bon gré mal gré au retour de
la France et faire face peu après au vent des
conquêtes qui secouèrent le Rhin…
Article dans les Dernières Nouvelles d’Alsace
Leo Knobloch vers 1900
Vicissitudes
Militaires - Tome 3
: Quand
nous étions allemands
L’histoire
de la quatrième génération, celle de Leo Knobloch et
Joseph Meyer appelés au service du nouveau Reich
Allemand de Guillaume II. Ils seront entrainés dans
l’horreur de la guerre 14-18.
Extraits.... ____________________________________
L’Alsace était à présent
allemande, au sein du Reichsland
d’Alsace-Lorraine où les nouveaux sujets de
l’empereur étaient invités à marcher au pas. Ce
nouveau tome de la série « Vicissitudes
militaires » nous propose de vivre, du côté des
gens simples de la campagne la vie dans les
familles alsaciennes lors de la belle époque :
« A Schaeffersheim, le souci majeur était la
bonne marche de l’exploitation familiale, le
rendement des récoltes et la clémence des
saisons. Pour que Dieu nous accordât tous ces
bienfaits, on avait la chapelle Saint-Blaise,
l’église communale et le curé qui montrait le
droit chemin. A force de prières on espérait
chasser les mauvais esprits qu’on savait rôder
sur la campagne comme en témoignent ces quelques
notes de Léonie: « Le soir on ne sortait que
lorsqu’on avait fait le signe de la croix avec
de l’eau bénite. Il n’y avait aucun éclairage
public et on disait que dans l’obscurité tous
les mauvais esprits étaient en chemin. Au coin
du feu se racontaient toutes sortes d’histoires
de sorcières. Les gens avaient peur de sortir.
Les garçons accompagnaient volontiers les jeunes
filles. »
Comme dans les volumes précédents, nous suivons
les conscrits de la famille à travers le service
militaire et lors du cataclysme de la première
guerre mondiale. La quatrième génération de
notre famille, celle de Leo Knobloch et Joseph
Meyer est alors appelée à se battre sur tous les
fronts d’Europe des Flandres aux confins de la
Russie :
«« Neudorf vendredi soir [14 août 1914]
Chers parents !
Je vous informe que Léo vient me voir presque
tous les jours. Quand il ne vient pas je vais
chez lui. Tout à l’heure nous étions chez
Joseph. Il garde le pont de chemin de fer de
Schiltigheim. Le chéri a une bonne situation. Il
a un bon lit mais sans nourriture, c’est
pourquoi nous nous faisons déjà du souci.
[ ]
Aujourd’hui ils ont amené des Français. 150
prisonniers. Aussi des blessés allemands et
français [qui] ont été nourris dans un hôpital
aménagé. Ceux-là sont contents d’être là.
Espérons que ça ne va pas durer trop longtemps.
[ ]
Nous vous saluons tous du fond du cœur.
Léo, Joséphine, Joseph.»
Joseph Meyer passera un temps par l’enfer des
combats le long de la crête des sommets vosgiens
:
« Quelques jours plus tard, le 12 octobre 1915
l’ultime attaque allemande débuta à grand
renfort de gaz et de lance-flammes pour la
conquête des derniers points du Linge qui leur
échappaient encore, notamment le Schratzmännele.
Les Landwehr parvinrent à expulser la première
ligne française de ses positions et à reprendre
pied sur le sommet tant convoité. Trois mois de
combats farouches venaient de trouver leur
terme. 10.000 soldats étaient tombés pour rien
puisqu’on était revenu aux positions initiales.
Le 13, Joseph envoya une photo à sa femme
montrant ses nouveaux quartiers. On y voit le
soldat Meyer posant entre deux camarades dans
une espèce de cabane décorée pour l’occasion
photographique avec quelques pots de fleurs. Les
trois hommes on l’allure fière et déterminée :
«13.10.15 dans les Vosges
Ma chère femme et les enfants !
Je t’envoie une petite vue de notre cantonnement
avec mes deux camarades. Nous somme ensemble
fidèlement depuis mars. J’ai reçu ta lettre
hier. Ma chérie, va-y aussi vite que possible
car tu n’as pas mérité ça. Si seulement je
pouvais t’aider.
Un bonjour chaleureux. Ton fidèle mari Joseph
Meyer. » »
Et puis c’est l’exil des Alsaciens voulu
par l’état major allemand vers le front de l’est
« Basse-Alsace, Lauterbourg le 7.12.15
Un verre de bière
Chers parents!
J’ai reçu votre mot à travers Emilie et je vous
en remercie. Je suis bien pourvu pour le voyage
en linge et autres nécessités. Je suis détaché
avec d’autres camarades de la gendarmerie
centrale et maintenant nous sommes en route pour
Koenigsberg.
Ne vous laissez pas aller à la mélancolie. Le
bon Dieu me protégera. Il y a beaucoup de
contingents la-bas en ce moment.
Un bonjour chaleureux. Leo Knobloch.
Lorsque grâce à l’intercession de la Mère de
Dieu, je serai bien arrivé, je vous enverrai mon
adresse.»
Depuis Napélon, la famille semblait toujours
tirée vers cette immensité morne :
« Memel, le 1er juin 1916,
Chers parents et chère Elise,
Je suis bien arrivé à Memel. Le voyage continue.
[En ce jour de] l’Ascension je souhaite que ma
carte vous parvienne de la même manière que je
l’ai envoyée, en forme et en bonne santé.
Gentille Maman, demain relativement tôt on passe
dans les territoires de l’est.
Un bonjour chaleureux
Landsturm Leo Knobloch. »
Pour Léo Knobloch, c’est l’époque d’un
long séjour en Courlande, sur les bords de la
mer du nord :
« En Courlande en effet, la nature était plus
puissante que l’homme et l’on ne pouvait y vivre
qu’en suivant le rythme immuable des saisons.
Ainsi la pluie s’abattait sans discontinuer du
printemps à l’automne sur ce sol stérile et se
transformait partout en mares, marais, rivières
et lacs qui rendaient les communications
difficiles. Un soldat nota dans son journal : «
Une douce pluie de printemps tombe durant toute
la journée et on a l’impression que la terre va
simplement disparaitre sous l’inondation. »
Lorsque la pluie cessait enfin, la terre était
baignée d’une lumière étrange dominée par un
ciel d’un bleu intense. Alors arrivait le
brouillard, lentement à travers les forêts et le
long des plaines, engendrant des crépuscules
fait de formes incertaines et de paysages
diffus. Finalement la pluie recommençait
annonçant la rigueur de l’hiver. Ceux-ci étaient
particulièrement sévères. Le vent de Sibérie
couvrait rapidement la terre d’un lourd manteau
de neige d’où ne dépassaient que les forêts
sombres. Dans cet environnement contrasté, un
officier allemand ressentit alors « un sentiment
fort de l’étendue incommensurable, de la
solitude et de la majesté hivernale des forêts
russes. » La terre de Courlande appartenait
alors toute entière à la neige sans limite, à la
nuit et aux loups affamés. »
Comme pour les volumes précédents, il aura fallu
à l’auteur de longues années de recherches et de
travail pour réunir les documents, les
déchiffrer et les traduire, grâce notamment à
l’aide précieuse d’un réseau d’aimables
généalogistes bénévoles. C’est un nouveau
chapitre de cette fresque militaire qui
court sur toute la période de l’Alsace
allemande.
Article dans les Dernières Nouvelles
d’Alsace Dimanche le 04 Septembre 2011
Julie Woehrel dont le père participa à la retraite de
Constantine subira, elle, le siège et le bombardement de
Strasbourg
Vicissitudes
Militaires - Tome 2 :
Le
prix de la liberté
Ce volume
raconte l’histoire de la deuxième et troisième
génération de notre famille.
Suivons nos héros à travers le 19e siècle, passer
l’épreuve du fameux tirage au sort militaire,
traiter avec les « marchands d’hommes », ces
intermédiaires souvent crapuleux qui achetaient un
service militaire ici pour le revendre là, avant
d’être envoyés loin de chez eux….
Car c’était l’époque de l’empire colonial
d’Afrique avec ses avant-postes ensablés, les
épidémies mortelles et les rebelles du désert…
C’était aussi le temps de la valse des régimes où
l’on criait suivant les modes changeantes « Vive
le roi ! », « Vive l’empereur !» et même… « Vive
la république ! »
Mais pour les conscrits de notre famille ce
n’était à chaque fois qu’une nouvelle épreuve de
leurs vicissitudes militaires…
Extraits.... ____________________________________
Avec la fin du
premier Empire et la restauration de la
monarchie, on aurait pu croire au retour de la
paix, et la famille Knobloch l’aurait souhaitée
ardemment, après avoir versé un lourd tribut aux
aventures impériales. Hélas, à la fin de l’année
1832, Sigismond Knobloch et Michel Woehrel se
retrouvèrent tous les deux sous l’uniforme,
quoique pour des raisons différentes.
Ce nouveau tome de la série « Vicissitudes
militaires » nous propose de vivre, du côté des
simples soldats, la conquête de l’Algérie, les
multiples guerres du Second Empire et sa chute,
qui offrit l’Alsace-Lorraine au nouvel Empire
allemand. De la chute de Napoléon Ier à celle de
Napélon III, Bertrand Jost poursuit sa chronique
détaillée du parcours d’une famille, la sienne,
au gré des conflits européens. Le prix de la
liberté c’est d’abord l’histoire de ces
marchands d’hommes, agents sans scrupules qui
marchandaient la liberté des conscrits en leur
trouvant des remplaçant bien naifs, près à
vendre leur liberté à des conditions moins
qu’avantageuses…
« « Il faut redoubler d’efforts, la concurrence
s’agite » écrivait Gélin, un « démarcheur »
notoire, en octobre 1827. Lorsqu’ils
trouvaient un candidat potentiel, ils étaient
peu avares en belles promesses. Il est vrai
qu’ils ne manquaient pas d’arguments. En cette
année 1828, le remplaçant se négociait entre
1400 et 1500 francs par tête dans une grande
ville demandeuse comme Bordeaux. Pour un
journalier ou un artisan qui touchait 1.50 F ou
2 F par jour cette offre était assez alléchante.
Elle représentait plus de deux ans de salaire !
»
Ce livre traite aussi de la société militaire du
« juste milieu », le régime de Louis-Philippe…
….
« A cette époque, dans les garnisons de France,
il y avait principalement trois sortes de
soldats. Au sommet de la hiérarchie, les
officiers supérieurs étaient des hommes
vieillissants et usés, asséchés des dernières
gouttes de l’idéalisme de leur jeunesse, dont
l’activité principale était de faire la cour aux
notables de la ville où ils étaient basés afin
d’obtenir des avancements ou autre avantages
financiers. Tout leur était bon pour remplir cet
objectif : députés, aristocrates, bourgeois
influents, rien n’était épargné pour tirer grand
avantage de ce régime de compromission et
d’hypocrisie, à l’image de la société bourgeoise
dont le modèle serait bientôt façonné
outre-manche par la Reine Victoria. Le régime de
Louis-Philippe, baptisé par ses détracteurs le
régime « des juste-milieu » se voulait en
effet le régime de l’apaisement et du compromis
entre les différentes factions politiques
françaises, mais en dépit des efforts du
gouvernement, il trouvait bien peu de vrais
partisans dans la société. Ainsi comme tous les
ambitieux, à défaut de servir leurs convictions,
les officiers supérieurs pensaient à leurs vieux
jours et travaillaient à leur profit personnel.
De temps en temps, dans un moment de faiblesse
ou de nostalgie, ils se rappelaient bien leur
jeunesse, lorsque, intransigeants sur leurs
principes, ils allaient affronter les princes
d’Europe au nom de la République et de la
Liberté. Par la suite l’intransigeance avait
accepté quelques concessions en échange de la
fierté de combattre pour le plus grand général
d’Europe. Quelles années ils avaient alors
vécues à charger l’ennemi à travers toute
l’Europe ! C’était à cette époque qu’ils avaient
reçu telle cicatrice, souffert telle blessure.
Mais comme disait Stendhal il valait mieux «
chasser bien vite tous ces souvenirs qui
pouvaient mener à des imprudences. » »
Comme dans le volume précédent, le prix de la
liberté nous parle d’une terrible retraite,
celle de l’expédition de Constantine…
« Après des heures interminables, sans sommeil,
la lueur de jour apparut enfin à l’horizon. Tel
des spectres, ici et là des hommes hagards
apparaissaient au milieu de la neige. Puis, leur
nombre augmenta jusqu’à reformer les colonnes de
l’armée. Beaucoup parmi ceux qui s’étaient
redressés se trouvèrent incapables de marcher.
Certains ne purent même se lever. On retrouva
aussi dix-sept cadavres gelés de soldats morts
de froid durant cette nuit terrible. On apprit
que deux soldats s’étaient même poignardés avec
leur baïonnette pour abréger leurs souffrances.
Nombre de soldats et quelques officiers avaient
les extrémités gelées. Le visage des plus
vaillants était douloureusement affecté comme
pris par la maladie. Les chevaux n’étaient pas
en meilleure forme. A moitié gelés et affamés,
leurs jarrets tremblaient sous les cavaliers.
Même pour un vétéran de la campagne de Russie
comme le baron Baude cette nuit du 20 novembre
fut sans conteste l’une des plus atroces qu’il
ait connus:
« A six heures et demi commence une pluie
battante mêlée de neige, qui dure toute la nuit.
Depuis trois jours, nous n’avons pas un brin de
bois, et le plateau maudit n’offre pas un abri,
pas une herbe, pour faire du feu. Epuisés de
lassitude, les soldats se couchent dans la boue
glacée, et le matin huit hommes y restent morts
de fatigue et de froid. Des malades nombreux
encombrent l’ambulance ; les chevaux commencent
à périr de misère et de faim ; ceux d’entre nous
qui sont revenus de Moscou, par un froid de
vingt degrés tempérés, il est vrai, par des feux
de sapin, prétendent n’avoir jamais autant
souffert qu’à cet horrible bivouac. »».
On suit l’histoire de notre famille à travers
les évènements du XIXe siècle jusqu’à la guerre
de 1870 qui après un siège destructeur de la
capitale alsacienne, verra la France perdre ses
provinces d’Alsace et de Moselle…
« A peine Laurent avait-il quitté l’Alsace, que
les premières bombes tombèrent sur Strasbourg
créant une frayeur épouvantable parmi la
population. Au camp de Châlons, Napoléon
III, vieilli et malade venait de donnait le
commandement en chef de l’armée du Rhin au
maréchal Bazaine qui se dirigea immédiatement
vers Metz pour tenter de redresser la situation.
A Strasbourg, le 15 août, le général von Werder
avait pris le commandement des opérations du
siège avec 60.000 hommes sous ses ordres et une
cinquantaine de batteries de siège. Il accentua
immédiatement la pression sur la ville : « Dans
la nuit du 15 au 16 août, nous essuyons un
premier bombardement, grande frayeur, quelques
bombes rue du Sanglier, peu de mal. Les
Prussiens selon leur expression nous servent un
feu d’artifice que nous souhaitons ne jamais
revoir. Il y a eu bien des accidents (de morts
et de blessés). »»
Comme pour le volume précédent, il aura fallu un
an de recherches à l’auteur pour réunir les
éléments de cette fresque militaire qui court
sur un demi-siècle. Une autre année fut
nécessaire pour le dépouillage et l’écriture.
Lettre de François Briegel au préfet du
Bas-Rhin - 1850
Vicissitudes
Militaires - Tome Premier :
Grandeur
et Déchéance
Conscrits de
l'année 1809, les cousins Boniface et François
natifs de Diebolsheim en Alsace sont incorporés à
l’armée d’Allemagne alors en pleine
reconstruction. De là il partiront en Autriche,
combattront à Wagram avant le grand le départ pour
la Russie où ils vivront les affres de l’horrible
retraite….
Un commentaire de l'historien
Jean Haubenestel
Jean Haubenestel, l’historien alsacien
bien connu et grand spécialiste de l’histoire
locale de notre région m’a fait l’honneur et le
plaisir de commenter mon livre. Je vous livre
donc ci-dessous le fruit de ses réflexions.
Jean Haubenestel a écrit
plusieurs ouvrages ayant trait à l’histoire des
Alsaciens. On se souvient notamment de
L’Esau (1993), Les Malgré-nous
d'Ernolsheim : Le drame d'un village pendant la
Seconde guerre mondiale (1995), L'oncle
d'Amérique : Sur les traces des émigrés de la
région de Saverne (1999), Active, propre,
honnête : Jeunes filles alsaciennes en place à
Paris, 1900-1960 (2002). En 2008, il nous est
revenu avec un ouvrage particulièrement poignant
puisqu’il traite de la douleur des familles des
malgré-nous Alsaciens disparus sur les
différents fronts de la seconde guerre mondiale.
Intitulé Disparu/Vermisst. Familles d’Alsace et
de Moselle dans l’attente et l’anxiété de 1945 à
nos jours, il connait déjà un franc succès.
"Pour qui s’intéresse à
l’histoire militaire, plus spécialement à
l’épopée napoléonienne, ce livre est le
bienvenu. Premier d’une saga racontée en cinq
volumes, le récit décrit avec minutie la
chronologie des événements tels qu’ont pu les
vivre deux conscrits alsaciens, Boniface
Knobloch et François Brigel incorporés en 1809
dans l’armée d’Allemagne. À Lobau, ils se
retrouveront « à proximité l’un de l’autre !
Le laboureur et le cordonnier, tous deux
réunis sous les ordres de Oudinot ; l’un
chargerait à pied et l’autre à cheval. »
Cousins nés dans le même village au début de
la Révolution, ils apparaissent de temps en
temps au premier plan de la grande scène
historique.
Les sources sont
clairement mentionnées : archives familiales,
communales, départementales et nationales,
correspondance et mémoires, rapports médicaux,
journaux, chanson populaire même. Si le fil
rouge – l’histoire des deux cousins -
est ténu, le récit, précis et bien écrit, est
truffé de citations qui le rendent très vivant
et lui donnent sa crédibilité. L’auteur est
prudent quand il manque de sources pour ses
deux héros : il émet des hypothèses. Le
lecteur trouvera des notes, des cartes, des
explications très pédagogiques : par exemple
le tirage au sort et le « bon pour le service
», l’organisation des armées, la stratégie
militaire, ou encore le quotidien du soldat
(la nourriture ou l’équipement). La tragédie
que représente la retraite de Russie mérite à
elle seule la lecture de cet ouvrage très
sérieux."
Un
commentaire du chroniqueur Guy Trendel
Guy Trendel, le chroniqueur bien connu
et grand spécialiste du Moyen Age alsacien m’a fait
l’honneur et le plaisir de commenter mon livre. Je
vous livre ci-dessous son commentaire.
Journaliste à la retraite, Guy Trendel est un ancien
responsable de la rédaction régionale du Nouvel
Alsacien, ancien conservateur de la bibliothèque
alsatique du Crédit Mutuel mais surtout un excellent
connaisseur de l’Alsace. Il a publié plus de 30
ouvrages sur l’histoire et le patrimoine de l'Alsace
et présente sur France 3 Alsace des idées de
ballades. Ses deux derniers livres sont : L'Alsace
au Moyen Age : Chroniques insolites et véridiques
d'un millénaire fascinant (2010) ainsi que : Alsace
aquarelles (2010) réalisé en collaboration avec
Stéphane Henrich.
"L’Alsace a trouvé un second
Erckmann-Chatrian avec Bertrand Jost qui vient de
se lancer dans cette saga des Vicissitudes
Militaires qui veut nous faire vivre cent
cinquante années de guerres et troubles imposés à
des générations d’Alsaciens entre 1809 et 1959. Ce
premier tome, des cinq annoncés, est un
extraordinaire miroir de la vie de braves gens de
notre Ried alsacien auxquels un « grand homme »,
en l’occurrence Napoléon Ier, impose « un avenir
brillant » qui se résumera en souffrances et
incompréhension. Remarquablement documenté et
associé au talent de conteur, ce livre ne peut que
passionner le lecteur. J’ai aimé ces lignes
simples, troublantes, qui nous forcent à
l’interrogation. Comment a-t-on pu plonger
l’humanité dans de tels drames ? Des premiers pas
en caserne à la retraite de Russie, on est fasciné
par ces personnages si simples qui semblent
appartenir à notre quotidien. On ne peut rester
indifférent et la lecture est un remarquable
éveil. Merci à Bertrand Jost de nous faire
partager cette incroyable histoire qui nous
semblait si lointaine et qui, soudain, nous
entraîne vers ce passé si bouleversant."
Extraits.... ____________________________________
Conscrits de l'année 1809, les cousins
Boniface Knobloch et François Brigel doivent
quitter leur village de la plaine d’Alsace qui
les a vus naître. L’administration impériale
venait de leur signifier manu militari qu’on
avait besoins d’eux. Ils partirent donc,
le cœur serré pour aller servir la patrie loin
de chez eux.
Armée d’Allemagne, première
campagne en Autriche et puis de victoires en
sacrifices, toujours plus loin jusqu’aux
confins de l’Europe…. Parviendront-ils à
surmonter toutes les épreuves et revoir leur
chère Alsace ?
« Monsieur le Président,
Confiant dans l’appel que vous avez bien voulu
faire aux vieux débris de l’Empire, pour les
rémunérer des services qu’ils ont rendus à la
Patrie et pour lesquels ils n’ont reçu aucune
récompense, je soussigné Brigel François,
cordonnier à Diebolsheim, ancien soldat et
brigadier du 20e chasseurs à cheval, viens
prendre la liberté de vous exposer les droits
et titres qui peuvent me recommander à votre
bienveillante sollicitude. »
Ce livre n’est pas un roman. Tous les faits
racontés, toutes les citations son véridiques
et issus de témoins oculaires. Dans sa
sélection des sources, L’auteur s’est attaché
à toujours privilégier les témoignages de ceux
qui étaient au plus près de l’action, ceux
dont le récit authentique et brut fait vibrer
en quelques mots car c’était un temps où
vivaient encore des héros ….
« Le 14, jour de la bataille de Raab, La
division Montbrun dont faisait partie la
brigade Colbert, avait reçu l’ordre d’enfoncer
l’extrême droite de l’ennemi en le tournant.
La brigade Colbert fut forcée de charger à
travers un défilé étroit où le 20e chasseurs
perdit beaucoup de monde sous la canonnade
notamment le capitaine Capitan et le
sous-lieutenant Henri. Après avoir été amputé
et juste avant d’expirer, Henri déclara à un
camarade : « Adieu, maréchal des logis, je
vous remercie de vos bons soins, faites mes
amitiés à tous mes camarades présents et
absents. Dites-leur bien que je suis content
de moi, car j’ai envisagé la mort sans pâlir.
» C’était comme ça que mourait un chasseur.
Henri s’était illustré au régiment dès l’âge
de 15 ans alors qu’il n’était encore que
trompette. A cette époque, il captura un jour
seul un dragon autrichien. Lorsqu’il revint au
camp, le dragon, honteux, déclara qu’il avait
déserté et n’avait pas été capturé. Henri
déclara alors : « Très bien, qu’on lui rende
ses armes. Je vais le capturer une seconde
fois puisque la première n’a pas compté ! » »
Un temps où des soldats légendaire arrivèrent
jusqu’à Moscou d’où ils s’en retournèrent
chargés comme des rois….
« Ainsi, sous un soleil radieux d’automne
russe l’immense colonne s’ébranla vers le sud.
En plus des soldats, et de leurs convois
d’équipement, de vivres, de munitions et de
blessés, environ 40.000 civils à bord de
presque autant de véhicules fuyaient également
la capitale et se mêlaient aux troupes,
chargés de tout ce qu’ils avaient pu emporter.
Les soldats eux-mêmes s’étaient encombrés de
ce qu’ils avaient amassé en un mois de
pillage. Ils portaient de l’argenterie, des
objets en or, des fourrures, et même des
livres. Beaucoup avaient sacrifiés jusqu’à une
partie de leur équipement pour emporter plus
de butin et ces hommes qui marchaient
apparemment sans ordre ou discipline
ressemblaient plus à une tribu barbare qu’à
une armée en campagne. Ségur comparait cette
armée à une horde tartare, d’autres officiers
la comparaient à celles des Romains, des Grecs
ou des Perses qui rentraient de leurs
expéditions chargés de butin. Enfin d’autres
plus prosaïques, n’y voyaient qu’un carnaval
ou une mascarade. Certaines Moscovites qui
avaient choisi de suivre l’armée française
quittaient leur capitale « habillées comme des
bourgeoises parisiennes allant à un
pique-nique au bois de Vincennes ou
Romainville » ».
Les témoignages les plus précieux, mais aussi
les plus rares, sont ceux des sans-grades ou
des jeunes officiers qui vivaient les émotions
et les souffrances de l’armée dans leur chair.
C’est en lisant leur témoignage que le lecteur
prend tout la mesure de l’expérience qu’ils
ont vécue…
« Au milieu de cette foule de visages
uniformes on ne reconnaissait plus celui qui
marchait ici, là, ou à côté de soi. Il n’y
avait plus qu’une chose qui importait :
marcher, marcher toujours et survivre. Sur les
visages de chacun les noms s’étaient effacés
pour faire place, partout, à l’ombre de la
mort. C’est ainsi qu’on approcha doucement de
la Bérézina, nouvelle épreuve sur le chemin de
l’armée en déroute. Le 24 au soir des éléments
de la division Compans arrivèrent enfin à
Bobr. C’est là que Gardier qui avait quitté
Moscou avec un convoi de blessés le 18 octobre
retrouva son colonel du 111e qu’il eut peine à
reconnaître : « Ils sont à peine
reconnaissables, leur teint livide, leur
longue barbe avec des yeux hagards et toute
leur personne couverte d’un enduit de crasse
et de poussière leur donne assez l’air de
malheureux naufragés qui auraient erré quelque
temps, privés de nourriture et de tous les
premiers besoins de la vie sur des rives
désertes. La première demande qu’ils nous font
est de nous prier de leur donner à manger et
les aliments en assez grande quantité qu’on
leur apporte, ne servent qu’à exciter leur
insatiable appétit. » »
Il aura fallu un an de recherches à l’auteur
pour réunir les éléments de cette fresque
militaire qui court sur six années de l’époque
impériale. Une autre année fut nécessaire pour
la sélection et la confrontation des sources
ainsi que pour l’écriture.