Bientôt en 2024





Ci-dessous mes livres centrés sur l’histoire de l’Alsace     __________________________________________________

                                  
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A paraitre prochainement mon premier roman historique...



Les Mécréants ou la malédiction du petit roi


Mars 1314. Le roi Philippe le bel condamne le grand maitre des templiers au bucher et de par ce sacrilège attire sur son royaume et la papauté les foudres divines qui conduiront à la fin de sa lignée, à des décennies de misères et de chaos pour son royaume et au délitement progressif des sociétés française et européenne. Pourtant dans sa grande miséricorde, le Père Eternel daigna sauver du désastre un petit roi, rejeton ultime de la lignée maudite qui préserverait la lignée royale au cours des siècles obscurs jusqu’au jour fatidique où la France aura atteint un niveau d’effondrement tel que le Père Céleste ordonnera à l’héritier royal de sortir de l’oubli, pour recouvrer son trône et rétablir la bannière de la chrétienté sur le royaume déchu de Clovis, sur l’Europe et jusqu’au tombeau du Christ.


Cependant, au cœur du petit village alsacien d’Altendorf, une vieille famille de notables locaux ne se doute pas que sa prospérité insolente accumulée au fil des siècles grâce à de nombreuses acquisitions de domaines viticoles est en réalité bâtie sur un secret inavouable, perdu au fond des temps, au cœur de ce XIVe siècle qui vit la France dévastée en tous sens par les grandes compagnies, d’ignobles bandes de routiers, mécréants sans foi ni loi qui pillaient et brûlaient tout pour leur seul profit. Mais en ce début de XXIe siècle, l’Héritier du domaine, Arnaud, ne pense qu’à accroitre son opulence à grand renfort de corruption et de coup tordus alors que son cadet Edouard, ingénieur financier, jongle avec les millions de la bulle financière créée par l’arrivée d’internet. Dès lors, le vieux prêtre d’Altendorf aura fort à faire pour déjouer les tours du malin et au travers d’une enquête minutieuse percer le vieux secret du village et coïncidemment retrouver le fil perdu de la malédiction du petit roi.





Article Vicissitudes
                  militaires



Semaine de Promotion en Alsace

Rencontre avec les lecteurs

"Replacer nos ancêtres au cœur de l’Histoire"
Pfettisheim - 25 octobre 2021















Débat avec l’historien Georges Bischoff

Librairie Kléber
Strasbourg - 29 octobre 2021







Vidéo l’évènement sur Facebook




Vicissitudes Militaires - Tome 6 :  Séjour au crépuscule du dernier empire


Ceci est le 6e et dernier volume de ma saga familiale : « Vicissitudes Militaires – Sept générations de conscrits d’une famille alsacienne aux armées de cinq empires ».

Ce dernier épisode intitulé « Séjour au crépuscule du dernier empire » est aussi le plus personnel puisque j’utilise mes souvenirs d’enfance pour dérouler l’histoire de quelques fermes du village familial au cours des siècles. Comme à mon habitude, je raconte aussi l’histoire de militaires de la famille avec en point d’orgue l’aventure de mon oncle Philibert en Algérie de 1957 à 1959 dans le contexte du déclin global de la conscription militaire et de l’empire colonial.

Avec ce dernier volume je clos une aventure de 17 ans puisque c’est en 2004 que j’ai débuté les premières recherches dans les archives nationales, départementales et familiales de ce projet de longue haleine
.


1er extrait :

« La vieille cour de ferme jadis si vivante et riche d’odeurs animales et végétales est aujourd’hui bien morne, neutre et triste. Dès l’après-guerre, lorsque débuta la mécanisation, Eugène et après lui Philibert avait initié « la sortie d’exploitation » qui préfigurait l’avenir, c'est-à-dire la transplantation de toute l’activité agricole hors de la cour de ferme traditionnelle pour permettre la mécanisation systématique et la rationalisation de l’activité à grande échelle. Cette évolution s’accompagnerait de l’abandon progressif de toutes les activités artisanales non rentables comme les pommes de terre ou les vergers. En 1950, Eugène récupéra un grand hangar stocké à Strasbourg en pièces détachées depuis dix ans. Il avait été construit par les Allemands après la débâcle pour les Alsaciens victimes des bombardements et n’avait jamais été utilisé. Eugène l’acheta et le remonta derrière sa ferme pour y entreposer ses nouvelles machines et la réserve de paille. Nous adorions y jouer avec mon frère et mon cousin malgré les mises en garde des adultes : « attention, il y a des martres dans la paille ! » Nous n’en avions cure. Un fois, on y creusa une cabane en alignant des rondins de bois en guise de toit qu’on couvrit de bottes de paille. Mal nous en prit ; Eugène eut la mauvaise idée de se promener sur ce toit de fortune et tomba au travers se blessant à la jambe. Mon cousin en fut quitte pour une (légère) correction. A côté de cet entrepôt, se trouvait le verger avec au milieu le poulailler. Quand j’y entrai, je pouvais à peine ouvrir les yeux tellement il y avait d’insectes en tout genre qui grouillaient à travers tout l’espace. C’était le royaume de la vermine ! Nous y allions pour monter sur le toit d’où nous avions une vue imprenable sur les environs.

 
Je ne pourrais terminer ce petit descriptif de la ferme de mon enfance sans mentionner une anecdote qui eut lieu au milieu de la cour, un jour que nous jouions tranquillement au ballon comme d’habitude. Eugène arriva en tirant un veau au bout d’une corde. De l’autre main il portait une hache. Il avait aussi un énorme couteau dans la ceinture. Il tendit la corde à un tiers et prit la hache à deux mains. Il la brandit, et avec le dos de l’outil, il asséna un énorme coup sur la tête du veau qui se mit à tituber aussitôt. Ne lui laissant aucun répit, Eugène se saisit du couteau et se mit à lui couper la tête à l’encolure. Celle-ci se détacha rapidement et alors, quelle ne fut pas ma surprise de voir le corps sans tête de l’animal s’enfuir à quatre pattes et courir à travers toute la cour. Le sang giclait fortement au travers de son cou décharné en dessinant des cercles rouges sur le sol. Après quelques circonvolutions, l’animal s’écroula enfin, mort pour de bon. Il ne restait comme seule trace de l’épisode qu’une immense spirale de sang sur le sol cabossé de la vieille cour.»


2e Extrait:


               « Colomb-Béchar, 1958. Un convoi de camions bâchés vient de traverser l’Algérie du nord-est au sud-ouest. Mille kilomètres en ne s’arrêtant que pour se ravitailler :

               « C’était vers le mois de janvier. Quand je suis arrivé il neigeait, la première neige de la saison. C’était assez rare. Il a neigé toute une journée. On est arrivé dans un camp sommaire de 80 soldats commandés par un capitaine, un ancien pilote. Il n’y avait pas un seul bâtiment, que des tentes. Pour dormir aussi bien que pour faire la cuisine. 20 soldats par tente. Les tentes se sont donc retrouvées sous la neige. On est arrivé la nuit et je me dis : mais où on est là, j’entends parler allemand. Je demande à un soldat : on est encore en Algérie ? Il me dit : pourquoi tu demandes ça ? Ils parlent tous allemand, à côté. Ah, ça ce sont des légionnaires. Légionnaires ? C’est quoi un légionnaire ? J’avais 20 ans, je n’avais jamais entendu parler de légionnaires et je ne savais pas ce que c’était. Ils avaient leur camp à proximité, en dur, avec des baraquements qu’ils avaient construits eux-mêmes. Ils avaient aussi un élevage de cochons.

                Les légionnaires venaient nous voir quelque fois et quand ils m’ont entendu, ils ont tout de suite su d’où je venais alors ils venaient me parler parce que c’était des Allemands à quatre vingt dix pour cent et j’étais le seul Alsacien. Je leur parlai en alsacien. C’était de bons camarades. Ils parlaient volontiers mais jamais d’eux-mêmes ou de leur passé. Un légionnaire ne raconte pas sa vie. »

Le légionnaire allemand Horst Roos qui fit une brillante carrière de 40 ans dans la légion confirme : « Je ne me souviens pas avoir raconté à quelqu’un pourquoi j’étais venu à la Légion et personne ne m’a jamais questionné à ce sujet. […] On ne pose pas ce genre de question à la Légion. »»



Revue de Presse





 








Life and death of a French soldier












Vicissitudes Militaires - Tome 5 :  Un instituteur alsacien dans la tourmente



Instituteur en 1938, Marius Meyer est appelé par l’armée française en 1939.
Démobilisé en 1940 il rentre en Alsace où en 1943 il est incorporé de force dans la Wehrmacht.
Suivons Marius dans les méandres de l’armée allemande, alors qu’il tente d’échapper au front russe, à la propagande et à la terreur nazie…





Marius Meyer et ses camarades incorporés de force en formation à Kustrin en 1943


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Preface de Georges Bischoff

La carotte et le bâton

Ce cinquième volume des Vicissitudes militaires de Bertrand Jost est le point d'orgue chronologique d’une série dont le titre a de quoi intriguer le lecteur. En effet, vicissitudes fait écho à servitudes, et l’épithète qui l’accompagne renvoie, évidemment, à Alfred de Vigny, dont les Servitudes et grandeurs militaires (1835) illustrent la fatalité des armes et les déchirements de l’honneur.

Les personnages mis en scène à travers près de deux siècles d’histoire-bataille ne sont pas des héros reconnus, des acteurs trop glorieux pour être vrais, des figurants auxquels il ne manque pas un bouton de guêtre, mais des sans-grade qui ont connu l’ennui des garnisons, la boue des tranchées, la peur et le sang  qui sont l’ordinaire des guerriers. Ce sont des malgré-nous de l’aventure qu’ils ont subie en vertu de l’impôt du sang, au service de leur pays, s’ils étaient consentants, ou sur l’ordre des maîtres du moment, s’ils ne l’étaient pas.


L’adjectif et le substantif « militaire » sont fortement connotés : dans leur acception moderne, ils se rapportent à des institutions d’Etat, qui sont réglées par la loi et relèvent d’obligations civiques. Aujourd’hui, les mots « soldat » ou « combattant » n’ont pas tout à fait le même sens : ils n’ont pas la dimension collective et, pour ainsi dire sacrée, inhérente à l’idée de « levée en masse » inventée au moment de la Révolution française et validée par la conscription en vigueur entre 1798 et 1997. Les conscrits des « conseils de révision » et des « messti » n’étaient pas des professionnels de la sécurité, loin de  là, et n’avaient d’ailleurs pas vocation à le devenir. En endossant l’uniforme et en apprenant à se battre, ils étaient censés s’identifier à la Nation, en être les interprètes et, éventuellement,  la mémoire.
Ce n’était pas des mercenaires, des baroudeurs, et encore moins les techniciens de l’ordre public ou du désastre organisé à qui l’on sous-traite des missions régaliennes- ce qui est le cas de nos jours-, mais des civils à qui l’on imposait de sacrifier leur jeunesse et, trop souvent, leur vie.

Lorsqu’ils avaient été saisis par la guerre, c’était pour vivre une expérience terrible, non seulement pour eux, entre hommes, mais encore pour tous leurs proches, leurs parents, leurs femmes, leurs fiancées, leurs enfants.

Le travail d’intelligibilité entrepris par Bertrand Jost à travers la généalogie de sa famille est à mes yeux, exceptionnel. Ces Vicissitudes  ne doivent pas être comprises comme une saga à grand spectacle, comme une fresque haute en couleur  mais comme des séquences que le lecteur est libre de recomposer à sa guise, en y projetant ses propres images. La méthode adoptée par l’auteur relève de la meilleur pédagogie possible, que je qualifierais ici par la formule « la carotte et le bâton », mais en me gardant de lui attribuer le sens qu’on lui donne généralement.

Et de fait, les cinq volets des Vicissitudes militaires sont comparables ce que les géologues nomment une carotte, autrement dit un échantillon de roche prélevé dans les profondeurs de la terre pour en retrouver la stratigraphie et pour en étudier les matériaux. Les sondages ont été réalisés sur un terrain familier, entre la plaine de l’Ill et les collines du Kochersberg. Ils ont fait apparaître des couches plutôt chahutées, avec des alluvions ou des agrégats de provenance très lointaine, comme si l’espace considéré avait été exposé aux quatre vents de l’Histoire, avec des morceaux de France, d’Allemagne, d’Europe centrale, du Midi et d’ailleurs. Et, pour un regard d’archéologue, combien de fragments d’os, d’éclats d‘obus, de pièces d’équipement, de tessons de souvenirs… En réalité, mais on s’en doute, Bertrand Jost a recueilli ces éléments grâce à sa curiosité d’historien : il a interrogé les archives, pour les périodes les plus anciennes, et il a recueilli la mémoire, si fragile, restée vivante chez les siens ou dans leur environnement. Sa collecte est au cœur même d’une enquête minutieuse à la rencontre des  sources, écrites, orales, figurées, matérielles et du contexte qu’elles éclairent et qui permet de les comprendre.

Si j’ajoute le bâton à la carotte, c’est un peu par archaïsme pédagogique, et par tendresse pour les instituteurs d’autrefois, comme Marius Meyer de Hohatzenheim, qui se servait certainement de cet instrument pour désigner le tableau noir ou la carte accrochée au fond de sa classe. On pourrait remplacer cette baguette par un pointeur laser, mais le résultat serait le même. Transmettre un savoir, ou aider à en construire un nouveau, cela consiste à montrer les choses pour mieux les observer et pour les expliciter. C’est ce que fait continuellement Bertrand Jost en s’éloignant du document brut pour faire varier la perspective. Ainsi, dans ce cinquième livre, qui traite de la période la plus récente, et donc de la plus difficile, les souvenirs du  grand père de l’auteur et les autres pièces du dossier donnent lieu à une véritable exégèse qui permet de les relier aux événements généraux et, du coup, les insère dans un récit cohérent. La gageure est d’autant plus grande qu’on a affaire à des cendres encore chaudes, à une mémoire encore  vive, plus sélective et moins impersonnelle que celle des archives. Peut-on considérer Marius Meyer comme le portrait-robot de sa génération ou faut-il le prendre dans toute sa singularité ? Son profil pourrait être exemplaire, mais il n’est pas exceptionnel : nombreux ceux qui s’y retrouvent, de la mobilisation de septembre 39 au lendemain de son mariage à sa démobilisation comme aspirant FFI, fin 1944, après l’épreuve d’un premier retour au pays, à l’automne 1940, la cure de nazification subséquente et le reformatage pédagogique de l’Umschulung, l’incorporation de force dans la Wehrmacht, la désertion sédentaire de l’été 44. Destin partagé, avec ses ombres et ses faux semblants – car il s’est trouvé de nombreux Alsaciens qui croyaient servir l’Alsace en composant avec un régime criminel -, en même temps qu’une leçon  d’espoir. Les carnets de l’instit de Hohatzenheim témoignent de ce qui fait le ressort de la vie, l’amour, l’amitié, l’humour, la foi, l’imaginaire. C’est peu et c’est beaucoup, et cela exige une bienveillance de chaque instant.


Et si l’Histoire est celle des vicissitudes, ou des tribulations qui emportent les uns et les autres, elle est aussi, quand elle est apaisée, un magnifique outil d’intelligence des hommes et du monde, au service de la Vérité.


Revue de Presse




 











Leon Meyer au Maroc vers 1926


Vicissitudes Militaires - Tome 4 :  Les derniers Allemands



L’épopée de Léon Meyer en Afrique en 1926 et durant la guerre 39-40.

C’était l’époque où beaucoup de jeunes alsaciens ayant quitté l’école juste avant le retour à la France de 1918, furent appelés au service militaire par la France alors qu’ils ne connaissaient pas trois mots de français…

Ils étaient les « derniers allemands » d’Alsace…



Extraits....

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Né à Friesenheim en 1905, éduqué à l’école communale alors allemande, le destin de Léon Meyer bifurque brutalement en 1918, lorsque l’armée française reprenait possession de sa province perdue, 48 ans après en avoir été expulsée manu militari:


« Justement en cette fin novembre 1918, les frères étaient déjà de retour et furent fêtés joyeusement dans leurs fermes respectives. Ils ne se firent pas priés pour jeter leurs hardes militaires, vestiges de l’empire défunt et se glisser dans des vêtements civils pour pouvoir eux-aussi accueillir l’arrivée des soldats français dont les régiments se succédaient le long du Rhin. Le 9 décembre une compagnie du 1er bataillon du 25e Régiment d’Infanterie arriva en cantonnement au village, et il fallut se débrouiller comme on pouvait pour communiquer. D’autres compagnies de ce régiment seraient cantonnées dans les villages voisins de Diebolsheim, Bindernheim, et Ebersmunster. Les fermes Meyer reçurent elles aussi leur contingent de soldats. Il reste d’ailleurs dans l’album familial une photo prise lors d’une fête donnée à la ferme de Charles Meyer, probablement en décembre 1918. On y voit la famille, Charles, Marie et le petit Bruno affublé d’un calot de soldat français, deux des sœurs, Joséphine et Antoinette et huit soldats en cantonnement. Tout le monde pause l’air grave et sérieux, comme si cette photo était amenée à prendre place dans un musée de France pour témoigner de cette période historique où l’armée de la république reprenait possession de sa chère province rhénane que Louis XIV avait jadis qualifié de « beau jardin ».»

 
    Sept ans plus tard, Léon est appelé au service militaire alors qu’il ne parle pas trois mots de français. Aussitôt envoyé en Algérie, il se retrouve isolé avec quelques camarades dans la forteresse de Fort National en Kabylie :

« «Fort National le 12.3. 1926
Cher oncle et tante,
Je voudrais vous dire que je ne suis plus à Alger. Nous sommes affectés depuis le 27 à Fort-National, très loin d’Alger. Mais ça ne me plait pas ici parce que de là haut on a vraiment l’impression d’être au bagne.
Un service à en tomber à la renverse et la nourriture n’est pas non plus très bonne.
Fort-National se trouve très haut dans la montagne et il fait assez froid ici des gelées du matin et à midi soit de la brume soit de la pluie ; toute la journée il a plu tout ce qui pouvait tomber du ciel. J’ai commencé à écrire cette carte au Fort National et je n’avais plus le temps de la finir parce que nous devions partir. Et maintenant on est de nouveau à Alger jusqu’à ce que nous allions au Maroc. Je pourrais faire une chanson sur ce que nous avons vécu ici jusqu’à maintenant. Léon. Le bonjour du lointain. »


Et bientôt le voilà au Maroc, dans le Rif, cette région montagneuse du nord où les rebelles sous le commandement d’Abd-el-Krim défient les puissances coloniales environnantes : la France et l’Espagne. Là, il connaitra les privations, les  tranchées montagneuses et précaires mais aussi la camaraderie entre soldats :

« Tanézrift le 25.4.26
Ma chère Léonie!
J’ai reçu ta chère lettre avec une grande joie et je t’en remercie. Je suis encore en forme ce que j’espère aussi pour toi. Comme je l’ai vu, tu étais le dimanche de quasimodo* à Friesenheim et tu t’es de nouveau bien amusée. Eh bien, j’ai de nouveau fait défaut. Sinon ça aurait été encore mieux. Mais ça ne fait rien car l’année prochaine nous serons à la maison et alors nous nous amuserons de nouveau bien avec toi.
Je n’aurai probablement pas de permission car à ce qu’on dit nous devons rester là pendant six mois et ensuite nous irons à Fez pour une période de repos avant de retourner en campagne. Espérons que ce ne soit pas le cas.
Nous campons ici depuis 4 jours et nous avons une grosse chaleur. Il y avait là de grands combats pendant 3 ou 4 mois».


En 1927, Léon Meyer rentre en France enfin libéré du service. Mais douze ans plus tard, voilà une nouvelle guerre contre l’ennemi héréditaire, son ancienne patrie. Au sein du 154e RIF, Léon se retrouve sur la ligne Maginot dans des tranchées de béton flambant neuves qu'on disait infranchissables:

« A 22h30 le soir du 13 l’ordre de départ fut donné. Le 154e RIF quittait sans gloire et sans combat la position qu’il occupait depuis le 25 août 1939. Après avoir brûlé tous les documents, les trois bataillons se dirigèrent vers le sud en ne laissant dans les casemates que de faibles effectifs pour continuer à défendre la ligne Maginot.  Le capitaine Hubert qui commandait les casemates du 2e bataillon (3e UEC) se sentait alors bien seul pour affronter les divisions allemandes qui ne tarderaient pas à fondre sur lui:

« Le régiment avec ses troupes d’intervalle nous quitte dans la soirée du 13 juin 1940. Il nous laisse avec la mission : TENIR. Nous sommes seuls, un silence absolu, un manque de vie nous émeuvent dans l’étroite vallée de Rothembach. La longue garde qui depuis le 25.8.39 n’a cessé d’être vigilante, surtout vers le « no man’s land » deviendra plus attentive sur nos arrières et jusqu’à l’espoir suprême nous allons vivre d’une angoisse faite à la fois de crainte et d’audace. »


L’histoire de Léon Meyer est celle des derniers Allemands d’Alsace, ces Alsaciens germanophones qui durent s’adapter bon gré mal gré au retour de la France et faire face peu après au vent des conquêtes qui secouèrent le Rhin…













Article dans les Dernières Nouvelles d’Alsace








Leo Knobloch vers 1900


Vicissitudes Militaires - Tome 3 :  Quand nous étions allemands


L’histoire de la quatrième génération, celle de Leo Knobloch et Joseph Meyer appelés au service du nouveau Reich Allemand de Guillaume II. Ils seront entrainés dans l’horreur de la guerre 14-18.



Extraits....

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L’Alsace était à présent allemande, au sein du Reichsland d’Alsace-Lorraine où les nouveaux sujets de l’empereur étaient invités à marcher au pas. Ce nouveau tome de la série « Vicissitudes militaires » nous propose de vivre, du côté des gens simples de la campagne la vie dans les familles alsaciennes lors de la belle époque :

« A Schaeffersheim, le souci majeur était la bonne marche de l’exploitation familiale, le rendement des récoltes et la clémence des saisons. Pour que Dieu nous accordât tous ces bienfaits, on avait la chapelle Saint-Blaise, l’église communale et le curé qui montrait le droit chemin. A force de prières on espérait chasser les mauvais esprits qu’on savait rôder sur la campagne comme en témoignent ces quelques notes de Léonie: « Le soir on ne sortait que lorsqu’on avait fait le signe de la croix avec de l’eau bénite. Il n’y avait aucun éclairage public et on disait que dans l’obscurité tous les mauvais esprits étaient en chemin. Au coin du feu se racontaient toutes sortes d’histoires de sorcières. Les gens avaient peur de sortir. Les garçons accompagnaient volontiers les jeunes filles. »

 
Comme dans les volumes précédents, nous suivons les conscrits de la famille à travers le service militaire et lors du cataclysme de la première guerre mondiale. La quatrième génération de notre famille, celle de Leo Knobloch et Joseph Meyer est alors appelée à se battre sur tous les fronts d’Europe des Flandres aux confins de la Russie :

 
«« Neudorf vendredi soir [14 août 1914]

Chers parents !
Je vous informe que Léo vient me voir presque tous les jours. Quand il ne vient pas je vais chez lui. Tout à l’heure nous étions chez Joseph. Il garde le pont de chemin de fer de Schiltigheim. Le chéri a une bonne situation. Il a un bon lit mais sans nourriture, c’est pourquoi nous nous faisons déjà du souci.
[ ]
Aujourd’hui ils ont amené des Français. 150 prisonniers. Aussi des blessés allemands et français [qui] ont été nourris dans un hôpital aménagé. Ceux-là sont contents d’être là. Espérons que ça ne va pas durer trop longtemps.
[ ]
Nous vous saluons tous du fond du cœur.
Léo, Joséphine, Joseph.»
 

Joseph Meyer passera un temps par l’enfer des combats le long de la crête des sommets vosgiens :

« Quelques jours plus tard, le 12 octobre 1915 l’ultime attaque allemande débuta à grand renfort de gaz et de lance-flammes pour la conquête des derniers points du Linge qui leur échappaient encore, notamment le Schratzmännele. Les Landwehr parvinrent à expulser la première ligne française de ses positions et à reprendre pied sur le sommet tant convoité. Trois mois de combats farouches venaient de trouver leur terme. 10.000 soldats étaient tombés pour rien puisqu’on était revenu aux positions initiales. Le 13, Joseph envoya une photo à sa femme montrant ses nouveaux quartiers. On y voit le soldat Meyer posant entre deux camarades dans une espèce de cabane décorée pour l’occasion photographique avec quelques pots de fleurs. Les trois hommes on l’allure fière et déterminée :

«13.10.15 dans les Vosges

Ma chère femme et les enfants !
Je t’envoie une petite vue de notre cantonnement avec mes deux camarades. Nous somme ensemble fidèlement depuis mars. J’ai reçu ta lettre hier. Ma chérie, va-y aussi vite que possible car tu n’as pas mérité ça. Si seulement je pouvais t’aider.
Un bonjour chaleureux. Ton fidèle mari Joseph Meyer. » »


 Et puis c’est l’exil des Alsaciens voulu par l’état major allemand vers le front de l’est

« Basse-Alsace, Lauterbourg le 7.12.15

Un verre de bière

Chers parents!
J’ai reçu votre mot à travers Emilie et je vous en remercie. Je suis bien pourvu pour le voyage en linge et autres nécessités. Je suis détaché avec d’autres camarades de la gendarmerie centrale et maintenant nous sommes en route pour Koenigsberg.
Ne vous laissez pas aller à la mélancolie. Le bon Dieu me protégera. Il y a beaucoup de contingents la-bas en ce moment.
Un bonjour chaleureux. Leo Knobloch.
Lorsque grâce à l’intercession de la Mère de Dieu, je serai bien arrivé, je vous enverrai mon adresse.»

Depuis Napélon, la famille semblait toujours tirée vers cette immensité morne :

« Memel, le 1er juin 1916,

Chers parents et chère Elise,
Je suis bien arrivé à Memel. Le voyage continue. [En ce jour de] l’Ascension je souhaite que ma carte vous parvienne de la même manière que je l’ai envoyée, en forme et en bonne santé. Gentille Maman, demain relativement tôt on passe dans les territoires de l’est.
Un bonjour chaleureux
Landsturm Leo Knobloch. »

 Pour Léo Knobloch, c’est l’époque d’un long séjour en Courlande, sur les bords de la mer du nord :

« En Courlande en effet, la nature était plus puissante que l’homme et l’on ne pouvait y vivre qu’en suivant le rythme immuable des saisons. Ainsi la pluie s’abattait sans discontinuer du printemps à l’automne sur ce sol stérile et se transformait partout en mares, marais, rivières et lacs qui rendaient les communications difficiles. Un soldat nota dans son journal : « Une douce pluie de printemps tombe durant toute la journée et on a l’impression que la terre va simplement disparaitre sous l’inondation. » Lorsque la pluie cessait enfin, la terre était baignée d’une lumière étrange dominée par un ciel d’un bleu intense. Alors arrivait le brouillard, lentement à travers les forêts et le long des plaines, engendrant des crépuscules fait de formes incertaines et de paysages diffus. Finalement la pluie recommençait annonçant la rigueur de l’hiver. Ceux-ci étaient particulièrement sévères. Le vent de Sibérie couvrait rapidement la terre d’un lourd manteau de neige d’où ne dépassaient que les forêts sombres. Dans cet environnement contrasté, un officier allemand ressentit alors « un sentiment fort de l’étendue incommensurable, de la solitude et de la majesté hivernale des forêts russes. » La terre de Courlande appartenait alors toute entière à la neige sans limite, à la nuit et aux loups affamés. »


Comme pour les volumes précédents, il aura fallu à l’auteur de longues années de recherches et de travail pour réunir les documents, les déchiffrer et les traduire, grâce notamment à l’aide précieuse d’un réseau d’aimables généalogistes bénévoles. C’est un nouveau chapitre  de cette fresque militaire qui court sur toute la période de l’Alsace allemande.








Article dans les Dernières Nouvelles d’Alsace
 
Dimanche le 04 Septembre 2011









Julie Woehrel dont le père participa à la retraite de Constantine subira, elle, le siège et le bombardement de Strasbourg



Vicissitudes Militaires - Tome 2 :  Le prix de la liberté

Ce volume raconte l’histoire de la deuxième et troisième génération de notre famille.

Suivons nos héros à travers le 19e siècle, passer l’épreuve du fameux tirage au sort militaire, traiter avec les « marchands d’hommes », ces intermédiaires souvent crapuleux qui achetaient un service militaire ici pour le revendre là, avant d’être envoyés loin de chez eux….
Car c’était l’époque de l’empire colonial d’Afrique avec ses avant-postes ensablés, les épidémies mortelles et les rebelles du désert…
C’était aussi le temps de la valse des régimes où l’on criait suivant les modes changeantes « Vive le roi ! », « Vive l’empereur !» et même… « Vive la république ! »

Mais pour les conscrits de notre famille ce n’était à chaque fois qu’une nouvelle épreuve de leurs vicissitudes militaires…

Extraits....
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  Avec la fin du premier Empire et la restauration de la monarchie, on aurait pu croire au retour de la paix, et la famille Knobloch l’aurait souhaitée ardemment, après avoir versé un lourd tribut aux aventures impériales. Hélas, à la fin de l’année 1832, Sigismond Knobloch et Michel Woehrel se retrouvèrent tous les deux sous l’uniforme, quoique pour des raisons différentes.

Ce nouveau tome de la série « Vicissitudes militaires » nous propose de vivre, du côté des simples soldats, la conquête de l’Algérie, les multiples guerres du Second Empire et sa chute, qui offrit l’Alsace-Lorraine au nouvel Empire allemand. De la chute de Napoléon Ier à celle de Napélon III, Bertrand Jost poursuit sa chronique détaillée du parcours d’une famille, la sienne, au gré des conflits européens. Le prix de la liberté c’est d’abord l’histoire de ces marchands d’hommes, agents sans scrupules qui marchandaient la liberté des conscrits en leur trouvant des remplaçant bien naifs, près à vendre leur liberté à des conditions moins qu’avantageuses…

« « Il faut redoubler d’efforts, la concurrence s’agite » écrivait Gélin, un « démarcheur » notoire, en octobre 1827.  Lorsqu’ils trouvaient un candidat potentiel, ils étaient peu avares en belles promesses. Il est vrai qu’ils ne manquaient pas d’arguments. En cette année 1828, le remplaçant se négociait entre 1400 et 1500 francs par tête dans une grande ville demandeuse comme Bordeaux. Pour un journalier ou un artisan qui touchait 1.50 F ou 2 F par jour cette offre était assez alléchante. Elle représentait plus de deux ans de salaire ! »


Ce livre traite aussi de la société militaire du « juste milieu », le régime de Louis-Philippe… ….

« A cette époque, dans les garnisons de France, il y avait principalement trois sortes de soldats. Au sommet de la hiérarchie, les officiers supérieurs étaient des hommes vieillissants et usés, asséchés des dernières gouttes de l’idéalisme de leur jeunesse, dont l’activité principale était de faire la cour aux notables de la ville où ils étaient basés afin d’obtenir des avancements ou autre avantages financiers. Tout leur était bon pour remplir cet objectif : députés, aristocrates, bourgeois influents, rien n’était épargné pour tirer grand avantage de ce régime de compromission et d’hypocrisie, à l’image de la société bourgeoise dont le modèle serait bientôt façonné outre-manche par la Reine Victoria. Le régime de Louis-Philippe, baptisé par ses détracteurs le régime « des juste-milieu »  se voulait en effet le régime de l’apaisement et du compromis entre les différentes factions politiques françaises, mais en dépit des efforts du gouvernement, il trouvait bien peu de vrais partisans dans la société. Ainsi comme tous les ambitieux, à défaut de servir leurs convictions, les officiers supérieurs pensaient à leurs vieux jours et travaillaient à leur profit personnel. De temps en temps, dans un moment de faiblesse ou de nostalgie, ils se rappelaient bien leur jeunesse, lorsque, intransigeants sur leurs principes, ils allaient affronter les princes d’Europe au nom de la République et de la Liberté. Par la suite l’intransigeance avait accepté quelques concessions en échange de la fierté de combattre pour le plus grand général d’Europe. Quelles années ils avaient alors vécues à charger l’ennemi à travers toute l’Europe ! C’était à cette époque qu’ils avaient reçu telle cicatrice, souffert telle blessure. Mais comme disait Stendhal il valait mieux « chasser bien vite tous ces souvenirs qui pouvaient mener à des imprudences. »  »


Comme dans le volume précédent, le prix de la liberté nous parle d’une terrible retraite, celle de l’expédition de Constantine…

« Après des heures interminables, sans sommeil, la lueur de jour apparut enfin à l’horizon. Tel des spectres, ici et là des hommes hagards apparaissaient au milieu de la neige. Puis, leur nombre augmenta jusqu’à reformer les colonnes de l’armée. Beaucoup parmi ceux qui s’étaient redressés se trouvèrent incapables de marcher. Certains ne purent même se lever. On retrouva aussi dix-sept cadavres gelés de soldats morts de froid durant cette nuit terrible. On apprit que deux soldats s’étaient même poignardés avec leur baïonnette pour abréger leurs souffrances. Nombre de soldats et quelques officiers avaient les extrémités gelées. Le visage des plus vaillants était douloureusement affecté comme pris par la maladie. Les chevaux n’étaient pas en meilleure forme. A moitié gelés et affamés, leurs jarrets tremblaient sous les cavaliers. Même pour un vétéran de la campagne de Russie comme le baron Baude cette nuit du 20 novembre fut sans conteste l’une des plus atroces qu’il ait connus:

« A six heures et demi commence une pluie battante mêlée de neige, qui dure toute la nuit. Depuis trois jours, nous n’avons pas un brin de bois, et le plateau maudit n’offre pas un abri, pas une herbe, pour faire du feu. Epuisés de lassitude, les soldats se couchent dans la boue glacée, et le matin huit hommes y restent morts de fatigue et de froid. Des malades nombreux encombrent l’ambulance ; les chevaux commencent à périr de misère et de faim ; ceux d’entre nous qui sont revenus de Moscou, par un froid de vingt degrés tempérés, il est vrai, par des feux de sapin, prétendent n’avoir jamais autant souffert qu’à cet horrible bivouac. »».

 
On suit l’histoire de notre famille à travers les évènements du XIXe siècle jusqu’à la guerre de 1870 qui après un siège destructeur de la capitale alsacienne, verra la France perdre ses provinces d’Alsace et de Moselle…


« A peine Laurent avait-il quitté l’Alsace, que les premières bombes tombèrent sur Strasbourg créant une frayeur épouvantable parmi la population.  Au camp de Châlons, Napoléon III, vieilli et malade venait de donnait le commandement en chef de l’armée du Rhin au maréchal Bazaine qui se dirigea immédiatement vers Metz pour tenter de redresser la situation. A Strasbourg, le 15 août, le général von Werder avait pris le commandement des opérations du siège avec 60.000 hommes sous ses ordres et une cinquantaine de batteries de siège. Il accentua immédiatement la pression sur la ville : « Dans la nuit du 15 au 16 août, nous essuyons un premier bombardement, grande frayeur, quelques bombes rue du Sanglier, peu de mal. Les Prussiens selon leur expression nous servent un feu d’artifice que nous souhaitons ne jamais revoir. Il y a eu bien des accidents (de morts et de blessés). »»


            Comme pour le volume précédent, il aura fallu un an de recherches à l’auteur pour réunir les éléments de cette fresque militaire qui court sur un demi-siècle. Une autre année fut nécessaire pour le dépouillage et l’écriture.













Lettre de François Briegel au préfet du Bas-Rhin - 1850





Vicissitudes Militaires - Tome Premier : Grandeur et Déchéance

Conscrits de l'année 1809, les cousins Boniface et François natifs de Diebolsheim en Alsace sont incorporés à l’armée d’Allemagne alors en pleine reconstruction. De là il partiront en Autriche, combattront à Wagram avant le grand le départ pour la Russie où ils vivront les affres de l’horrible retraite….


Un commentaire de l'historien Jean Haubenestel


     Jean Haubenestel,  l’historien alsacien bien connu et grand spécialiste de l’histoire locale de notre région m’a fait l’honneur et le plaisir de commenter mon livre. Je vous livre donc ci-dessous le fruit de ses réflexions.

    Jean Haubenestel a écrit plusieurs ouvrages ayant trait à l’histoire des Alsaciens. On se souvient notamment de  L’Esau  (1993), Les Malgré-nous d'Ernolsheim : Le drame d'un village pendant la Seconde guerre mondiale (1995), L'oncle d'Amérique : Sur les traces des émigrés de la région de Saverne (1999), Active, propre, honnête : Jeunes filles alsaciennes en place à Paris, 1900-1960 (2002). En 2008, il nous est revenu avec un ouvrage particulièrement poignant puisqu’il traite de la douleur des familles des malgré-nous Alsaciens disparus sur les différents fronts de la seconde guerre mondiale. Intitulé Disparu/Vermisst. Familles d’Alsace et de Moselle dans l’attente et l’anxiété de 1945 à nos jours, il connait déjà un franc succès.


"Pour qui s’intéresse à l’histoire militaire, plus spécialement à l’épopée napoléonienne, ce livre est le bienvenu. Premier d’une saga racontée en cinq volumes, le récit décrit avec minutie la chronologie des événements tels qu’ont pu les vivre deux conscrits alsaciens, Boniface Knobloch et François Brigel incorporés en 1809 dans l’armée d’Allemagne. À Lobau, ils se retrouveront « à proximité l’un de l’autre ! Le laboureur et le cordonnier, tous deux réunis sous les ordres de Oudinot ; l’un chargerait à pied et l’autre à cheval. » Cousins nés dans le même village au début de la Révolution, ils apparaissent de temps en temps au premier plan de la grande scène historique.

Les sources sont clairement mentionnées : archives familiales, communales, départementales et nationales, correspondance et mémoires, rapports médicaux, journaux, chanson populaire même. Si le fil rouge – l’histoire des deux cousins -  est ténu, le récit, précis et bien écrit, est truffé de citations qui le rendent très vivant et lui donnent sa crédibilité. L’auteur est prudent quand il manque de sources pour ses deux héros : il émet des hypothèses. Le lecteur trouvera des notes, des cartes, des explications très pédagogiques : par exemple le tirage au sort et le « bon pour le service », l’organisation des armées, la stratégie militaire, ou encore le quotidien du soldat (la nourriture ou l’équipement). La tragédie que représente la retraite de Russie mérite à elle seule la lecture de cet ouvrage très sérieux."


Un commentaire du chroniqueur Guy Trendel

   Guy Trendel, le chroniqueur bien connu et grand spécialiste du Moyen Age alsacien m’a fait l’honneur et le plaisir de commenter mon livre. Je vous livre ci-dessous son commentaire.


 
   Journaliste à la retraite, Guy Trendel est un ancien responsable de la rédaction régionale du Nouvel Alsacien, ancien conservateur de la bibliothèque alsatique du Crédit Mutuel mais surtout un excellent connaisseur de l’Alsace. Il a publié plus de 30 ouvrages sur l’histoire et le patrimoine de l'Alsace et présente sur France 3 Alsace des idées de ballades. Ses deux derniers livres sont : L'Alsace au Moyen Age : Chroniques insolites et véridiques d'un millénaire fascinant (2010) ainsi que : Alsace aquarelles (2010) réalisé en collaboration avec Stéphane Henrich.

    "L’Alsace a trouvé un second Erckmann-Chatrian avec Bertrand Jost qui vient de se lancer dans cette saga des Vicissitudes Militaires qui veut nous faire vivre cent cinquante années de guerres et troubles imposés à des générations d’Alsaciens entre 1809 et 1959. Ce premier tome, des cinq annoncés, est un extraordinaire miroir de la vie de braves gens de notre Ried alsacien auxquels un « grand homme », en l’occurrence Napoléon Ier, impose « un avenir brillant » qui se résumera en souffrances et incompréhension. Remarquablement documenté et associé au talent de conteur, ce livre ne peut que passionner le lecteur. J’ai aimé ces lignes simples, troublantes, qui nous forcent à l’interrogation. Comment a-t-on pu plonger l’humanité dans de tels drames ? Des premiers pas en caserne à la retraite de Russie, on est fasciné par ces personnages si simples qui semblent appartenir à notre quotidien. On ne peut rester indifférent et la lecture est un remarquable éveil. Merci à Bertrand Jost de nous faire partager cette incroyable histoire qui nous semblait si lointaine et qui, soudain, nous entraîne vers ce passé si bouleversant."



Extraits....
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Conscrits de l'année 1809, les cousins Boniface Knobloch et François Brigel doivent quitter leur village de la plaine d’Alsace qui les a vus naître. L’administration impériale venait de leur signifier manu militari qu’on avait besoins d’eux.  Ils partirent donc, le cœur serré pour aller servir la patrie loin de chez eux.

    Armée d’Allemagne, première campagne en Autriche et puis de victoires en sacrifices, toujours plus loin jusqu’aux confins de l’Europe…. Parviendront-ils à surmonter toutes les épreuves et revoir leur chère Alsace ?


« Monsieur le Président,
Confiant dans l’appel que vous avez bien voulu faire aux vieux débris de l’Empire, pour les rémunérer des services qu’ils ont rendus à la Patrie et pour lesquels ils n’ont reçu aucune récompense, je soussigné Brigel François, cordonnier à Diebolsheim, ancien soldat et brigadier du 20e chasseurs à cheval, viens prendre la liberté de vous exposer les droits et titres qui peuvent me recommander à votre bienveillante sollicitude. »


Ce livre n’est pas un roman. Tous les faits racontés, toutes les citations son véridiques et issus de témoins oculaires. Dans sa sélection des sources, L’auteur s’est attaché à toujours privilégier les témoignages de ceux qui étaient au plus près de l’action, ceux dont le récit authentique et brut fait vibrer en quelques mots car c’était un temps où vivaient encore des héros ….


« Le 14, jour de la bataille de Raab, La division Montbrun dont faisait partie la brigade Colbert, avait reçu l’ordre d’enfoncer l’extrême droite de l’ennemi en le tournant. La brigade Colbert fut forcée de charger à travers un défilé étroit où le 20e chasseurs perdit beaucoup de monde sous la canonnade notamment le capitaine Capitan et le sous-lieutenant Henri. Après avoir été amputé et juste avant d’expirer, Henri déclara à un camarade : « Adieu, maréchal des logis, je vous remercie de vos bons soins, faites mes amitiés à tous mes camarades présents et absents. Dites-leur bien que je suis content de moi, car j’ai envisagé la mort sans pâlir. » C’était comme ça que mourait un chasseur. Henri s’était illustré au régiment dès l’âge de 15 ans alors qu’il n’était encore que trompette. A cette époque, il captura un jour seul un dragon autrichien. Lorsqu’il revint au camp, le dragon, honteux, déclara qu’il avait déserté et n’avait pas été capturé. Henri déclara alors : « Très bien, qu’on lui rende ses armes. Je vais le capturer une seconde fois puisque la première n’a pas compté ! » »


Un temps où des soldats légendaire arrivèrent jusqu’à Moscou d’où ils s’en retournèrent chargés comme des rois….

« Ainsi, sous un soleil radieux d’automne russe l’immense colonne s’ébranla vers le sud. En plus des soldats, et de leurs convois d’équipement, de vivres, de munitions et de blessés, environ 40.000 civils à bord de presque autant de véhicules fuyaient également la capitale et se mêlaient aux troupes, chargés de tout ce qu’ils avaient pu emporter. Les soldats eux-mêmes s’étaient encombrés de ce qu’ils avaient amassé en un mois de pillage. Ils portaient de l’argenterie, des objets en or, des fourrures, et même des livres. Beaucoup avaient sacrifiés jusqu’à une partie de leur équipement pour emporter plus de butin et ces hommes qui marchaient apparemment sans ordre ou discipline ressemblaient plus à une tribu barbare qu’à une armée en campagne. Ségur comparait cette armée à une horde tartare, d’autres officiers la comparaient à celles des Romains, des Grecs ou des Perses qui rentraient de leurs expéditions chargés de butin. Enfin d’autres plus prosaïques, n’y voyaient qu’un carnaval ou une mascarade. Certaines Moscovites qui avaient choisi de suivre l’armée française quittaient leur capitale « habillées comme des bourgeoises parisiennes allant à un pique-nique au bois de Vincennes ou Romainville » ».

 
Les témoignages les plus précieux, mais aussi les plus rares, sont ceux des sans-grades ou des jeunes officiers qui vivaient les émotions et les souffrances de l’armée dans leur chair. C’est en lisant leur témoignage que le lecteur prend tout la mesure de l’expérience qu’ils ont vécue…

« Au milieu de cette foule de visages uniformes on ne reconnaissait plus celui qui marchait ici, là, ou à côté de soi. Il n’y avait plus qu’une chose qui importait : marcher, marcher toujours et survivre. Sur les visages de chacun les noms s’étaient effacés pour faire place, partout, à l’ombre de la mort. C’est ainsi qu’on approcha doucement de la Bérézina, nouvelle épreuve sur le chemin de l’armée en déroute. Le 24 au soir des éléments de la division Compans arrivèrent enfin à Bobr. C’est là que Gardier qui avait quitté Moscou avec un convoi de blessés le 18 octobre retrouva son colonel du 111e qu’il eut peine à reconnaître : « Ils sont à peine reconnaissables, leur teint livide, leur longue barbe avec des yeux hagards et toute leur personne couverte d’un enduit de crasse et de poussière leur donne assez l’air de malheureux naufragés qui auraient erré quelque temps, privés de nourriture et de tous les premiers besoins de la vie sur des rives désertes. La première demande qu’ils nous font est de nous prier de leur donner à manger et les aliments en assez grande quantité qu’on leur apporte, ne servent qu’à exciter leur insatiable appétit. » »


Il aura fallu un an de recherches à l’auteur pour réunir les éléments de cette fresque militaire qui court sur six années de l’époque impériale. Une autre année fut nécessaire pour la sélection et la confrontation des sources ainsi que pour l’écriture.